Aeroscopia, future vitrine des avions de jadis

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AEROSCOPIA, FUTUR MUSÉE DE L?AÉRONAUTIQUE, PREND FORME À BLAGNAC
AEROSCOPIA, FUTUR MUSÉE DE L?AÉRONAUTIQUE, PREND FORME À BLAGNAC

par Jean Décotte

BLAGNAC, Haute-Garonne (Reuters) - Dans un grincement de métal, la porte du Concorde s'ouvre sur la cabine déserte, immobile, comme figée dans le passé, avec une table en formica orange où le président Valéry Giscard d'Estaing avait, dit-on, pris place lors d'un voyage supersonique.

Devant cette même table défileront bientôt les visiteurs, lorsque l'avion franco-britannique, désormais cloué au sol, aura rejoint le hangar d'Aeroscopia, vaste musée de l'aéronautique qui doit ouvrir ses portes fin 2013 à Toulouse.

Le projet, en gestation depuis plus de 20 ans, doit rassembler en un même lieu une quarantaine d'"avions de légende", outre le Concorde: la Caravelle, un des tout premiers avions de ligne à réaction, le Super-Guppy, appareil de transport reconnaissable à son énorme bosse, ou encore l'A300, premier jalon de la riche histoire d'Airbus.

"L'idée, c'est de mettre en valeur les métiers de l'aéronautique à travers l'évolution des techniques", explique Jacques Rocca, directeur du département Héritage d'Airbus, qui a apporté financement et conseil scientifique au futur musée.

"Aeroscopia montrera comment on est passés du bois et de la toile à l'aluminium, et aujourd'hui au carbone, avec également l'évolution de l'électronique, des formes, de la vitesse."

"DÉFRUSTRER" LES TOURISTES

Garé pour le moment au centre de livraison des appareils Airbus, en bordure de l'aéroport de Blagnac, le vieux Concorde se met péniblement en branle et, sous l'action d'un tracteur, prend la direction la zone de peinture.

Sur l'appareil, poncé pour pouvoir faire peau neuve, on devine à demi-effacés les logos de l'Aérospatiale et de British Aerospace. Bientôt, une nouvelle livrée recouvrira le vénérable supersonique, acquis en 1982 par l'Académie de l'air et de l'espace après dix années de vols, notamment au service des présidents de la République.

"Le projet (Aeroscopia) a 20 ans. A l'époque, des membres de l'Académie de l'air et de l'espace souhaitaient anticiper, mettre des avions à l'abri", raconte Jacques Rocca, qui est aussi directeur adjoint des relations médias de l'avionneur européen.

Le musée a enfin pris corps en mai 2009, lorsque la communauté urbaine de Toulouse a validé le projet, pour un budget de 15,3 millions d'euros, dont 3,5 millions apportés par Airbus.

Le site retenu se situe à Blagnac, juste en face de l'usine Jean-Luc Lagardère, chaîne d'assemblage de l'A380, que 130.000 visiteurs découvrent chaque année via un prestataire externe. Et comme ce prestataire a également été choisi pour la concession d'Aeroscopia, Jacques Rocca veut croire à des synergies entre le présent et le passé.

"Les touristes qui visitent les chaînes d'assemblage d'Airbus sont souvent frustrés de ne pas pouvoir visiter l'intérieur des avions. Il s'agit de les défrustrer", explique-t-il.

SYNERGIES

Pour cela, les visiteurs d'Aeroscopia pourront monter à bord du Concorde, du Super-Guppy et d'un A300 spécialement aménagé, avec notamment un tronçon de cabine en verre qui dévoile la structure de l'appareil.

"Ça va permettre de créer des synergies entre la visite d'Airbus et la visite d'Aeroscopia. Et ça donne une certaine garantie en terme de nombres de visites du futur musée", note Jacques Rocca, soulignant qu'il faudra environ 150.000 visiteurs par an pour que ce "parc de découverte aéronautique" atteigne l'équilibre d'exploitation.

La construction du futur dôme de 24 mètres de haut et de 6.500 m2 a débuté il y a un an. En attendant, une grande partie des futurs appareils de la collection patiente à quelques kilomètres de là, où l'association Ailes Anciennes organise des visites.

Il y a là deux Caravelle, un autre Concorde, des avions de chasse Mirage, MIG ou Lockheed, et le fameux Super-Guppy, livrée grise et fuselage bombé. Quelque 35.000 personnes viennent les admirer chaque année.

En mai prochain, ces géants des cieux gagneront leur nouvelle demeure avec un peu d'avance, afin que le chantier puisse se terminer autour d'eux.

A l'inauguration, un belvédère permettra de les admirer d'en haut. Et chacun pourra ensuite monter à bord d'un Concorde ou d'un A300, comme un voyage à travers le temps dans les entrailles de ces voyageurs du ciel.

Edité par Yves Clarisse

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