Affrontements meurtriers dans la capitale centrafricaine

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AFFRONTEMENTS MEURTRIERS À BANGUI
AFFRONTEMENTS MEURTRIERS À BANGUI

par Emmanuel Braun et Paul-Marin Ngoupana

BANGUI (Reuters) - Des affrontements ont fait une vingtaine de morts et des dizaines de blessés jeudi à Bangui, à quelques heures d'un vote à l'Onu qui devrait autoriser la France à intervenir en soutien de la force panafricaine en République centrafricaine pour y rétablir l'ordre.

Les anciens rebelles de la Séléka, qui contrôlent la capitale après le coup d'Etat de mars dernier, disent être tombés sous le feu de milices d'autodéfense anti-balaka et de combattants restés fidèles au président déchu François Bozizé.

Un journaliste de Reuters a compté 23 morts et 64 blessés, dont des femmes et des enfants, à l'Hôpital communautaire de Bangui.

Thomas Curbillon, chef de mission MSF à Bangui dont des équipes sont présentes dans cet hôpital, a fait état pour sa part de huit morts.

"Depuis ce matin, nous avons aidé à prendre en charge 65 blessés arrivés aux urgences. Une vingtaine présentait des blessures graves, huit sont morts, cinq sont déjà passés en urgence au bloc", dit-il dans un communiqué. "La plupart présentent des blessures par balle et armes blanches, type machette ou couteau."

Ces violences sont intervenues à quelques heures d'un vote au Conseil de sécurité des Nations unies, prévu vers 15h00 GMT, qui devrait donner un mandat d'intervention aux troupes de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca) et aux forces françaises.

COMBATS À L'ARME LOURDE

Au total, 1.200 soldats français vont se déployer en Centrafrique, a dit le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. "Dès que le président de la République aura donné le top, les choses vont aller très vite", a déclaré le chef de la diplomatie française sur BFM TV.

"Il faut mettre fin à cette catastrophe humanitaire", a-t-il dit.

D'après l'état-major de l'armée française, les affrontements ont éclaté avant l'aube, vers 03h00 GMT, et se poursuivaient en milieu de journée.

"Des groupes armés ont lancé une offensive sur la ville. Les forces de l'ex-Séléka ont rétorqué. Il y a des cadavres dans les rues", a précisé Thomas Curbillon, de MSF. "A la mi-journée, les combats à l'arme lourde semblent s'être calmés, mais on entend encore des tirs sporadiques", a-t-il ajouté.

Interrogé par BFM TV, le président par intérim de la Centrafrique et chef des anciens rebelles de la Séléka, Michel Djotodia, a nié qu'une tentative de renversement soit en cours.

"Non, ce n'est pas un coup d'Etat, ce sont des éléments de Bozizé, les anti-Balaka. (...) Ils espèrent nuire ainsi au bon déroulement du sommet qui doit se tenir demain à Paris", a-t-il dit.

Huit mois après avoir renversé le président François Bozizé, Michel Djotodia ne parvient pas à contrôler ses combattants de la Séléka, dont beaucoup sont originaires du Tchad et du Soudan voisins. Des milices chrétiennes appelées "anti-balaka" se sont constituées en réaction aux violences commises par les anciens rebelles désormais au pouvoir.

Selon le général Arda Hakouma, un ancien rebelle responsable de la sécurité personnelle du président Djotodia, les forces "anti-balaka" sont passées à l'attaque jeudi matin. Des combats ont lieu dans trois secteurs de la capitale, PK12, PJK9 et le 4e district.

"Ils sont nombreux. Certains sont bien armés avec des fusils et des lance-roquettes. D'autres, en civil, ont des machettes."

"ON A BESOIN DES FRANÇAIS"

Selon Amy Martin, chef du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu (OCHA) à Bangui, il semblerait que les combats aient commencé dans les environs de Boy Rabe, fief de François Bozizé où les forces de la Séléka ont fait de nombreuses incursions. Selon certaines informations, des armes auraient été distribuées à la population civile avant la chute de l'ancien président.

"La situation est très préoccupante", a déclaré le général camerounais Martin Tumenta Chomu, responsable de la Misca.

"Ce matin, à notre réveil, il y avait des tirs partout. On s'est demandé si les 'anti-balaka' n'étaient pas déjà en ville", raconte Wilfred Koyamba, un habitant de Bangui. "Quand la Séléka est arrivée, il y avait des chrétiens qui étaient morts. Cette fois, ça pourrait être pire. (...) On a besoin des Français. Il faut que les Français arrivent vite", a-t-il dit.

Un autre habitant raconte avoir vu un groupe d'une quarantaine de combattants "anti-balaka" dans le secteur de Ngaragba. Certains portaient des treillis militaires, d'autres des jeans ou des shorts.

Armés de kalachnikov et de lance-roquettes, ils ont pénétré de force dans la prison. Un des combattants lui a dit : "Reste chez toi. Montre-nous les maisons des musulmans."

Environ 250 militaires français, sur les 650 déjà présents à Bangui dans le périmètre de l'aéroport, se sont déployés jeudi dans les rues de Bangui pour assurer la sécurité des Français et "des points sensibles" de la capitale centrafricaine. Un demi-millier de Français résident en Centrafrique.

L'état-major français a précisé que 350 soldats étaient positionnés à Douala, au Cameroun voisin, dans l'attente d'un ordre d'intervention.

Avec Emmanuel Jarry, Marion Douet et Gérard Bon à Paris et David Lewis à Dakar, Danielle Rouquié et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • dupon666 le jeudi 5 déc 2013 à 16:00

    encore un merdier bouffe fric pour pepere

  • M2280901 le jeudi 5 déc 2013 à 14:44

    encore une histoire de musulmans