Air France-KLM-Pression accrue sur les marges de la maintenance

le
0
    * Constructeurs et motoristes grignotent des parts de marché 
    * La maintenance, un relais de croissance aux marges 
    * Un tiers du CA de maintenance pour d'autres compagnies 
    * Pressions sur les prix dues à la consolidation entre 
compagnies 
 
    par Cyril Altmeyer 
    PARIS, 10 juin (Reuters) - Air France-KLM  AIRF.PA  fait 
face à une pression accrue sur ses marges dans la maintenance, 
son plus solide relais de croissance, les constructeurs 
aéronautiques et les motoristes cherchant eux aussi à récupérer 
cette activité lucrative, a déclaré à Reuters le responsable de 
ce pôle. 
    Le groupe franco-néerlandais, qui réalise plus du tiers du 
chiffre d'affaires pour le compte d'autres compagnies aériennes, 
doit en outre compter avec la consolidation du secteur qui donne 
naissance à des clients au pouvoir de négociation de plus en 
plus fort, ce qui pèse également sur ses tarifs, a souligné 
Franck Terner. 
    "Les contrats sont constamment plus gros: on signe pour 100 
ou 200 avions, c'était moins auparavant", a-t-il expliqué. "Et 
on voit émerger une concurrence très vive de la part des 
constructeurs et des motoristes qui cherchent à capturer des 
parts de marché." 
    Le pôle de maintenance, de réparation et d'entretien 
d'avions d'Air France-KLM, numéro deux mondial derrière 
l'allemande Lufthansa  LHAG.DE , a vu son chiffre d'affaires 
progresser de 18,3% à 4,012 milliards d'euros en 2015, grâce à 
un bond de 26,1% avec ses clients externes, alors même que les 
ventes de l'ensemble du groupe ont baissé de 2,6%. 
    Mais sa marge d'exploitation n'a progressé que de 0,2 point 
à 5,2% l'an passé, contre une hausse de 3,6 points pour 
l'ensemble, qui a réussi à sortir du rouge sur l'exercice. 
    Air France-KLM réalise trois types de tâches : le support 
des équipements des avions, la maintenance et les contrôles 
approfondis des avions, ainsi que les aménagements de cabines. 
    Dans les moteurs et les pièces détachées, le groupe réalise 
déjà plus de deux tiers de son chiffre d'affaires pour des 
clients externes et ce sont les segments les plus rentables car 
nécessitant moins d'heures de main-d'oeuvre que les structures 
d'avions. 
    "Il y aura une concurrence féroce entre les compagnies qui 
ont gardé des activités de maintenance et qui considèrent, comme 
Air France-KLM, que c'est une source de croissance pour le 
futur, et les constructeurs qui y voient une manne de 
rentabilité récurrente", souligne de son côté Pascal Pincemin, 
associé au sein du cabinet de consultants Deloitte. 
    "C'est un danger (...) : il y a des acteurs très puissants 
qui se disent prêts à investir pour prendre le marché de la 
maintenance", ajoute-t-il. 
    Dans les pièces détachées, Air France-KLM espère porter sa 
part de marché à 8% autour de 2020 contre 6%. Mais dans la 
maintenance des moteurs, maintenir sa part de marché actuelle à 
6-7% serait déjà "très bien", estime Franck Terner. 
     
    TRAITEMENT DES DONNÉES 
    Air France-KLM, qui a investi 400 millions d'euros au cours 
de la décennie écoulée pour se moderniser, espère cependant 
surperformer la croissance de 4-5% par an du marché mondial de 
la maintenance évalué actuellement à 65 milliards de dollars 
(57,5 milliards d'euros) en utilisant un argument de poids  : le 
fait qu'il gère lui-même une flotte. 
    La maintenance traditionnelle des avions, désormais sur des 
cycles plus longs, est progressivement remplacée par des 
services d'aide au maintien en condition de vol des appareils en 
cherchant à minimiser leur temps d'immobilisation. 
    Les avions de nouvelle génération, comme les long-courriers 
A350 d'Airbus  AIR.PA  et 777 de Boeing  BA.N  ou l'A30neo, 
version remotorisée du moyen-courrier européen, sont dotés de 
nombreux capteurs qui envoient constamment des données cruciales 
sur leur fonctionnement. 
    "Les constructeurs d'avions et motoristes, qui conçoivent 
ces données, sont certes très bien placés pour les analyser, 
mais nous, en tant qu'opérateur d'une flotte, nous savons 
exactement quoi en faire", a expliqué Franck Terner. 
    Air France-KLM travaille à des solutions pour aider ses 
compagnies clientes à mieux gérer la disponibilité de leur 
appareil, par exemple pour effectuer de la maintenance 
prédictive du système d'alimentation en carburant du très gros 
porteur A380. 
    "Avoir une flotte opérationnelle en adossement d'activités 
de maintenance, ils en font un argument marketing pour aller 
vendre la qualité de leur maintenance à l'extérieur", explique 
Pascal Pincemin, de Deloitte. 
    "Et l'avantage d'une compagnie aérienne par rapport à un 
acteur spécialisé comme Airbus, c'est qu'elle connaît à la fois 
les avions d'Airbus et de Boeing", ajoute-t-il. 
    Face à ces compagnies clientes qui se rachètent entre elles, 
Air France-KLM se positionne en outre pour la consolidation à 
venir d'un marché encore fragmenté, attentif à de nouvelles 
opportunités après une série d'acquisitions récentes comme celle 
de 50% de Tradewinds (négoce de moteurs). 
 
 (Cyril Altmeyer, édité par Jean-Michel Bélot) 
 

Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant