Air France: sursis et relaxes au procès de la "chemise arrachée"

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Les ex-salariés d'Air France et leur avocate Lilia Mhissen à l'extérieur du tribunal le 30 novembre 2016 à Paris ( AFP / PHILIPPE LOPEZ )
Les ex-salariés d'Air France et leur avocate Lilia Mhissen à l'extérieur du tribunal le 30 novembre 2016 à Paris ( AFP / PHILIPPE LOPEZ )

Les images de deux dirigeants d'Air France, l'un torse nu, l'autre la chemise en lambeaux, avaient fait le tour du monde: trois anciens salariés de la compagnie ont été condamnés mercredi à des peines de 3 à 4 mois de prison avec sursis, et deux ont été relaxés.

Poursuivis devant le tribunal de Bobigny pour des dégradations commises sur le portail d'accès au siège de la compagnie aérienne à Roissy, au nord-est de Paris, dix autres salariés se sont vu infliger une amende de 500 euros.

A la barre, "les quinze d'Air France" sont restés stoïcs à l'énoncé du jugement qui prévoit que les peines ne soient pas inscrites à leur casier judiciaire.

L'avocate de 11 des prévenus, Lilia Mhissen, à la sortie de l'audience, le 30 novembre 2016 à
L'avocate de 11 des prévenus, Lilia Mhissen, à la sortie de l'audience, le 30 novembre 2016 à Bobigny ( AFP / PHILIPPE LOPEZ )

Alors que le procureur avait requis entre 2 à 4 mois de prison avec sursis pour les cinq, la cour a décidé de relaxer deux d'entre eux car des doutes subsistaient sur leur implication dans les incidents du 5 octobre 2015.

L'avocate de 11 des prévenus, Lilia Mhissen, a dénoncé un jugement "scandaleux". "Le dossier sur les dégradations ne tient sur rien", a-t-elle affirmé. Quant aux faits de violences, elle se dit choquée que le tribunal ait "balayé d'un revers de main" son argumentaire.

L'avocate a indiqué vouloir faire appel, quatre de ses clients y étant favorables. Quant aux autres, la "carotte" que représente la non-inscription au casier judiciaire pourrait les en dissuader, a-t-elle dit.

Condamné à trois mois avec sursis, Vincent Martinez, ancien délégué du personnel (CGT), a désormais pour priorité de se "reconcentrer" sur sa vie professionnelle, "avec toujours l'envie d'être réintégré par Air France".

Franck Raimbault, directeur juridique Air France, à la sortie de l'audience du procès de la "chemise
Franck Raimbault, directeur juridique Air France, à la sortie de l'audience du procès de la "chemise arrachée", le 30 novembre 2016 à Bobigny ( AFP / PHILIPPE LOPEZ )

La volonté de "tourner la page" d'un "triste épisode" est partagée par la compagnie, qui a obtenu un euro symbolique de dommages et intérêts.

Par la voix de son directeur juridique Franck Raimbault, elle a salué "un jugement équilibré qui confirme que la violence doit être sanctionnée".

- "Criminalisation de l'activité syndicale"? -

Chemise arrachée, le directeur des ressources humaines d'Air France Xavier Broseta tente de fuir un mouvement de
Chemise arrachée, le directeur des ressources humaines d'Air France Xavier Broseta tente de fuir un mouvement de foule, le 5 octobre 2015 à Roissy-en-France ( AFP/Archives / KENZO TRIBOUILLARD )

Il y a un peu plus d'un an, une manifestation destinée à dénoncer un projet de restructuration de la compagnie aérienne menaçant plusieurs milliers d'emplois avait gravement dégénéré.

Violemment pris à partie alors qu'ils exposaient le plan en comité central d'entreprise, Xavier Broseta, DRH d'Air France à l'époque, et Pierre Plissonnier, responsable du long-courrier, avaient dû fuir sous les huées, torse nu pour le premier, la chemise en lambeaux pour le second.

