Airbus inaugure l'usine d'assemblage de son futur A350

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AIRBUS INAUGURE L'USINE D'ASSEMBLAGE DE L?A350
AIRBUS INAUGURE L'USINE D'ASSEMBLAGE DE L?A350

par Jean Décotte et Tim Hepher

COLOMIERS, Haute-Garonne (Reuters) - Airbus a inauguré mardi près de Toulouse l'usine d'assemblage final de son futur long courrier A350, marquant une nouvelle phase dans sa lutte face à Boeing pour l'emporter sur ce lucratif segment du marché aéronautique.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s'est rendu au siège de l'avionneur européen, filiale du groupe d'aérospatiale et de défense EADS, pour inaugurer cette usine, baptisée Roger Béteille, du nom du "père d'Airbus", pionnier des bimoteurs long-courriers.

Lancé en réaction au 787 Dreamliner de Boeing, l'A350 est le premier avion européen construit en matériaux composites, plus légers que l'aluminium, permettant de réduire ainsi la consommation en kérosène.

Airbus et Boeing anticipent au total une demande de plus de 6.000 unités de ces long-courriers de taille intermédiaire dans les 20 prochaines années. Leur émergence permettra aux compagnies de proposer de nouveaux vols directs évitant les "hubs" surchargés.

Mais les deux rivaux sont confrontés à d'énormes défis liés à la construction de ces avions révolutionnaires plus coûteux à produire que les avions traditionnels. Ni l'A350 ni le 787 ne devraient ainsi être bénéficiaires avant plusieurs années.

Airbus s'oppose sur ce programme à Berlin, qui a suspendu un prêt de 600 millions d'euros destiné à l'A350, dont le coût est estimé à 15 milliards de dollars (11,5 milliards d'euros), pour protester contre le non-respect d'un accord sur la localisation de la production en Allemagne.

Le président exécutif d'Airbus Fabrice Brégier a rappelé qu'il avait été décidé lors du lancement du programme en 2007 de n'avoir qu'une usine d'assemblage pour l'A350, pour une meilleure efficacité, et de l'installer à Toulouse sans que cela soit contesté à l'époque.

Jean-Marc Ayrault a dit de son côté qu'il était essentiel que les engagements des Etats européens partenaires d'Airbus soient intégralement tenus, soulignant que la France respecterait les siens.

"Les Etats européens partenaires (...) jouent depuis toujours un rôle majeur dans le développement des grands projets aéronautiques", a dit le Premier ministre. "C'est bien sûr le cas pour l'A350 et il est essentiel que leurs engagements soient intégralement tenus. La France pour sa part respectera les siens".

Fabrice Brégier a cependant précisé que la suspension du prêt allemand n'entraînerait pas de retard dans le programme.

Il a confirmé prévoir un premier vol de l'A350 à l'été 2013 - peut-être même au salon du Bourget qui se tiendra près de Paris en juin - avant une entrée en service au second semestre 2014, soit un an de retard sur le programme initial.

Trois versions différentes de l'appareil pourront transporter entre 270 et 350 passagers.

Depuis le lancement du programme, Airbus a engrangé 118 commandes de l'A350-800, le plus petit modèle, 352 pour la version intermédiaire A350-900 et 88 pour la plus grande, l'A350-1000. Fabrice Brégier a déclaré espérer de nouvelles commandes d'A350 d'ici la fin de l'année.

Lors du salon du Bourget en juin 2011, Airbus avait repoussé au second semestre 2017 la mise en service de l'A350-1000 en raison de critiques des compagnies clientes.

Fabrice Brégier a souligné que la difficulté pour Airbus serait davantage d'augmenter les cadences de production de cette version que de lui trouver des clients et que ses ventes dépasseraient les attentes de l'avionneur.

"On tablait sur moins de 50 avions par an quand on a démarré, mais je pense qu'on peut faire beaucoup mieux que cela", a-t-il ajouté.

PRODUCTION À PLEIN RÉGIME

Le 787 de Boeing est entré en service au Japon il y a un an après avoir subi des complications liées à la production, qui ont entraîné un retard de trois ans dans le programme.

Avant même son inauguration officielle mardi, l'usine de Colomiers, située près de Toulouse a abrité la construction du tout premier A350, celui qui ne volera jamais mais subira tous les tests de résistance.

La production à plein régime va désormais démarrer pour de bon avant le vol inaugural de l'été prochain, afin de monter progressivement les cadences à dix unités par mois fin 2018.

L'inauguration de l'usine intervient au moment où la concurrence s'intensifie pour les ventes d'avions en Asie et dans d'autres marchés à forte croissance.

Le plus grand des trois modèles, l'A350-1000, concurrencera le "mini-jumbo" 777 de Boeing, qui revendique les plus gros moteurs du monde et domine un marché lucratif juste en dessous du seuil des 400 sièges.

Boeing a augmenté la production du 777 à la suite de ventes record et les analystes s'attendent au lancement d'un nouveau Dreamliner élargi, qui sera baptisé 787-10.

Cette offensive pourrait ralentir la remontée des ventes de l'A330 d'Airbus qui avait bénéficié du besoin de capacités des compagnies aériennes pour faire face à la croissance du trafic au moment où le 787 subissait des retards.

Boeing doit publier ses résultats trimestriels mercredi.

La filiale d'EADS est également au centre d'un conflit commercial entre l'Union européenne et les Etats-Unis, qui s'accusent mutuellement d'avoir versé des aides illégales à leur avionneur respectif.

Jean Décotte et Tim Hepher, avec Cyril Altmeyer, édité par Jean-Michel Bélot

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