Accrochage sanglant dans l'est de l'Ukraine, appel au dialogue

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MALGRÉ L?APPEL AU DIALOGUE EN UKRAINE, LES AFFRONTEMENTS CONTINUENT
MALGRÉ L?APPEL AU DIALOGUE EN UKRAINE, LES AFFRONTEMENTS CONTINUENT

par Stephen Brown

KIEV (Reuters) - Sept soldats ukrainiens ont été tués et sept autres blessés mardi dans l'est de l'Ukraine, ont annoncé les autorités, augurant mal du dialogue national soutenu par l'OSCE, la Russie et les diplomaties occidentales après les référendums sans appel de dimanche dans le Donbass.

Les soldats sont tombés dans une embuscade tendue près de Kramatorsk, à une quinzaine de kilomètres au sud de Slaviansk, bastion des séparatistes pro-russes.

Une colonne blindée a essuyé des tirs alors qu'elle approchait d'un pont, indique le ministère. Deux soldats ont péri lorsqu'un véhicule blindé a été atteint par ces tirs. Les autres sont morts dans la fusillade qui a suivi.

Il s'agit du premier accrochage meurtrier signalé depuis que les régions de Donetsk et de Louhansk ont voté dimanche -à une écrasante majorité selon les organisateurs du scrutin- en faveur de leur indépendance.

Dès dimanche, en marge du référendum, Denis Pouchiline, qui dirige la république populaire autoproclamée de Donetsk, avait prévenu que l'armée de Kiev serait considérée comme "force occupante" une fois proclamés les résultats de la consultation.

Rejetées comme une "farce" par les autorités en place à Kiev, jugées illégales et illégitimes par les Européens et par Washington, les consultations de dimanche ont marqué un nouveau tournant dans la crise ukrainienne à moins de deux semaines de l'élection présidentielle anticipée du 25 mai.

Sans aller jusqu'à reconnaître l'indépendance de ces régions, le Kremlin a dit "respecter" la volonté populaire ainsi exprimée et a noté que ces consultations soulignaient la nécessité d'un dialogue entre les parties ukrainiennes.

APPEL AU DIALOGUE

S'entretenant par téléphone, le président russe Vladimir Poutine et son homologue suisse Didier Burkhalter, président en exercice de l'OSCE, ont insisté lundi soir sur "l'importance d'une intensification des efforts dans le cadre défini par l'OSCE pour résoudre la situation de crise, y compris par la mise en place d'un dialogue national entre les autorités de Kiev et les représentants des régions du sud-est de l'Ukraine".

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, s'est rendu pour sa part mardi à Kiev pour soutenir la "table ronde" autour de laquelle doivent s'asseoir cette semaine responsables politiques et représentants de la société civile.

"Nous soutenons (...) vos efforts en faveur du lancement d'un dialogue national dirigé par les Ukrainiens, ici, dans votre pays, autour de tables rondes au niveau central et régional", a-t-il dit.

Ce processus de dialogue national pourrait s'ouvrir mercredi. Il doit être co-animé par le diplomate allemand Wolfgang Ischinger, président de la Conférence sur la sécurité de Munich désigné par l'OSCE et accepté par le pouvoir central ukrainien.

Kiev n'a pas communiqué la liste des participants, mais le président par intérim Oleksander Tourtchinov s'est opposé à la présence des "terroristes", le terme employé par les nouvelles autorités pour désigner les séparatistes pro-russes. En leur absence, ce processus est voué à l'échec, fait savoir Moscou.

MOSCOU RÉPLIQUE

Sur le front diplomatique, la Russie, dont le ministre de l'Economie Alexeï Oulioukaïev a admis qu'elle risquait de se retrouver en récession cette année, a répliqué aux sanctions américaines en détaillant mardi une série de mesures de rétorsion dans le domaine de la coopération spatiale.

Dmitri Rogozine, vice-Premier ministre qui figure sur les listes des personnalités ciblées par les sanctions américaines et européennes, a annoncé que la Russie se désengagerait de la Station spatiale internationale (ISS) en 2020, date initialement prévue par les quinze nations associées à ce projet mais dont les Etats-Unis souhaitent prolonger l'utilisation d'au moins quatre années supplémentaires.

De même, il a déclaré que les Etats-Unis n'auraient plus le droit d'utiliser des moteurs de fusée russe pour procéder à des lancements de satellites militaires.

Moscou avait promis de riposter aux sanctions que les Etats-Unis ont adoptées le mois dernier contre les exportations à destination de la Russie de toute technologie à usage militaire potentiel.

"À BOUT DE COURSE"

Pour l'heure, le gouvernement russe n'a pas exposé de riposte à l'élargissement des sanctions européennes, décidé lundi, mais le ministère des Affaires étrangères a souligné qu'elles nuiraient aux efforts déployés pour désamorcer la crise ukrainienne.

L'Union européenne a ajouté lundi deux entreprises de Crimée et treize personnalités à sa liste noire des personnes et entités interdites de visa et soumises à des gels d'avoir.

Y figurent notamment Viatcheslav Volodine, premier secrétaire général adjoint de la présidence russe, Viatcheslav Ponomariov, maire autoproclamé de Slaviansk, et Roman Liaguine, chef de la Commission centrale électorale de la "République populaire de Donetsk".

Ces sanctions, souligne le ministère, relèvent d'une "approche à bout de course qui, loin de les résoudre, ne fera qu'approfondir les divergences et retarder la recherche commune d'une issue à la véritable situation de crise en Ukraine".

(avec Ralph Boulton à Kiev, Alissa de Carbonnel et Gabriela Baczynska à Moscou; Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Eric Faye)

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