Af2i : " Nous voulons être représentatifs, écoutés et entendus"

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(NEWSManagers.com) - Entretien avec Jean Eyraud, président de l'Association français des investisseurs institutionnels (Af2i)
MIF, Bâle III, Solvabilité II, taxe sur les transactions financières, agences de notation, gestion alternative? Jean Eyraud, élu le 22 juin 2011 président de l'Af2i, ne se limite pas à développer le plan de marche de l'association mais prend position pour Newsmanagers sur les grands thèmes de l'heure. Newsmanagers : Comment l'Af2i est elle perçue aujourd'hui selon vous ? Jean Eyraud : Les temps de crise sont plutôt favorables aux associations professionnelles, dès lors que leur message est clair, qu'elles apportent à leurs membres non seulement de l'information, mais aussi du conseil, des idées et qu'elles défendent clairement leurs intérêts. Nous devons donc être écoutés et entendus. Il s'agit d'un travail à la fois de fond et quotidien, car on ne peut pas se contenter d'une " grand'messe" annuelle pour exister. Après tout, nous représentons 73 membres (assureurs, caisses de retraites, mutuelles, institutions diverses, comme la CDC, le FRR ou EDF) ainsi que de nombreux membres partenaires, très divers en termes de métiers. NM : Quels sont les enjeux et les objectifs? J. E. : Nous avons présenté au conseil d'administration de l'Af2i un plan d'action, qui l'a accepté. Ce plan comporte plusieurs volets et notamment : - d'abord, renforcer la représentativité de l'association en visant à accroitre non seulement le nombre de nos membres, mais également la diversité des profils ou statuts des membres;
- de promouvoir l'association par une communication adaptée, par sa lettre trimestrielle, par des newsletters en fonction des thématiques d'actualité et par des contacts plus fréquents avec la presse;
- développer les relations internationales, avec des associations comparables, de fonds de pension au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Suisse, mais pas uniquement ;
- de renforcer les liens avec nos membres partenaires (sociétés de gestion, grands dépositaires, consultants, instituts d'études), qui constituent un relais indispensable pour échanger sur nos idées et dialoguer sur les meilleures pratiques de gestion et sur la recherche académique. NM : L'AF2i est connue pour ses groupes de travail. Avez-vous un objectif spécifique les concernant? J. E. : Effectivement, une de mes préoccupations vise à accroître notre effort dans le domaine des groupes de travail, dont l'objectif est de publier. Cet effort vise à les faire parvenir à leur but, mais également d'y associer nos membres et nos partenaires pour en faire de véritbale " best practices" . Nous en entretenons ainsi en permanence une dizaine (aujourd'hui, l'immobilier, les infrastructures, Solvabilité II, transparence du marché obligataire, etc.). Dès que l'un d'entre eux est parvenu au terme de sa mission, il est remplacé par un autre. Pour 2012, nous avons décidé de consacrer nos efforts aux ETF et aux benchmarks et aux données de marché. Des sujets ambitieux, mais tout à fait pratiques. Par exemple, concernant les plates-formes Cassiopée, nous restons un fer de lance en incitant les gérants et les investisseurs à y adhérer et les soutenir. Il manque selon nous l'ambition de créer un véritable grand marché européen. Pour l'instant, chacun veut une Europe " à sa main" et nous n'avons toujours pas de " consolidated tape" comme aux Etats-Unis. NM : Quels sont les sujets de préoccupation au plan européen? J. E. : Nous déplorons le fait que la directive MIF a eu pour conséquence qu'il n'existe toujours pas de véritable information centralisée et transparente sur l'offre, la demande de titres, les offres de transactions et les volumes échangés. Personne n'y gagne, ni les investisseurs qui s'y perdent, ni les émetteurs quoi n'ont pas de visibilité réelle sur la valeur de leurs papiers ou leur spread. Comment y parvenir avec autant de marchés réglementés, de plateformes indépendantes sous le contrôle de 28 régulateurs, qui certes reçoivent une masse exhaustive de données mais qui constitue une avalanche inexploitable d'informations stratégiques, coûteuse à exploiter ? Il faudrait clairement une seule base de données où tout un chacun pourrait s'informer et se servir. NM : Quels sont vos rapports avec les agences de notation? J. E. : Excellents, car nous considérons à sa juste valeur le travail considérable qu'elles réalisent. Nous pensons néanmoins que leurs opinions, quelles