« Actions européennes : quelle sélection de titres dans un marché chahuté ? » (Myria AM)

le , mis à jour à 18:24
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Myria AM passe en revue les fondamentaux d'Orange, Atos et Danone en soulignant les qualités mais aussi les risques de chacune de ces valeurs.
Myria AM passe en revue les fondamentaux d'Orange, Atos et Danone en soulignant les qualités mais aussi les risques de chacune de ces valeurs.

Les marchés subissent une volatilité très élevée depuis le début de l’année avec l’enchaînement de fortes baisses et de timides rebonds. Nicolas Lasry, gérant chez Myria AM, identifie trois grandes valeurs françaises dont les fondamentaux devraient permettre un parcours moins chaotique.

L’année 2016 débute dans un contexte de faible visibilité sur les marchés actions. Plusieurs  éléments cristallisent en effet les craintes des investisseurs : la baisse des prix du pétrole progressivement interprétée comme le prélude d’un fort ralentissement économique mondial, la décélération de la croissance chinoise et la hausse progressive des taux par la Fed.

Bien que résultant de la meilleure santé de la première économie mondiale, le resserrement monétaire de la Fed n’intervient pas forcément au moment adéquat, les interrogations quant à la vigueur de la croissance nord-américaine et mondiale étant fortes.

Ces incertitudes ont fait chuter brutalement les marchés actions européens depuis le 1er janvier, créant des opportunités d’achat sur des titres dont les moteurs de croissance sont endogènes, et peu dépendants des éléments évoqués ci-avant.

Orange

Malgré une hausse de 14.1% en 2015 (dividende réinvesti), Myria AM considère que le titre Orange conserve du potentiel.

Après plusieurs années de baisse des prix des forfaits fixes et mobiles, Orange sort enfin d’une spirale déflationniste. L’opérateur propose des services innovants tout en augmentant ses prix à la marge lorsque les clients font évoluer leurs forfaits vers la 4G et la fibre. Ainsi, au 3e trimestre 2015, les revenus par abonné en France se sont stabilisés (et sont même légèrement en hausse dans le mobile) et nourrissent le retour à une croissance organique positive du chiffre d’affaires.

Par ailleurs, le rapprochement avec Bouygues Télécom semble de plus en plus probable. Celui-ci pourrait atténuer la concurrence sur les prix alors que les investissements réseaux à venir restent importants.

Ces deux éléments permettront à la société d’améliorer sa rentabilité, inférieure à celle des opérateurs concurrents. Cela conduirait à une réduction de la décote du titre, exagérée par rapport aux autres opérateurs historiques européens (Deutsche Telekom, Telefonica, KPN, etc.). Enfin, Orange réalise 10% de son chiffre d’affaires sur le continent africain où la croissance est supérieure à 5%, portée par une hausse du taux d’équipement. 

Myria AM identifie néanmoins trois risques susceptibles de peser sur le titre : un échec du rapprochement avec Bouygues Télécom ou une opération réalisée à des conditions peu avantageuses pour Orange, un retour de la pression sur les prix sur le marché français, notamment de la part d’Iliad et/ou de Numéricable SFR, et une brutale hausse des taux qui pénaliserait toutes les entreprises endettées.

Atos

Leader en France et au Benelux, Atos est passée à côté de la forte revalorisation du secteur en 2015. Son titre n’a progressé que de 16.8% contre 46.1% pour Capgemini et 74.3% pour Sopra-Steria, dividendes réinvestis. Plusieurs éléments militent pour un rattrapage.

Première raison : l’acquisition d’Unify en novembre 2015. Unifiy, filiale de Siemens est le n°3 mondial des solutions de communication intégrée intra entreprises. Le management de la société, sous la direction de Thierry Breton, dispose d’une expertise forte en matière comme l’illustrent les achats réussis des activités de services informatiques de Siemens en décembre 2010, puis de Bull en 2014 et de Xerox IT en 2015.

Les modalités financières de l’ « opération Unify » sont très favorables à Atos. Siemens prendra en charge le coût des restructurations et Atos table sur un impact favorable de 15% sur les bénéfices par action à horizon 2017 grâce à la hausse de la rentabilité d’Unify. Par ailleurs, cette nouvelle activité porteuse devrait permettre au groupe d’accélérer son rythme de croissance organique.

Enfin, après des années de restructuration, la direction prend actuellement conscience que l’accent doit être mis sur la génération de liquidités disponibles, élément clé pour les investisseurs. Cela pourrait être le catalyseur d’une revalorisation du titre dont la décote face à ses comparables européens dépasse les 30%. 

Myria AM identifie néanmoins trois risques susceptibles de peser sur le titre : la croissance organique de l’activité est inférieure à celle de ses comparables, la révision en hausse des charges de restructuration liées aux intégrations des sociétés acquises risquerait de peser sur le titre, et un départ inattendu de Thierry Breton pourrait être mal pris.

Malgré tout, Myria AM considère que, dans les mois qui viennent, la prise en compte par les analystes des effets bénéfiques liés aux opérations de croissance externe réalisées récemment constituent des éléments susceptibles de soutenir la performance du titre.

Danone

Après plusieurs exercices décevants, ayant pâti d’un ralentissement de sa croissance organique et de son exposition aux marchés émergents, Danone pourrait retrouver les faveurs des investisseurs.

Le chiffre d’affaires du troisième trimestre a mis en exergue le retour de la croissance organique du groupe en Europe à 5.1%. Le rythme est ainsi deux fois supérieur à celui du premier semestre 2015. De bon augure quant à l’atteinte de l’objectif de 5% de croissance organique par an d’ici à 2020 fixé par les dirigeants.

À moyen terme, le groupe devrait rassurer les investisseurs quant à la soutenabilité de sa croissance dans les pays émergents, où son activité profite de facteurs structurels favorables tels que l’urbanisation et les évolutions des habitudes alimentaires. De même, Danone est l’un des principaux bénéficiaires de l’abandon de la politique de l’enfant unique en Chine (7% du CA) grâce à son activité de nutrition infantile, segment sur lequel le groupe détient 15% de part de marché.

Comparé aux autres leaders des segments de marché de l’industrie agroalimentaire tels que Nestlé et AB Inbev, le titre se traite avec une décote qui pourrait se réduire à terme. 

Myria AM identifie cependant plusieurs menaces susceptibles de freiner la performance du titre : une hausse du pouvoir de négociation des fournisseurs et/ou des distributeurs, notamment en France (10% du CA) où les acteurs ont regroupé leurs centrales d’achat, une pression sur les prix des produits laitiers et l’éventuelle survenue d’un scandale sanitaire, éventuellement chez un fournisseur.

L’occurrence de ces risques serait pour Myria AM une opportunité pour se renforcer sur le titre compte tenu des solides perspectives de croissance et d’amélioration de la rentabilité de la société.

Nicolas Lasry, gérant chez Myria AM

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