Africains et Asiatiques toujours plus friands de produits de luxe

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(Relaxnews) - Comment le marché du luxe se porte-t-il face à la crise, quels sont ses nouveaux enjeux et que peut-on prévoir pour les années à venir ? Julie El Ghouzzi, directrice du Centre du Luxe et de la Création, nous éclaire sur les chiffres de l'année 2013.

Relaxnews : Existe-t-il aujourd'hui une définition transversale du luxe ?

Julie El Ghouzzi : Il est difficile de définir le luxe en parlant de produits ou de marques en particulier, car cela est de l'ordre du subjectif. Si l'on cherche une définition transversale du luxe, ce sont vers les valeurs et les méthodes utilisées que l'on va se tourner. Il y a plus en commun entre la haute couture et la gastronomie qu'entre une marque de haute couture et une marque de mode bas de gamme. Il y a cette idée de sur mesure, d'identité, mais aussi d'excellence et d'éthique qui sont communs à tous les acteurs de la filière luxe.

R. : Quel a été le chiffre d'affaires de la filière luxe en 2013 ?

J. E. G. : Il est difficile de définir avec précision le chiffre d'affaires du marché du luxe, puisqu'il n'y a pas de reconnaissance économique claire du secteur par les gouvernements. Certaines études, comme celle du cabinet Bain & Company, permettent de créer un périmètre, mais elles n'incluent souvent que les chiffres de groupes et de marques introduites en bourse ou dont les chiffres sont connus, et laissent de côté les plus petites entreprises.

Le dernier rapport du cabinet Bain & Company estime à 15,15 milliards d'euros le chiffre d'affaires de la filière luxe en France pour 2013, soit une hausse de 4% par rapport à 2012. Au niveau mondial, le chiffre d'affaires est estimé à 217 milliards d'euros, soit une hausse de 2% par rapport à l'année précédente.

Le secteur qui se porte le mieux aujourd'hui est celui des accessoires (maroquinerie, bagages, chaussures), qui représente aujourd'hui 28% de part de marché au niveau mondial. Le taux de croissance de ce secteur a été de 4% entre 2012 et 2013.

R. : Dans quelles régions du monde le chiffre d'affaires du marché du luxe a-t-elle été la plus forte ?

J. E. G. : Il s'agit de l'Asie du Sud-Est, où le chiffre d'affaires est de +11% par rapport à 2012. En deuxième position on retrouve l'Afrique, où en 2013 l'augmentation est également de 11%. Cela parait surprenant pour beaucoup de gens, mais en réalité ça ne l'est pas : l'Afrique a un réservoir de gens très riches qui dépensent ! Mais l'Asie du Sud-Est et l'Afrique sont toujours des marchés marginaux dans la filière luxe. L'Europe et les Etats-Unis restent les locomotives de la croissance du luxe.

R. : On entend souvent dire que le luxe ne s'est jamais aussi bien porté. Cela est-il vrai ?

J. E. G. : Non. La croissance de la filière du luxe reste bien en-deçà de ce qu'elle était avant la crise. Elle n'est plus que de +2% en Europe aujourd'hui, alors qu'elle pouvait atteindre jusqu'à +7% avant 2008.

Cela dit, on peut effectivement dire qu'il y a une résistance à la crise. Mais dans certains cas, les marques ne s'en sortent que grâce à la puissance des groupes auxquelles elles appartiennent. Le groupe LVMH, par exemple, a atteint une croissance de 8% à taux de change constant en 2013, cela ne veut pas dire que toutes les marques qu'il regroupe se portent à merveille. D'autres résistent mal à la crise, tels Pleyel ou encore Hédiard qui a mis la clef sous la porte cette année. Face à cette crise profonde, les investisseurs s'en vont.

R. : L'avenir est-il donc gris pour la filière du luxe ?

J. E. G. : La bonne nouvelle est que les entreprises de la filière ont bien rationnalisé leurs actions et leur distribution. Elles ont fait le ménage dans leur mode de distribution et ont atteint une meilleur maîtrise des ventes et donc de leur chiffre d'affaires. Si demain la crise cesse, la croissance sera d'autant plus rapide.

R. : Dans quelles régions du globe la croissance de la filière luxe va-t-elle se trouver demain ?

J. E. G. : L'Asie et l'Amérique du Sud réservent encore quantité d'opportunités pour ce secteur. L'Afrique, qui reste pour le moment une zone instable, recèle un bon potentiel pour la filière luxe, mais à long terme. Le marché du luxe pourra aussi s'étendre au centre des Etats-Unis où il est encore peu présent. Le marché Européen est quant à lui bien couvert, donc il ne faut pas s'attendre à une explosion de la croissance dans cette région.

R. : Dans quoi réside la pérennité du luxe ?

J. E. G. : Dans le concept de désirabilité. Le luxe doit faire rêver. Sociologiquement, cela tient debout. Lorsqu'on a des sous, on veut se faire plaisir et acquérir quelque chose de beau que l'on ne peut pas s'offrir tous les jours. La filière luxe doit répondre à cette logique-là. Il appartient à chaque marque de trouver la voie des rêves de sa clientèle.

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