qu'elles soient, ont aujourd'hui une résonance trop importante et que les réglementations actuelles dans la gestion de portefeuille rendent les changements de notation trop pro-cycliques. Cette résonance est en outre paradoxalement nulle en période calme et inversement très exagérée en période de stress. Nous avons cherché à avoir un dialogue constructif avec les agences de notation et nous apprécions d'avoir été écoutés déjà par l'une d'entre elles, à qui nous avons suggéré la publication dans la langue nationale du pays concerné ainsi que pour la mise à disposition d'une liste actualisée régulièrement pour mettre en perspective les notes accordées aux différents Etats. Dans un ordre d'idées très différent, mais finalement assez proche dans son esprit, nous avons soutenu la charte commune avec l' AFG ( Association française de la gestion financière) visant à remettre en cause certaines idées préconçues ou stéréotypées en matière de sélection de fonds ou de gérants, comme les ratios d'emprise et les contraintes d'historique ou d'encours minimaux, qui empêchent nombre d'investisseurs de souscrire à des fonds nouveaux ou à d'apporter des capitaux à de jeunes sociétés de gestion. NM : Solvabilité II est-elle toujours une préoccupation de l'Af2i ? J. E. : S'agissant de Bâle III et de Solvabilité II, je suis pour ma part frappé par le fait que des comités, composés de personnalités très respectables, ont clairement fait le choix de préconiser une réduction drastique du risque global des banques et des sociétés d'assurance, ce qui est un objectif honorable en soi, mais sans vraiment se préoccuper de définir ou de rechercher ceux qui allaient et devaient, de fait ou de droit, prendre le relais de cette politique et devenir le troisième pilier de remplacement et d'investissement en actifs risqués. En d'autres termes, on fait vendre du papier sans chercher s'il n'était pas nécessaire de disposer de quelqu'un en face. Qui d'autres que les particuliers sont aptes à être ce troisième pilier ? Encore faut-il que l'Etat les y incite. C'est exactement le contraire aujourd'hui avec une fiscalité de plus en plus pénalisante! NM : Justement, que pensez vous de la taxe sur les transactions financières? J. E. : Nous estimons le projet de taxe sur les transactions financières comme inadapté aux remèdes qu'elle recherche ou aux errements que l'on souhaite éviter. En premier lieu, la motivation change constamment: aider les pays en développement, puis supprimer la spéculation, puis pénaliser le secteur financier pour le faire rembourser des coûts de la crise... En réalité, le secteur financier français est plus victime qu'instigateur de la crise. En second lieu, être le seul pays à taxer va forcément conduire à délocaliser les mouvements taxables, comme cela a été le cas avec l'impôt de Bourse. Ce que nous disons est simple: s'il doit s'agir d'une décision de supprimer certaines opérations spéculatives, il existe d'autres moyens de purger ces opérations sans pénaliser l'ensemble du secteur financier. NM : Quel est votre analyse sur l'ISR? J. E. : Nous avons un groupe de travail consacré à la thématique de l'ISR et de l'ESG, qui sont deux concepts différents. L'Af2i a adhéré à la charte de l'investissement durable de la Place de Paris. Parmi les trois critères ESG (environnement, social, gouvernance), le " G" reste pour l'instant celui qui a le plus d'influence dans la valorisation des actions. NM : L'Af2i s'est également fait connaître avec un guide sur le reporting des OPCVM. Où en est-on? J. E. : Solvabilité II va apporter de nouvelles contraintes pour les investisseurs qui vont souhaiter minimiser la consommation de fonds propres. L'Af2i va relancer son groupe de travail sur le reporting, et, sur certains sujets (comme les fonds monétaires), en partenariat avec l'AFTE. NM : Vous venez de sortir aussi un Guide de la gestion alternative... J. E. : La gestion alternative est un ensemble de techniques de gestion dont l'une des spécificités est la diversité des acteurs, des véhicules et des stratégies. Elle se développe chez les institutionnels avec une préférence pour les fonds régulés. Le guide de la gestion alternative que nous avons présenté le 26 janvier se distingue des autres ouvrages en consacrant une partie très importante aux véhicules et aux due diligence à réaliser avant d'investir et surtout pendant toute la durée de détention. Ce guide a été réalisé avec deux grands spécialistes de la question HDF Finance et Reinhold & Partners.

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