Afrique du Sud: Zuma survit à une tentative de putsch au sein de son parti

le , mis à jour à 15:34
0
Le président sud-africain Jacob Zuma, le 15 novembre à Johannesburg ( AFP/Archives / GIANLUIGI GUERCIA )
Le président sud-africain Jacob Zuma, le 15 novembre à Johannesburg ( AFP/Archives / GIANLUIGI GUERCIA )

Le président sud-africain Jacob Zuma, affaibli par une rare succession de scandales, a survécu mardi à une fronde sans précédent au sein de son parti, qui a rejeté l'appel de plusieurs ministres à sa démission.

La direction du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) a débattu à huis clos de l'avenir du chef de l'Etat lors de "discussions honnêtes (...) et parfois difficiles", a reconnu le secrétaire général du parti, Gwede Mantashe.

Au terme de cette réunion de trois jours, l'ANC a décidé de ne pas "soutenir l'appel à la démission du président", dont le mandat n'expire qu'en 2019, a-t-il ajouté devant la presse.

Selon plusieurs médias, trois ministres ont demandé le départ de M. Zuma, inquiets de l'impact désastreux des scandales de corruption qui empoisonnent sa présidence.

Ce climat délétère a déjà valu à l'ANC - au pouvoir depuis l'avènement de la démocratie en 1994 - une débâcle historique aux élections municipales en août.

Lors de la réunion de la direction de l'ANC, tous les membres "ont eu l'occasion de soulever les problèmes qui, selon eux, portent atteinte au mouvement et au pays", a insisté M. Mantashe. Le parti "ne les "mettra pas sous le tapis", a-t-il assuré.

Mais "le plus grand danger pour l'unité de l'ANC est d'engager un combat les uns contre les autres" en vue de la succession de M. Zuma à la tête du parti, a mis en garde le dirigeant.

Le parti doit désigner en décembre 2017 son nouveau leader qui, en cas de victoire de l'ANC aux élections générales de 2019, succèdera à M. Zuma à la tête de l'Etat.

Lors de la réunion de l'ANC, le président s'est défendu bec et ongles contre ses rivaux, selon les indiscrétions des médias.

Il "nous a dit qu'il ne démissionnerait jamais, car ce serait capituler face à l'ennemi, et que de nombreuses personnes souhaitaient le voir en prison", a affirmé une source anonyme citée par le site d'information News 24.

Le président Zuma, 74 ans, est embourbé dans les scandales.

Il a notamment dû rembourser cette année près de 500.000 euros à l'Etat dans une affaire d'abus de biens sociaux liés à la rénovation de sa résidence privée de Nkandla (est).

- Président Téflon -

Une enquête officielle a aussi mis en lumière son étroite collusion avec une richissime famille d'hommes d'affaires, les Gupta.

L'ANC a le pouvoir de démettre le chef de l'Etat, comme il l'avait fait avec Thabo Mbeki en 2008.

Sa décision de "continuer à soutenir" M. Zuma n'est "pas une surprise", a déploré le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), qui a présenté plusieurs motions de défiance contre le président au Parlement.

Le chef de l'Etat est "la manifestation la plus évidente de ce que l'ANC est devenue: un mélange toxique et incorrigible de corruption, copinage et népotisme", a dénoncé la DA.

"L'ANC est peut-être fatiguée de Zuma", a aussi commenté l'analyste Peter Montalto, de la banque Nomura. "Mais il n'est pas encore établi qu'il soit prêt à prendre une décision sur sa succession", a-t-il ajouté.

Signe que M. Zuma a repris la main, au moins provisoirement, il a quitté tôt mardi matin l'Afrique du Sud pour assister aux obsèques de Fidel Castro à Cuba.

La question de la démission des ministres à l'origine de la fronde n'est pour l'instant pas d'actualité, selon M. Mantashe. "Il n'y pas eu de discussions à ce sujet", a-t-il affirmé.

Cette révolte au sein-même de son parti est la plus grave que le président ait jusque là essuyée.

Ces dernières semaines déjà, de nombreuses figures historiques de la lutte contre l'apartheid, le président du groupe parlementaire de l'ANC, Jackson Mthembu, et des chefs d'entreprises ont publiquement réclamé son départ.

M. Zuma a toujours réussi à repousser la menace jusqu'à présent. Avec ce dernier épisode, il n'a jamais aussi bien porté son surnom de "président Téflon".

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant