Afghanistan: une mine d'or artisanale attire les prospecteurs dans un coin reculé du pays

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Après avoir grimpé le versant escarpé d'une montagne dans le nord de l'Afghanistan, Morad Ali s'accroupit près d'un fossé découpé dans le sol pour caresser de la main une pierre rougeâtre. "C'est ici que se trouve l'or", s'exclame-t-il.

Morad Ali fait partie de ces Afghans qui depuis des générations travaillent au ciseau et à la pioche pour extraire d'infimes quantités d'or sur des cimes austères au-dessus du village de Qara Zaghan, à la lisière de la chaîne montagneuse de l'Hindu Kush.

Une piste conduit désormais au filon où des professionnels continuent leur travail d'arpentage dans le cadre d'un projet visant à évaluer les richesses minières de ce pays ravagé par des dizaines d'années de guerres.

"J'ai commencé à travailler dans les mines à l'âge de douze ans", dit Ali, aujourd'hui dans la quarantaine. "Nous trouvions de petits flocons d'or ou nous réduisions en miettes la pierre et lavions ensuite cette poudre avec de l'eau pour garder les petits grains d'or", ajoute-t-il.

Sa connaissance du terrain et de l'histoire des mines artisanales dans la région en fait un atout précieux pour la compagnie afghane Afghan Gold and Minerals (AGM) qui a remporté en 2011 le contrat d'exploitation de la mine de Qara Zaghan.

"Nous savons grâce aux gens du coin qu'il y a ici de l'or et nos propres études montrent un bon potentiel", confie Dusko Ljubojevic, un géologue sud-africain travaillant pour AGM.

"Faire de l'arpentage sur ce type de terrain, c'est comme faire de l'alpinisme, mais cela m'enthousiasme", dit-il.

Toute entreprise est une aventure risquée en Afghanistan en raison de l'insurrection armée des talibans et de groupes criminels en quête d'argent facile, mais aussi des infrastructures en piètre état ou inexistantes par endroits, des coupures de courant constantes, et de la corruption.

Les rumeurs d'une "ruée vers l'or" dans la région ont suscité des convoitises et la société afghane utilise des véhicules blindés et des gardes armés pour transporter ses employés de Kaboul jusque sur le site de Qara Zaghan dans la province de Baghlan (nord). Une journée de seulement 140 kilomètres sur la carte qui prend huit heures, faute de routes praticables.

La société AGM appartient majoritairement à Sadat Nadari, un homme d'affaires afghan de 36 ans à la tête de supermarchés et d'une compagnie d'assurance. De confession ismaélienne, un courant minoritaire de l'islam chiite, M. Nadari fait partie d'une classe d'entrepreneurs afghans éduqués à l'étranger. Il dit toutefois être revenu en Afghanistan pour y rester, peu importe si l'essentiel des troupes de l'Otan quitte le pays à la fin 2014.

"Je vais toujours vivre et travailler en Afghanistan", assure-t-il dans son bureau de Kaboul.

"Les mines représentent l'avenir pour l'Afghanistan. Nous en sommes à l'étape exploratoire à Qara Zaghan. Nous cherchons un filon que nous pourrons commercialiser, ensuite nous commencerons à produire, à payer nos actionnaires et créer des revenus pour le gouvernement afghan", dit-il.

M. Nadari est tombé sur un banquier d'affaires renommé, Ian Hannam, alors chez JP Morgan, lors d'un cocktail à l'ambassade américaine à Kaboul. "Je lui ai dit que je possédais une petite mine d'or et j'ai vu la réaction sur son visage", raconte M. Nadari en riant.

JP Morgan a ensuite monté un consortium d'investisseurs qui a pris 49% des parts d'AGM. La société afghane a depuis obtenu six autres permis pour des exploitations minières d'or et de cuivre à travers le pays.

Les Américains avaient réalisé en 2006 des prospections aériennes d'après des données soviétiques datant des années 1980. Ils avaient alors estimé que le sol afghan regorgeait de minerais, notamment de cuivre et de fer, pour une valeur d'environ 1.000 milliards de dollars.

"Les mines pourraient devenir en Afghanistan ce qu'a été le pétrole pour les pays arabes. Mais c'est une entreprise très coûteuse et le pays doit d'abord être pacifié", estime Amir Mohammed Mosazaï, professeur en exploitation minière à l'école polytechnique de Kaboul.

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