Affrontements meurtriers à Kiev, Ianoukovitch menace

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AFFRONTEMENTS MEURTRIERS À KIEV
AFFRONTEMENTS MEURTRIERS À KIEV

par Pavel Polityuk et Marcin Goettig

KIEV (Reuters) - Les forces de sécurité ukrainiennes ont repris une partie de la place de l'Indépendance à Kiev après une nuit d'affrontements avec les manifestants antigouvernementaux qui ont fait au moins 21 morts et plongé l'Ukraine dans le chaos.

Au lever du jour, la police anti-émeutes contrôlait environ la moitié de "Maïdan" et le président Viktor Ianoukovitch, qui a rencontré dans la nuit les chefs de file de l'opposition, ne semblait pas décidé à relâcher la pression.

Les manifestants, parmi lesquels des éléments d'extrême droite très violents, ont trouvé refuge derrière une barricade de pneus et de bois en feu.

Des flammes et de la fumée sortaient aussi des fenêtres de la Maison des syndicats, un bâtiment de neuf étages dans lequel l'opposition avait établi son quartier général depuis le début des manifestations il y a trois mois.

Au moins 21 personnes ont trouvé la mort, dont sept policiers, et des centaines d'autres ont été blessées, dont beaucoup par des tirs à balles réelles, ont indiqué la police et les opposants. Il s'agit de la journée la plus meurtrière depuis le début de la contestation.

Selon des représentants des manifestants, un journaliste a été abattu.

Devant l'ampleur des violences, les Etats-Unis et l'Union européenne ont appelé les autorités à faire preuve de retenue mais Viktor Ianoukovitch a imputé la responsabilité de ces affrontements à certains manifestants qu'il a accusés d'avoir "franchi les limites" en se rendant sur la place de l'Indépendance avec des armes à feu.

Après avoir reçu dans la nuit les deux chefs de file de l'opposition, Vitali Klitschko et Arseni Iatseniouk, le chef de l'Etat a appelé ces derniers à prendre leurs distances avec les militants de l'organisation d'extrême droite Praviy Sektor (Secteur droite), qu'il a qualifiés de "criminels", en les menaçant dans le cas contraire de "changer de ton" avec l'ensemble de l'opposition.

"COMMENT PEUT-ON DISCUTER?"

Les opposants ont de leur côté appelé le pouvoir à retirer les forces de l'ordre des rues de la capitale pour permettre une désescalade de la situation.

"Le gouvernement doit retirer immédiatement ses troupes et mettre fin à ce conflit sanglant parce que des gens meurent", a déclaré Vitali Klitschko. "Comment peut-on discuter alors que le sang coule?", a-t-il demandé.

Les violences ont gagné mardi soir au moins trois villes de l'ouest du pays, où des manifestants antigouvernementaux se sont emparés de bâtiments officiels et ont brûlé un commissariat.

Pour empêcher les protestataires de Maïdan de recevoir des renforts, les autorités ont limité mercredi matin la circulation routière à Kiev et fermé le métro.

Les affrontements ont éclaté quelques heures après un ultimatum de la Sûreté de l'Etat menaçant de "mesures sévères" les occupants de la place de l'Indépendance, les manifestants ripostant à l'aide de bombes incendiaires, de feux d'artifice et de pierres à la progression des forces de l'ordre.

Vitali Klitschko a assuré que les manifestants ne quitteraient pas la rue, tout en invitant les femmes et les enfants à quitter Maïdan pour "éviter de nouvelles victimes".

La Russie, qui avait convaincu Viktor Ianoukovitch de renoncer à signer un accord d'association avec l'Union européenne, décision à l'origine du mouvement de contestation actuel, a mis en cause la responsabilité des pays occidentaux dans les derniers événements.

L'ALLEMAGNE ÉVOQUE DES SANCTIONS

Selon Moscou, les violences sont la "conséquence directe de la connivence de responsables politiques occidentaux et des structures européennes qui ont fermé les yeux (...) sur les actions agressives de forces radicales".

Les Etats-Unis et l'Union européenne, qui appuient les revendications de l'opposition, ont de leur côté mis en garde Viktor Ianoukovitch contre la tentation de réprimer davantage par la force ce mouvement de contestation.

Le vice-président américain, Joe Biden, a appelé le chef de l'Etat ukrainien mardi soir pour lui demander de retirer les forces de sécurité des rues de la capitale.

Le commissaire européen à l'Elargissement, le Tchèque Stefan Füle, a exprimé son inquiétude face à "la vision des Berkout (policiers anti-émeutes, NDLR) avec des kalachnikovs". Selon lui, le Premier ministre ukrainien par intérim lui a garanti que les forces de l'ordre feraient tout pour éviter d'avoir à utiliser leurs armes.

"Pour le bien des Ukrainiens et pour l'avenir de ce pays, je vais prier pour qu'il ait raison", a-t-il dit.

Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, qui a tenté à deux reprises une médiation en Ukraine, a invité le président à "s'attaquer aux racines de la crise".

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a pour sa part brandi la menace de sanctions contre les dirigeants ukrainiens.

L'assaut contre la place de l'Indépendance a été lancé quelques heures après le versement par la Russie d'une nouvelle tranche d'aide de deux milliards de dollars (1,46 milliard d'euros) à l'Ukraine, dans le cadre d'un plan global de 15 milliards de dollars conclu en décembre.

Avec Alexandra Hudson à Berlin, Steve Holland à Washington, Elizabeth Piper à Moscou, Ardian Croft à Bruxelles; Bertrand Boucey et Tangi Salaün pour le service français

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