Accor débarque Denis Hennequin, un trio nommé temporairement

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ACCOR DÉBARQUE DENIS HENNEQUIN ET NOMME UN TRIO TEMPORAIREMENT
ACCOR DÉBARQUE DENIS HENNEQUIN ET NOMME UN TRIO TEMPORAIREMENT

par Cyril Altmeyer et Noëlle Mennella

PARIS (Reuters) - Le conseil d'administration d'Accor a annoncé mardi soir le départ du PDG, Denis Hennequin, et son remplacement temporaire par un trio de dirigeants chargé d'"accélérer" la mise en oeuvre de la stratégie du groupe hôtelier français.

Philippe Citerne, jusqu'ici vice-président du conseil d'administration d'Accor, devient président non-exécutif.

Sébastien Bazin, directeur général du fonds d'investissement Colony Capital, l'un des deux actionnaires de référence d'Accor, devient vice-président du conseil tandis que Yann Caillère, jusqu'à présent directeur général délégué, est nommé directeur général.

"La situation du groupe a fait l'objet durant cette réunion (du conseil, NDLR) d'un diagnostic partagé par tous les administrateurs: la stratégie suivie est la bonne et restera inchangée. Mais dans le contexte économique actuel (...) Accor a besoin pour renforcer ses positions, d'accélérer le rythme de mise en oeuvre de cette stratégie", peut-on lire dans un communiqué.

"Le conseil a pris acte des réserves de Denis Hennequin et a donc mis fin à son mandat à l'unanimité avec effet au 23 avril 2013", ajoute le texte dans lequel est évoqué une "gouvernance de transition."

Le groupe ne précise pas combien de temps durera cette transition et indique seulement que l'assemblée générale annuelle d'Accor, prévue jeudi, sera présidée par Philippe Citerne.

Plus tôt dans la journée, une source proche des discussions avait déclaré à Reuters que les délibérations du conseil d'administration avaient été "houleuses."

HISTOIRE AGITÉE

Selon une autre source, Denis Hennequin, ancien PDG Europe de McDonald's paie la mise en oeuvre jugée trop lente des cessions et des externalisations d'actifs hôteliers (la vente des seuls murs, le groupe conservant l'exploitation), dans un contexte beaucoup moins favorable au secteur, du moins en Europe.

L'histoire récente du groupe avait déjà été très agitée. Six administrateurs avaient démissionné en 2009, laissant le champ libre aux fonds californien Colony et français Eurazeo pour mettre en oeuvre la séparation des activités hôtelières et de l'activité de services, rebaptisée Edenred et désormais cotée séparément.

Fin 2010, c'est le PDG Gilles Pélisson qui avait dû quitter son poste, cinq ans après son prédécesseur Jean-Marc Espalioux.

En janvier, Franck Riboud, le PDG de Danone, avait préféré quitter le conseil d'administration.

Le tandem Colony Capital-Eurazeo, qui détenait au total 21,4% du capital d'Accor fin 2012, occupe quatre des dix sièges du conseil.

"D'un côté les marchés ne sont pas porteurs, il y a des actionnaires de référence très exigeants et qui ne laissent pas le temps et un patron qui ne s'entoure que de béni-oui-oui et est peu présent sur le terrain", a estimé l'une des sources. "Tout cela mélangé, ce n'est pas bon."

Cette source a également évoqué la réorganisation de la marque Ibis dans laquelle Accor a investi 150 millions d'euros et qui n'a pour l'instant pas porté ses fruits, ainsi qu'un éparpillement de la direction dans divers projets de réorganisation interne.

COURS EN BERNE

La faiblesse du cours de Bourse peut également expliquer l'éviction de Denis Hennequin. Accor est aujourd'hui valorisé 5,8 milliards d'euros à la Bourse de Paris, soit à un niveau proche de celui son ex-filiale Edenred (5,7 milliards d'euros). Le cours d'Accor a chuté de 22% depuis 2010, bien qu'il ait repris 36% l'an dernier.

L'action Accor (-2,14% à 25,405 euros) a accusé mardi la seule baisse de l'indice CAC 40 qui a clôturé en hausse de 3,58%.

Le départ de Denis Hennequin risque de se traduire par une nouvelle période de turbulences pour le groupe alors qu'il cherche à faire évoluer son modèle.

La réorganisation par marque et non plus par pays pourrait être le prélude à une vente de certaines enseignes, comme par exemple les hôtels Formule 1 ou les hôtels haut de gamme Sofitel, avancent deux sources proches d'Accor.

"Le principal problème, c'est que les gros actionnaires du groupe ne se montrent pas suffisamment patients. Ils voudraient une restructuration rapide avec des mesures d'urgence alors que la restructuration engagée nécessite du temps", souligne un vendeur actions parisien.

En février, Accor a indiqué qu'il souhaitait accélérer la restructuration de ses hôtels et réaliser 100 millions d'euros d'économies entre 2013 et 2014 pour limiter l'impact de l'augmentation de ses coûts en Europe.

Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, Dominique Vidalon, Matthias Blamont, édité par Marc Angrand

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