Accord à portée de main sur le budget européen

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VERS UN ACCORD SUR LE BUDGET EUROPÉEN
VERS UN ACCORD SUR LE BUDGET EUROPÉEN

par Julien Ponthus et Emmanuel Jarry

BRUXELLES (Reuters) - Un accord sur le budget européen semble à portée de main à Bruxelles, où François Hollande et David Cameron ont montré leurs muscles dès leur arrivée, jeudi, à un sommet dans lequel Angela Merkel se pose en arbitre.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a retardé de plus de deux heures le début du sommet des dirigeants de l'Union pour affiner ses propositions.

Les Vingt-Sept - qui seront 28 à compter du 1er juillet avec la Croatie - doivent s'accorder sur des coupes budgétaires supplémentaires et leur répartition pour arriver à un consensus.

"Herman Van Rompuy est en train de mettre la dernière touche à sa proposition", a-t-on déclaré dans son entourage. "On peut, en théorie, interpréter le fait qu'on retarde le début du sommet pour travailler sur le texte comme le signe que ça bouge."

François Hollande et David Cameron, qui défendent des positions antagonistes - un budget de soutien à la croissance pour l'un, des coupes supplémentaires pour l'autre - n'en ont pas moins montré leurs muscles avant le début de la réunion.

"S'il y en a qui ne sont pas raisonnables, eh bien je ferai en sorte de les raisonner", a dit le président français. "Si l'Europe devait, pour chercher un compromis à toute force, abandonner ses politiques communes, oublier l'agriculture et ignorer la croissance, je ne serai pas d'accord."

Le Premier ministre britannique a répliqué que les propositions de budget qui sont sur la table pour les années 2014-2020 étaient encore trop élevées. "Elles doivent baisser, sinon il n'y aura pas d'accord", a-t-il lancé.

La chancelière allemande, Angela Merkel, dont la France et le Royaume-Uni revendiquent le soutien, a endossé le costume d'arbitre en réaffirmant qu'un compromis était "souhaitable", tout en jugeant les positions "encore éloignées".

UNE ENVELOPPE DE 960 MILLIARDS D'EUROS

Des sources européennes ont fait valoir que le report du sommet proprement dit permettait aux dirigeants européens de se voir avant pour tenter d'accorder leurs violons.

François Hollande a ainsi eu un entretien avec les chefs des gouvernements italien et espagnol, Mario Monti et Mariano Rajoy, défenseurs comme lui de la politique agricole et de cohésion communes, les deux plus gros chapitres du budget européen.

Il avait eu un entretien mercredi soir avec Angela Merkel dans en marge du match amical de football France-Allemagne.

L'enveloppe globale du budget pour 2014-2020 a été revue plusieurs fois à la baisse, sous la pression du Royaume Uni, de l'Allemagne et de plusieurs autres pays du Nord de l'Europe.

Selon des sources européennes, Herman Van Rompuy envisageait ces jours-ci de proposer un peu moins de 960 milliards d'euros de crédits d'engagement, hors Fonds européen de développement et instruments hors budget.

Les Britanniques pourraient être tentés de pousser leur avantage si le rapport de force tourne en leur faveur, bien qu'ils aient déjà obtenu beaucoup, dit-on de même source.

Mais des diplomates estiment pour leur part que les négociateurs se montreront en réalité plus pragmatiques.

"Un accord est probable mais ce sera très difficile", explique l'un d'eux, selon qui Herman Van Rompuy et Angela Merkel sont prêts à faire de nouvelles concessions à David Cameron pour boucler un accord.

Selon une source proche de François Hollande, la France serait aussi prête à accepter quelques milliards de réduction budgétaires en plus si c'est le prix à payer.

Elle est cependant soucieuse de ne pas laisser le Royaume-Uni paraître sortir vainqueur de ce bras de fer, ce qui serait aux yeux de Paris une prime au chantage et un précédent politiquement dangereux, dit-on de source européenne.

CRÉDITS DE PAIEMENT

Angela Merkel a quant à elle un intérêt objectif à un compromis : sans accord, le budget annuel actuel sera reconduit et, hormis le Royaume-Uni, tous les pays bénéficiant d'un rabais sur leur contribution au budget de l'UE, le perdront.

Pour parvenir à un consensus, les Vingt-Sept pourraient jouer sur la différence entre crédits d'engagement et crédits de paiement, ce que l'UE prévoit de débourser effectivement.

Selon des sources européennes, Herman Van Rompuy proposerait de ramener les crédits de paiement à une fourchette allant de 900 à 910 milliards d'euros au lieu de 940 à 950 milliards proposés en novembre, contre 942,8 milliards entre 2007 à 2013.

Le président du Conseil estimait initialement qu'une nuit de négociation suffirait. Mais des diplomates pensent maintenant que les discussions pourraient se prolonger pendant le week-end.

Le Parlement européen pourrait jouer les trublions en cas d'accord. Il a prévenu qu'il opposerait son veto à des coupes trop draconiennes, ce qui ouvrirait une crise et une nouvelle période de tractations laborieuses.

Les députés européens, qui ont dans le passé souvent brandi cette menace sans la mettre à exécution, évoquent cette fois la possibilité d'un vote à bulletin secret pour s'affranchir de la pression de leurs gouvernements ou de leurs groupes politiques.

Edité par Yves Clarisse

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