Affrontements armés à Bangui

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AFFRONTEMENTS ARMÉS À BANGUI
AFFRONTEMENTS ARMÉS À BANGUI

par Emmanuel Braun

BANGUI (Reuters) - Des tirs d'armes de calibres divers ont retenti jeudi avant l'aube à Bangui, à quelques heures d'un vote aux Nations unies qui devrait autoriser la France à intervenir en République centrafricaine pour y rétablir l'ordre.

Les anciens rebelles de la Séléka, qui contrôlent la capitale après le coup d'Etat de mars dernier, ont dépêché leurs troupes sur les lieux des tirs, tandis que les habitants cherchaient à se mettre à l'abri.

Les ex-rebelles disent être tombés sous le feu de milices et de combattants fidèles au président déchu François Bozizé.

Une résolution, pour rétablir la sécurité dans un pays en proie au chaos, devrait être votée à partir de 15h00 GMT au Conseil de sécurité de l'Onu. Elle devrait donner un mandat de six mois aux troupes françaises et à celles de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca).

Au total, 1.200 soldats français vont se déployer en Centrafrique, a dit le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. "Dès que le président de la République aura donné le top, les choses vont aller très vite", a déclaré le chef de la diplomatie française sur BFM TV.

Il a précisé qu'une réunion était prévue samedi après midi à Paris sur la Centrafrique. "Il faut mettre fin à cette catastrophe humanitaire", a-t-il dit.

MILICES CHRÉTIENNES

Le président centrafricain par intérim, Michel Djotodia, chef des anciens rebelles de la Séléka, ne parvient pas à contrôler ses combattants, dont beaucoup sont originaires du Tchad et du Soudan voisins.

Des milices chrétiennes dites "anti-balaka" se sont constituées en réaction aux violences commises par les anciens rebelles désormais au pouvoir.

Selon le général Arda Hakouma, un ancien rebelle responsable de la sécurité personnelle du président Djotodia, les forces "anti-balaka" sont passées à l'attaque jeudi matin. Des combats ont lieu dans trois secteurs de la capitale, PK12, PJK9 et le 4e district.

"Ils sont nombreux. Certains sont bien armés avec des fusils et des lance-roquettes. D'autres, en civil, ont des machettes."

"Il y a eu des tirs dans toute la ville", a déclaré Amy Martin, chef du bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu à Bangui.

Selon elle, il semblerait que les combats aient commencé dans les environs de Boy Rabe, fief de François Bozizé où les forces de la Séléka ont fait de nombreuses incursions. Selon certaines informations, des armes auraient été distribuées à la population civile avant la chute de l'ancien président.

"La situation est très préoccupante", a déclaré le général camerounais Martin Tumenta Chomu, responsable de la Misca.

"ON A BESOIN DES FRANÇAIS"

"Ce matin, à notre réveil, il y avait des tirs partout. On s'est demandé si les 'anti-balaka' n'étaient pas déjà en ville", raconte Wilfred Koyamba, un habitant de Bangui. "Quand la Séléka est arrivée, il y avait des chrétiens qui étaient morts. Cette fois, ça pourrait être pire. (...) On a besoin des Français. Il faut que les Français arrivent vite", a-t-il dit.

Un autre habitant raconte avoir vu un groupe d'une quarantaine de combattants "anti-balaka" dans le secteur de Ngaragba. Certains portaient des treillis militaires, d'autres des jeans ou des shorts.

Armés de kalachnikov et de lance-roquettes, ils ont pénétré de force dans la prison. Un des combattants a dit à cet habitant : "Reste chez toi. Montre-nous les maisons des musulmans".

Des véhicules blindés français ont été aperçus dans les rues de Bangui. Des véhicules militaires stationnaient devant l'ambassade de France. Quatre cent militaires français se trouvent à Bangui pour contrôler l'aéroport et protéger les intérêts français.

En outre, la France a envoyé des renforts pour préparer l'entrée en action de la force d'un millier d'hommes qui doit aider au rétablissement de l'ordre dans ce pays riche en ressources minières mais fragilisé par des décennies d'instabilité à l'intérieur de ses frontières et dans les pays voisins.

Signe de la montée des violences, une attaque a fait au moins 12 morts et une trentaine de blessés en début de semaine dans la ville de Boali, à 95 km au nord-ouest de la capitale.

Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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