Adaptant Antigone, des réfugiées syriennes rejouent leur tragédie

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BEYROUTH, 12 décembre (Reuters) - Des réfugiées syriennes au Liban ont entrepris de donner un air de tragédie grecque au drame du conflit dans leur pays avec une adaptation poignante d'Antigone, la pièce de Sophocle, jouée au théâtre cette semaine à Beyrouth. La pièce a été produite par Aperta Productions, une ONG qui aide les réfugiés à mettre des mots sur les traumatismes qu'ils ont subis en Syrie et à se reconstruire psychologiquement et physiquement. L'histoire d'Antigone, écrite par Sophocle il y a 2.500 ans, met en scène une princesse qui défie les ordres de son oncle Créon, le roi de Thèbes, en enterrant rituellement son frère Polynice, considéré comme un traître. Condamnée à être emmurée vivante, elle se suicide par pendaison. Comme Antigone, de nombreuses réfugiées syriennes ont perdu un frère ou un proche parent depuis le début du soulèvement contre Bachar al Assad, un conflit qui a fait plus de 200.000 morts en trois ans et demi. Dans l'adaptation contemporaine de la pièce, l'une d'elles parle de la disparition de son frère et de sa quête désespérée autant que vaine pour le retrouver, des couloirs d'une prison gouvernementale à une base des rebelles de l'Armée syrienne libre en passant par un camp du Front Al Nosra, la branche syrienne d'Al Qaïda. "Antigone soulève le problème de la femme confrontée à une autorité patriarcale et à une société machiste", résume Mohamed al Attar, le dramaturge syrien engagé par Aperta pour mettre en scène la pièce. Pour les actrices syriennes, les représentations théâtrales sont aussi l'occasion de sortir de leurs camps de réfugiés de Beyrouth pour s'adresser à une population libanaise qui supporte de moins en moins bien leur présence. Alors que l'aide humanitaire internationale tend à se tarir, certains Libanais reprochent aux Syriens de leur prendre leur travail, de tirer les salaires à la baisse ou encore de surcharger les écoles et les hôpitaux. Pour Mona Fa, qui joue dans la pièce, l'ovation qui a été réservée aux actrices à la fin de la représentation inaugurale a donc été d'un grand réconfort. "Nous voulions montrer aux spectateurs une image différente, pour qu'ils ne nous regardent pas, nous et les autres réfugiés syriens, comme ils le font d'habitude", a-t-elle expliqué. (Oliver Holmes; Tangi Salaün pour le service français)

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