Les images des deux cadres escaladant un grillage pour échapper aux manifestants, abondamment reprises par médias et réseaux sociaux, avaient terni un peu plus la réputation de la France en matière de dialogue social.

Vincent Martinez, l'un des prévenus du procès de la "chemise arrachée",  à la sort
Vincent Martinez, l'un des prévenus du procès de la "chemise arrachée", à la sortie de l'audience, le 30 novembre 2016 à Bobigny ( AFP / PHILIPPE LOPEZ )

"Les salariés d'Air France, traités de voyous par Valls, paient cher la chemise de leurs cadres", a twitté mercredi Jean-Luc Mélenchon, candidat à l'élection présidentielle pour La France insoumise, en référence aux propos qu'avait tenus le Premier ministre sur les fauteurs de trouble.

"La justice n'est pas indépendante, elle s'est rangée du côté des puissants", a affirmé de son côté Miguel Fortea, secrétaire général de la CGT Air France, qui comptait sept adhérents sur le banc des prévenus.

Les peines prononcées constituent "une reconnaissance de la criminalisation de l'activité syndicale", a renchéri Christophe Malloggi, secrétaire général de FO Air France.

En outre, les prévenus ont "déjà été sanctionnés au niveau de l'entreprise", a-t-il relevé, puisque que quatre des cinq qui étaient jugés pour violences ont été licenciés pour faute lourde.

Surtout, "le doute bénéficie toujours au prévenu et, là, ce n'est pas le cas", a déploré Miguel Fortea.

Au procès fin septembre, le président du tribunal avait reconnu que tous les participants à ces violences n'avaient pu être identifiés. Et, à l'audience, il était apparu que des doutes subsistaient quant à la responsabilité exacte de certains prévenus, qualifiés de "boucs émissaires" par la défense.

Depuis un an, Air France a tenté de surmonter cet épisode ayant fait figure de traumatisme. Ainsi, les dirigeants à l'origine du plan social élaboré en octobre 2015 sont tous partis. Et le plan de 2.900 suppressions de postes a été amendé.

Le climat social s'est amélioré mais des tensions avec certaines catégories du personnel, en particulier chez les navigants, ont donné lieu à plusieurs grèves coûteuses pour l'entreprise et son image.

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  • serge537 il y a 4 jours

    l emploi s annonce superbe ace c les c;;;; de cgt

  • rodde12 il y a 4 jours

    Tant que certains attendront qu'on leur serve la soupe, il faudra bien que d'autres la fassent. En France on décourage les seconds. Vous croyez que c'est bon pour avoir plus de soupe? Un tiers du budget est fait par des emprunts. Vous croyez qu'on va nous prêter longtemps pour nourrir de tels individus?

  • serval02 il y a 4 jours

    Une justice laxiste...Preuve éclatante...

  • 445566ZM il y a 5 jours

    Comment voulez-vous, monsieur joly, que les industriels investissent dans notre pays ? Inimaginable partout ailleurs.

  • g.joly1 il y a 5 jours

    Espère que ces salaries qui sont les boucs émissaires d'un scandaleux procès politique vont faire appel.

  • dsta il y a 5 jours

    Les casseurs n'ont pas fini de prospérer dans cette mirifique socialie !

  • Berg690 il y a 5 jours

    Il y a la casse matérielle et la casse sociale. Laquelle coute le plus cher?

  • M7163258 il y a 5 jours

    "Un agriculteur relaxé pour la destruction d'un portique écotaxe" Oui une justice laxiste avec les casseurs... les bonnets rouges, comme les rouges cégétiste...

  • Berg690 il y a 5 jours

    Un agriculteur a été relaxé mercredi en appel après avoir été poursuivi pour la destruction d'un portique écotaxe qui avait été incendié en novembre 2013 à Lanrodec dans les Côtes d'Armor

  • Berg690 il y a 5 jours

    Un agriculteur relaxé pour la destruction d'un portique écotaxe