Affrontements à Istanbul un an après les manifestations

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AFFRONTEMENTS À ISTANBUL UN AN APRÈS LES MANIFESTATIONS
AFFRONTEMENTS À ISTANBUL UN AN APRÈS LES MANIFESTATIONS

par Ayla Jean Yackley

ISTANBUL (Reuters) - La police turque a tiré des grenades lacrymogènes et utilisé un canon à eau pour disperser des manifestants qui voulaient marquer samedi soir dans le centre d'Istanbul, près de la place Taksim et du parc Gezi, l'anniversaire du mouvement de protestation antigouvernemental du printemps 2013.

Le quartier a été bouclé et les forces de sécurité ont bloqué les manifestants qui se dirigeaient vers la place Taksim pour y lire une déclaration et déposer des gerbes de fleurs en mémoire des six personnes tuées lors des rassemblements de l'an dernier contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan et l'AKP, le Parti pour la justice et le développement.

Les affrontements sporadiques dans les mois qui ont suivi ont fait encore une demi-douzaine de morts.

Samedi soir, les protestataires d'Istanbul, rassemblés sur la grande rue commerçante Istiklal, dans l'ancien quartier de Pera, ont scandé "AKP, assassin, démission !" et "Partout Taksim, partout la résistance!", avant de battre en retraite sous les tirs de gaz lacrymogènes, alors que des hélicoptères survolaient le quartier.

Il y a eu au moins trois interpellations, ont dit des témoins.

La police a également dispersé des manifestations dans la capitale, Ankara, et à Adana, dans le sud du pays, rapporte la chaîne de télévision CNN Türk.

Dans la journée, les forces de l'ordre avaient fermé le parc Gezi et Erdogan avait demandé à la population de ne pas se rendre sur la place Taksim, attenante au parc, en disant que les forces de sécurité avaient reçu des consignes strictes pour maintenir l'ordre.

DES MILLIERS DE POLICIERS MOBILISÉS

"Nos forces de l'ordre ont des ordres clairs. Elles feront ce qui est nécessaire de A à Z", avait déclaré Erdogan lors d'une cérémonie à Istanbul diffusée en direct sur la chaîne de télévision NTV.

La station de métro Taksim a été fermée ainsi que toutes les artères menant à la place. Le service de navettes sur le détroit du Bosphore entre les deux rives d'Istanbul a également été supprimé, sur ordre du gouverneur.

Selon la presse, 25.000 policiers ont été mobilisés en prévision de la manifestation.

Le 31 mai 2013, la police avait évacué par la force les manifestants qui occupaient pacifiquement le parc Gezi depuis plusieurs jours pour demander au gouvernement de revenir sur son projet de raser cet espace vert pour le remplacer par un centre commercial.

Dénonçant la violence de la répression, des dizaines de milliers de personnes de diverses sensibilités politiques étaient descendues à Gezi et avaient occupé la place Taksim pendant environ deux semaines avant que les autorités ne finissent par faire évacuer les lieux.

Beaucoup avaient stigmatisé à ce moment-là l'autoritarisme croissant dont faisait preuve à leurs yeux le Premier ministre après dix années de pouvoir.

Samedi, plusieurs personnes présentes aux abords de Gezi portaient de T-shirts à l'effigie des morts de 2013.

"Nous sommes là pour porter leur deuil et montrer que nous restons fermes, quels que soient les obstacles", a déclaré Elif Cetinkaya, 45 ans, venu en famille.

Electoralement, le mouvement de protestation de 2013 n'a pas empêché l'AKP de remporter haut la main les élections municipales de mars dernier.

Mais Gezi est resté un parc, un des rares espaces verts du centre d'Istanbul.

(Avec Humeyra Pamuk et Nicholas Tattersall, Danielle Rouquié et Guy Kerivel pour le service français)

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