Affrontements en Turquie après la mort d'un adolescent

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HEURTS EN TURQUIE APRÈS LES MANIFESTATIONS EN HOMMAGE À UN ADOLESCENT
HEURTS EN TURQUIE APRÈS LES MANIFESTATIONS EN HOMMAGE À UN ADOLESCENT

par Dasha Afanasieva

ISTANBUL (Reuters) - Des heurts se sont produits mercredi pour la deuxième journée consécutive dans plusieurs villes de Turquie où la police anti-émeute est intervenue pour disperser des manifestants qui s'étaient rassemblés après les obsèques d'un adolescent blessé en juin au plus fort de la contestation antigouvernementale.

Des dizaines de milliers de Turcs ont participé à une grande manifestation à Istanbul qui a tourné à la contestation de la politique du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

La police anti-émeute a utilisé un canon à eau pour tenter de repousser le cortège qui approchait de la place Taksim, épicentre des manifestations l'été dernier. Des incidents ont également éclaté dans la capitale, Ankara.

Mardi soir, la police avait déjà eu recours à des canons à eau et au gaz lacrymogène pour disperser des rassemblements qui s'étaient formés dans plusieurs villes à l'annonce de la mort de Berkin Elvan après neuf mois de coma.

L'adolescent, âgé de 14 ans au moment des faits, était sorti acheter du pain lorsqu'il avait été pris au milieu de batailles rangées entre manifestants et policiers. Il avait été victime d'un traumatisme crânien sans doute provoqué par un tir de grenade lacrymogène.

Ses obsèques se sont déroulées mercredi dans un "cemevi", un lieu de culte de la minorité religieuse musulmane alévi, dans le quartier populaire d'Okmaydani, à Istanbul, où la foule a scandé des slogans comme "Tayyip (Erdogan) assassin!" et "Belkin est partout, la résistance est partout!".

Les alévis, qui ont une conception très libérale de l'islam, se sont souvent opposés aux politiques d'inspiration islamiste du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

En pleine campagne pour les élections municipales du 30 mars, le Premier ministre turc n'a pas encore réagi publiquement à la mort de Berkin Elvan.

Lors d'un meeting électoral à Siirt, dans le sud-est du pays, il a évoqué les manifestations de l'été dernier, oeuvre selon lui d'une alliance "d'anarchistes, de terroristes et de vandales" qu'il a appelé ses partisans à "sanctionner dans les urnes le 30 mars".

"Essayer de mettre les rues à feu dix-huit jours avant les élections n'est pas une attitude démocratique", a jugé Erdogan devant ses partisans réunis lors d'un autre meeting tenu plus tard dans la journée à Marvin.

MANIFESTATIONS "ANTIDÉMOCRATIQUES", SELON ERDOGAN

La dérive autoritaire reprochée au chef du gouvernement alimente la colère de ses opposants.

"L'absence de compassion, l'attitude polarisante du Premier ministre et le fait qu'il se comporte en autocrate m'ont amené ici", a déclaré Emre, 32 ans, un participant aux funérailles de Berkin Elvan, retransmises en direct sur les grandes chaînes d'information turques.

Malgré la contestation et les scandales de corruption qui ont récemment affecté le gouvernement, le Parti pour la justice et le développement (AKP) du Premier ministre reste nettement en tête des intentions de vote.

"Les accusations de corruption (...) semblent avoir eu un impact limité sur la popularité électorale Erdogan et avoir tout au plus renforcé les divisions politiques dans une société déjà extrêmement polarisée", commente Wolfango Piccoli, directeur de la société de conseil Teneo Intelligence.

"(Mais) la mort d'un enfant qui allait acheter du pain pour sa famille transcende les clivages politiques et aura une résonance particulière dans les milieux populaires urbains et ruraux qui constituent la base du soutien d'Erdogan", ajoute-t-il.

Certains responsables de l'AKP sont apparemment conscients du risque. Selon les médias officiels, le vice-Premier ministre Bulent Aric a décidé qu'aucune musique ne serait jouée pendant sa campagne électorale par respect pour Berkin Elvan.

"Sa mort dans de telles circonstances nous a plongés dans une profonde tristesse. Qu'il repose en paix", a déclaré de son côté le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, sur la chaîne de télévision publique TRT.

(Avec Daren Butler, Ayla Jean Yackley, Can Sezer et Evrim Ergin à Istanbul; Tangi Salaün pour le service français)

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