Accord sur un vote d'autodétermination en 2014 en Ecosse

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LES ÉCOSSAIS SE PRONONCERONT SUR L'INDÉPENDANCE EN 2014
LES ÉCOSSAIS SE PRONONCERONT SUR L'INDÉPENDANCE EN 2014

par Maria Golovnina

EDIMBOURG (Reuters) - Le chef du gouvernement autonome d'Ecosse, le nationaliste Alex Salmond et le Premier ministre britannique, David Cameron, ont signé lundi un accord sur les conditions d'organisation en 2014 d'un référendum d'autodétermination qui pourrait aboutir à l'éclatement de l'union politique avec l'Angleterre, vieille de trois siècles.

Les aspirations de l'Ecosse à la souveraineté ne sont pas uniques dans une Europe frappée par la crise économique et les tensions sociales. Ainsi, la question de l'indépendance dominera les élections législatives anticipées du mois prochain en Catalogne et les séparatistes flamands ont réussi dimanche une percée aux élections municipales en Belgique.

L'accord, signé par David Cameron et Alex Salmond à Saint Andrew's House, le siège du gouvernement autonome à Edimbourg, permettra aux Ecossais de se prononcer par référendum en 2014 sur le maintien ou non de la région au sein du Royaume-Uni.

Les nationalistes ont choisi de faire coïncider ce scrutin d'autodétermination avec le 700e anniversaire de la bataille de Bannockburn, où le roi Robert Bruce avait battu les envahisseurs anglais.

Il revient maintenant au Parlement d'Ecosse de fixer la date exacte du référendum, ainsi que la question qui sera posée aux électeurs.

"Cet accord ouvre la voie à la décision la plus importante que notre pays d'Ecosse est appelé à prendre depuis plusieurs siècles. C'est un jour historique", a déclaré après la signature Alex Salmon, qui s'est dit sûr de la victoire des indépendantistes.

David Cameron est hostile à la sécession de l'Ecosse, qui ne peut selon lui qu'affaiblir à la fois les Ecossais et les Anglais, mais il ne conteste pas le droit de la région à décider de son avenir.

"GARDER LA FAMILLE UNIE"

"Ensemble, nous sommes mieux, ensemble, nous sommes plus forts, ensemble, nous sommes plus en sécurité", a martelé le Premier ministre britannique après la signature, promettant de tout faire "pour garder la famille unie" car "l'Ecosse ne peut qu'aller mieux avec le Royaume-Uni et le Royaume-Uni ne peut qu'aller mieux avec l'Ecosse".

"Les Ecossais ont voté pour un parti qui voulait un référendum. J'ai rendu ce référendum possible, en m'assurant qu'il soit déterminant, légitime et juste et je pense que c'est une bonne chose pour le peuple écossais."

Pour Alex Salmond, l'accord marque "une étape importante vers l'indépendance et vers une Ecosse plus juste et plus prospère".

L'Ecosse bénéficie déjà de plusieurs signes extérieurs de la souveraineté - son propre drapeau, la croix blanche de saint André sur fond bleu, son système judiciaire, ses équipes sportives...

Sur le plan économique, Londres ne manque pas de souligner qu'une Ecosse indépendante, avec ses cinq millions d'habitants, aura du mal à joindre les deux bouts si elle doit se passer du financement de 30 milliards de livres (37 milliards d'euros) fourni par le Trésor britannique.

Dossier plus épineux encore entre Londres et Edimbourg : en cas de sécession, à qui appartiendront les 20 milliards de barils de réserves pétrolières et gazières de la mer du Nord ?

Londres s'inquiète également pour l'avenir de sa flotte de sous-marins nucléaires, basée en Ecosse, les indépendantistes ayant fait savoir qu'ils ne toléreraient plus d'armes atomiques sur le territoire écossais. Déplacer les submersibles sur une autre base sera coûteux et prendra du temps.

De nombreux Ecossais ne sont guère convaincus des avantages de l'indépendance.

Les sondages ne donnent qu'entre 30 et 40% d'opinions favorables à la sécession, un pourcentage qui n'a guère évolué depuis que les négociations se sont accélérées ces derniers mois.

HISTOIRE SANGLANTE ET TUMULTUEUSE

"L'indépendance, cela veut dire que l'Ecosse quitte le Royaume-Uni, devient un Etat séparé, avec tous les risques et les obligations que cela implique, sans continuer à bénéficier des avantages liés à l'appartenance au Royaume-Uni", a rappelé dimanche le secrétaire britannique à l'Ecosse, Michael Moore.

"Quand on regarde la situation économique, les questions de défense, notre place dans le monde, toutes ces grandes questions, nul doute que le peuple écossais choisira de rester au sein du Royaume-Uni", a-t-il ajouté.

Les couronnes d'Ecosse et d'Angleterre sont unies depuis 1603 et le Parlement de Londres dirige les affaires écossaises depuis 1707.

A la fin du XVIIe siècle et dans la première moitié du XVIIIe, les soulèvements des partisans jacobites favorables à la maison royale écossaise des Stuarts ont déclenché dans les Highlands une terrible répression de la part des Anglais.

Les souvenirs de la défaite des rebelles à Culloden en 1745, l'épopée du prétendant Charles-Edouard Stuart, "Bonnie Prince Charlie" et les ravages commis par les troupes du duc de Cumberland, surnommé "le boucher", sont encore bien présents à l'esprit de nombreux Ecossais.

En 1999, à la suite d'un référendum, un Parlement écossais autonome reprenait ses séances pour la première fois depuis 292 ans.

Pour Londres, il faut tout simplement demander en 2014 aux Ecossais s'ils veulent ou non rester dans le Royaume-Uni. Alex Salmond, qui à l'origine souhaitait une formulation moins tranchée ouvrant la voie à une forme de "super-délégation de pouvoirs", s'est rallié à cette position.

Pour sa part, le gouvernement de Londres aurait accepté que l'âge de la majorité électorale soit abaissée de 18 à 16 ans en Ecosse. Alex Salmond est persuadé que les jeunes Ecossais sont majoritairement favorables à l'indépendance et au divorce entre la croix de saint André et celle de saint Georges qui coexistent depuis 1606 sur le drapeau britannique.

avec Isla Binnie à Londres, Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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  • M8444634 le lundi 15 oct 2012 à 18:18

    On aimerait que le même choix soit offert à la Bretagne mais les républicains sont des brutes jacobines qui se moquent des peuples et de leur sensibilité. Les Cumberland français ont leur nom inscrit sur l'Arc de Triomphe ! Aujourd'hui, ils ont même entrepris en France de changer de peuple pour être sûr que tout le monde vote bien à gauche ad vitam aeternam.

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