Accord-cadre sur le nucléaire iranien à Lausanne

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UN ACCORD-CADRE SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN CONCLU À LAUSANNE
UN ACCORD-CADRE SUR LE NUCLÉAIRE IRANIEN CONCLU À LAUSANNE

par Louis Charbonneau et Stephanie Nebehay

LAUSANNE, Suisse (Reuters) - Au terme de huit jours de négociations marathon à Lausanne, l'Iran et les puissances impliquées dans les négociations sur son programme nucléaire ont conclu jeudi un accord-cadre portant sur au moins dix ans et qualifié d'"historique" par Barack Obama.

Cet accord politique devra désormais être concrétisé par un règlement définitif global sur le programme nucléaire de Téhéran, lequel doit être conclu au plus tard le 30 juin.

"Aujourd'hui, nous avons fait un pas décisif, nous nous sommes entendus sur des paramètres", a déclaré lors d'une conférence de presse Federica Mogherini, porte-parole de la diplomatie européenne, et qui coordonne les pays du P5+1 impliqués dans les négociations avec Téhéran.

"La détermination politique, la bonne volonté de toutes les parties a rendu cela possible", a-t-elle continué.

En vertu de l'accord-cadre, l'Iran devra se défaire de plus des deux tiers de ses centrifugeuses - lesquelles produisent de l'uranium pouvant servir à une bombe atomique -, démanteler un réacteur qui pourrait produire du plutonium et accepter des vérifications.

Concrètement, selon un document américain, le nombre de centrifugeuses en Iran serait ramené de 19.000 actuellement à 6.104, et seules 5.060 seraient en service, en cas d'accord final. L'iran accepte en outre de ne pas enrichir d'uranium a plus de 3,67% pendant au moins 15 ans, selon ce même document, d'après lequel Téhéran consent à ne pas construire de nouvelles installations d'enrichissement d'uranium pendant 15 ans.

En outre, a précisé Federica Mogherini, le site souterrain d'enrichissement nucléaire de Fordow sera transformé en centre de physique nucléaire, et aucun matériau fissile ne pourra s'y trouver. Une coentreprise internationale aidera l'Iran à repenser et construire un réacteur à eau lourde, modernisé, sur le site d'Arak, a-t-elle précisé.

Les sanctions internationales seront suspendues lorsque l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) aura constaté que l'Iran s'est soumis à toutes ses obligations. Elles pourront être rétablies à tout moment si l'Iran ne respecte plus ses engagements, lit-on dans le document américain.

"BON ACCORD", SELON OBAMA

Le président américain, qui a appelé les dirigeants français, allemand et britannique afin de les remercier pour leur coopération, a salué un "bon accord".

"Aujourd'hui, nous, les Etats-Unis, de concert avec nos alliés et partenaires, sommes parvenus à un accord historique avec l'Iran qui, s'il est pleinement mis en oeuvre, empêchera ce pays d'obtenir l'arme nucléaire", a dit Obama à la Maison blanche. "Après des mois de diplomatie, nous sommes parvenus au cadre d'un accord avec l'Iran", a dit le président en le qualifiant de "bon".

"Si ce cadre débouche sur un accord définitif global, il rendra notre pays, nos alliés et notre monde plus sûrs", a continué Barack Obama, qui a téléphoné au roi d'Arabie saoudite, Salman et comptait appeler également le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Israël n'a pas tardé à faire part de son mécontentement, par la voix de son ministre des Affaires stratégiques, Yuval Steinitz.

"Les sourires à Lausanne sont détachés de la triste réalité, en vertu de laquelle l'Iran refuse de faire quelque concession que ce soit sur le dossier nucléaire et continue de menacer Israël et tous les autres pays du Moyen-Orient", a déclaré le ministre israélien des Affaires stratégiques, Yuval Steinitz.

"Nous poursuivrons nos efforts pour expliquer, et pour convaincre le monde entier, dans l'espoir d'empêcher un mauvais accord (final)", a ajouté le ministre.

Autre voix réservée, jeudi, celle d'un responsable républicain, Bob Corker. Selon le président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, le Congrès américain devra avoir son mot à dire sur un futur accord définitif avec l'Iran.

Ailleurs dans le monde, les dirigeants ont dans l'ensemble salué un pas notable vers un règlement définitif de la crise du nucléaire iranien.

Le président iranien Hassan Rohani a confirmé un accord sur les "principaux paramètres" et le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, parlant de "solutions trouvées", s'est dit prêt à entamer sans attendre la rédaction d'un accord global et définitif.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a évoqué un "pas important" qui permettra d'empêcher l'Iran d'acquérir l'arme atomique.

LONDRES PARLE DE NÉGOCIATIONS "ÂPRES"

François Hollande a salué l'accord de principe trouvé sur les bases d'un règlement de la crise mais a prévenu que la France veillerait à ce que les Occidentaux puissent vérifier que l'accord définitif est respecté.

"Le président de la République salue (...) les bases de l'accord qui ont été trouvées", lit-on dans un communiqué de l'Elysée. "C'est un accord d'étape qui comporte des avancées positives incontestables", a estimé pour sa part le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius sur France 2. "L'Iran n'aura pas la possibilité d'aller vers l'arme nucléaire", a-t-il dit.

"Il y a encore des avancées à faire parce que si l'iran ne respecte pas ses engagements, il faut qu'on puisse revenir aux sanctions économiques, mais le mécanisme précis n'est pas établi", a-t-il noté toutefois.

A Londres le secrétaire au Foreign Office Philip Hammond a indiqué que les négociations avaient été âpres mais ouvraient la voie à "ce qui pourrait être un très bon accord (définitif)".

"Cela va bien au-delà de ce que nombre d'entre nous pensions possible il y a encore un an et demi, et c'est une bonne base pour ce qui, je crois, pourrait être un très bon accord. Mais il reste encore du travail", a-t-il dit.

Le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a estimé quant à lui qu'un accord définitif "permettrait à tous les pays de coopérer d'urgence pour faire face aux nombreux sérieux défis posés à la sécurité".

Le programme nucléaire iranien empoisonne les relations entre l'Iran et les Occidentaux depuis 2002 et a conduit l'Onu, les Etats-Unis et l'Union européenne à imposer depuis 2006 des sanctions qui étouffent l'économie iranienne.

(Jean-Stéphane Brosse, Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français)

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