Accord sur les visas: Ankara fait pression sur Bruxelles

le , mis à jour à 14:04
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 (Actualisé avec déclarations sur l'Otan § 8-10) 
    par Michelle Martin et Humeyra Pamuk 
    BERLIN/ISTANBUL, 15 août (Reuters) - Si l'Union européenne 
n'autorise pas d'ici octobre les Turcs à voyager sans visa, 
l'accord sur les migrants devra être "mis de côté", prévient le 
ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, dans un 
entretien publié lundi par le quotidien Bild. 
    "Je ne veux pas évoquer le scénario du pire, les discussions 
avec l'UE se poursuivent mais il est clair que soit nous 
appliquons tous les traités en même temps, soit nous les mettons 
de côté", dit-il. 
    "Il n'est pas possible que nous appliquions tout ce qui est 
bon pour l'UE mais que la Turquie n'obtienne rien en retour", 
ajoute-t-il. 
    Les Européens et les Turcs ont négocié en mars dernier un 
accord visant à freiner les arrivées de migrants et de réfugiés 
dans l'Union européenne en contrepartie d'une aide financière et 
de facilités accordées à Ankara. 
    Il prévoit le retour en Turquie de toutes les personnes qui 
arriveront illégalement sur les îles grecques de la mer Egée, 
selon le principe du "un pour un" ("pour chaque Syrien renvoyé 
en Turquie depuis les îles grecques, un autre Syrien sera 
réinstallé de la Turquie vers l'UE en tenant compte des critères 
de vulnérabilité des Nations unies", peut-on lire dans le 
texte). 
    En contrepartie, la Turquie obtient une aide financière 
supplémentaire de la part de l'Europe (trois milliards d'euros 
en plus des trois milliards déjà accordés), l'accélération du 
processus d'adhésion de la Turquie à l'UE et la mise en oeuvre 
anticipée de la libéralisation des visas pour les citoyens 
turcs. 
    Cet accord a permis de réduire très fortement les arrivées 
de réfugiés et migrants en Europe, après le pic de 2015 qui 
avait vu plus d'un million d'entre eux débarquer dans les îles 
grecques. Mais les autorités turques, qui jugent que l'UE n'a 
pas tenu ses promesses, ont multiplié ces dernières semaines les 
menaces de suspension. 
     
    DES OCCIDENTAUX INQUIETS 
    Ces tensions entre la Turquie et l'UE se sont accompagnées 
d'un réchauffement des relations entre Erdogan et Vladimir 
Poutine, provoquant une inquiétude parmi les Occidentaux ainsi 
qu'au sein de l'Otan, organisation dont fait partie la Turquie. 
    Interrogé sur une éventuelle sortie de son pays de 
l'Alliance atlantique, Cavusoglu a précisé que si le 
gouvernement turc restait partisan de cette organisation de 
défense, il n'en examinait pas moins d'autres éventualités. 
    "Il est clair que nous devons coopérer avec d'autres 
partenaires sur l'achat et la vente de systèmes d'armement parce 
que certains de nos partenaires de l'Otan nous refusent le droit 
de vendre des systèmes de défense antiaérienne par exemple ou 
d'échanger des informations", a-t-il ajouté.  
    Dans une interview publiée la semaine dernière par Le Monde, 
où il reproche aux Occidentaux d'avoir laissé les Turcs "seuls" 
après la tentative de putsch du 15 juillet, le président Recep 
Tayyip Erdogan a menacé de ne plus réadmettre de migrants et de 
réfugiés sur le territoire turc. 
    "L'accord de réadmission et l'exemption de visas devaient 
entrer en vigueur simultanément le 1er juin. Nous sommes 
aujourd'hui en août et il n'y a toujours pas d'exemption de 
visas. Si nos demandes ne sont pas satisfaites, les réadmissions 
ne seront plus possibles", dit-il.   
    De son côté, l'Union européenne demande qu'Ankara modifie 
son arsenal juridique de lutte contre le terrorisme, faisant 
valoir qu'il porte atteinte à la liberté d'expression et 
autorise des arrestations arbitraires.   
    Le mois dernier, le commissaire européen à la Société 
numérique, Günther Oettinger, a prédit qu'il n'y aurait pas 
d'exemption de visa d'ici la fin de l'année du fait de la vague 
de répression qui a suivi le coup d'Etat manqué.   
     
    VOIR AUSSI 
    L'accord de mars entre l'UE et la Turquie:   
 
 (Michelle Martin; Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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