AG sous tension chez Accor après l'éviction du PDG

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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE TENDUE PRÉVUE JEUDI CHEZ ACCOR APRÈS L'ÉVICTION DU DENIS HENNEQUIN
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE TENDUE PRÉVUE JEUDI CHEZ ACCOR APRÈS L'ÉVICTION DU DENIS HENNEQUIN

par Cyril Altmeyer et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - Accor se prépare à une assemblée générale mouvementée jeudi après avoir débarqué mardi soir son PDG Denis Hennequin pour le remplacer par un trio provisoire, plongeant dans une phase d'incertitudes un groupe qui a usé trois patrons en huit ans.

L'arrivée de Sébastien Bazin, directeur général de Colony Capital Europe, l'un des deux actionnaires de référence du groupe avec Eurazeo, attise la colère des syndicats et des petits porteurs qui y voient une mainmise accrue des deux fonds qui détiennent ensemble 21,4% du capital.

Le quatrième groupe hôtelier mondial, qui fut jadis numéro un, devrait accélérer sa stratégie dite "asset light", visant à réduire progressivement la part de ses hôtels en location et en propriété, afin de développer la part des franchises et des contrats de gestion moins gourmands en capitaux.

Exane BNP Paribas et Raymond James ont abaissé leurs recommandations sur Accor, s'étonnant de l'éviction du dirigeant deux mois à peine après l'annonce d'objectifs 2016 visant à accélérer cette stratégie.

"La prochaine étape pourrait être une véritable scission des actifs immobiliers (...) qui n'entraînerait qu'une création de valeur supplémentaire limitée comparé au plan 2016 et des incertitudes importantes, l'immobilier étant l'ADN d'Accor", estime Exane BNP Paribas.

Selon une source proche du groupe, la question d'une scission des actifs immobiliers n'a pas été discutée au conseil de mardi et "n'est pas d'actualité".

Le fonds Colony, spécialiste de l'immobilier, avait déjà tenté, en vain, une scission des actifs immobiliers de Carrefour dont il est également actionnaire.

A la Bourse de Paris, le marché sanctionne ces incertitudes. L'action Accor accuse la deuxième plus forte baisse du CAC vers 16h25, perdant 1,71% à 24,96 euros, portant son repli depuis le début de l'année à 6,7% après un gain de 36,3% en 2012.

CRAINTES DE DÉMANTÈLEMENT

Syndicats et petits actionnaires dénoncent quant à eux la volonté de Colony et Eurazeo, entrés au capital d'Accor respectivement entre 2005 et 2008, de chercher uniquement à rentabiliser au plus vite leur investissement.

La CFDT, premier syndicat du groupe, a appelé les salariés à manifester devant l'hôtel Novotel Paris Tour Eiffel où aura lieu l'assemblée générale. FO, le deuxième syndicat, invite de son côté les salariés à cesser le travail pendant un quart d'heure à partir de 10h00, heure à laquelle devrait débuter l'AG.

"Est-ce que le fait que Denis Hennequin ait été débarqué du conseil est un signal pour une accélération rapide d'un démantèlement du groupe ?", s'interroge Gilles d'Arondel, secrétaire général de FO chez Accor. "On a besoin de savoir où on va".

L'Association des petits porteurs actifs (Appac) a de son côté appelé ses adhérents à boycotter l'AG, estimant que l'éviction de Denis Hennequin est une "erreur" qui plonge le groupe dans la crise.

"Ce n'est pas le PDG qu'il faut mettre au pilori mais les deux actionnaires qui cherchent une plus-value immédiate", a déclaré à Reuters son président, Didier Cornardeau.

Colony et Eurazeo se sont refusés à tout commentaire.

Philippe Citerne est devenu mardi le président non-exécutif du conseil dont il était vice-président, cette fonction étant désormais assumée par Sébastien Bazin. Yann Caillère, directeur général délégué, a été nommé directeur général.

Une source proche du groupe a souligné que le vote au conseil d'administration, convoqué par Denis Hennequin lui-même, s'était fait à l'unanimité.

"C'est complètement faux cette allégation sur le rôle des fonds, qui n'ont que quatre postes sur dix au conseil", précise cette source. "Il n'y a eu aucune dissension".

La durée de la transition paraît incertaine et il vaudrait mieux un PDG plutôt qu'un duo pour prendre les rênes du groupe de manière permanente, ajoute cette source.

"Il faut un leader avec les pouvoirs de transformer la société", estime-t-elle. "Ce n'est pas la stratégie qui est en cause, mais le dirigeant qui n'était pas le bon".

Pour Elisabeth Sarrato, représentante de la CGT chez Accor, peu importe les dirigeants, c'est le refus du duo d'actionnaires à investir dans le développement du groupe qui est à dénoncer.

Edité par Pascale Denis

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