Accélération de la croissance japonaise au 1er trimestre

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LE PIB JAPONAIS MONTRE LES PREMIERS EFFETS DE LA POLITIQUE DE SHINZO ABE
LE PIB JAPONAIS MONTRE LES PREMIERS EFFETS DE LA POLITIQUE DE SHINZO ABE

par Tetsushi Kajimoto et Kaori Kaneko

TOKYO (Reuters) - L'économie japonaise a connu une croissance appréciable en début d'année, un premier témoignage des effets stimulants sur les entreprises et les ménages de la politique du Premier ministre Shinzo Abe, même si elle n'est pas dénuée de risques.

L'investissement des entreprises, perçue comme une composante essentielle d'une reprise durable, a diminué pour le cinquième trimestre d'affilée mais les analystes pensent que l'amélioration du sentiment des sociétés finira par se traduire par une hausse des dépenses.

Le PIB a crû de 0,9% de janvier à mars, par rapport au trimestre précédent, au-dessus de l'estimation médiane des économistes interrogés par Reuters, qui était de 0,7%.

En rythme annualisé, la croissance ressort en hausse de 3,5%, supérieure à l'estimation médiane (+2,8%), après +1% au dernier trimestre de 2012. Cette croissance est la plus forte observée en un an et fait suite à six mois de contraction l'an passé. Elle dépasse en outre la croissance des Etats-Unis pour le deuxième trimestre consécutif.

"La consommation des ménages a été réellement forte et les exportations ont fait mieux que prévu. La Bourse et les espoirs d'une hausse des salaires portent la consommation à présent", dit Hiroaki Muto (Sumitomo Mitsui Asset Management).

Ces statistiques gouvernementales, qui recouvrent le premier trimestre intégral depuis le retour de Shinzo Abe au pouvoir, après les législatives de décembre, sont considérées comme un premier aperçu des retombées de son plan visant à sortir de la déflation la troisième économie mondiale.

C'est aussi un bon présage pour le gouvernement Abe dans la perspective des élections à la Chambre des conseillers (chambre haute du Parlement) en juillet. En cas de victoire, son Parti libéral démocrate (PLD) s'assurerait le contrôle des deux chambres de la Diète.

CHOC PSYCHOLOGIQUE

La performance du premier trimestre repose surtout sur le choc psychologique bénéfique sur les ménages d'une Bourse en pleine forme.

Pour qu'elle ne soit pas qu'un feu de paille, il faut que le coup de pouce donné aux exportateurs par la faiblesse du yen ait des répercussions dans l'ensemble de l'économie, enclenchant un cercle vertueux de croissance de l'emploi, des salaires, des bénéfices et de l'investissement.

Pour soutenir cet effort, la Banque du Japon (BoJ) a décidé d'injecter 1.400 milliards de dollars dans l'économie en deux ans. Ce plan a fait dégringoler le yen à un plus bas de quatre ans et demi face au dollar et dopé les cours de Bourse de 70% depuis novembre 2012.

Les économistes estiment que les entreprises, qui restent encore circonspectes, commenceront à dépenser plus durant le trimestre en cours.

"Il y a une certaine demande d'investissement de la part des sociétés dans la mesure où on table sur une reprise des exportations; certaines firmes doivent mettre à jour leurs équipements et il y aura un effet positif tiré du collectif budgétaire. Je pense que les dépenses d'investissement augmenteront en avril-juin", dit Yuichi Kodama (Meiji Yasuda Life Insurance).

Les dépenses d'investissement ont baissé de 0,7% durant le trimestre, alors qu'on attendait une hausse d'un même pourcentage, ce qui a affecté jeudi une Bourse de Tokyo stimulée dans un premier temps par Wall Street et le yen.

La consommation privée, en hausse de 0,9%, conformément aux anticipations, affiche son rythme de croissance le plus élevé depuis le troisième trimestre 2011. Représentant 60% du PIB environ, elle affiche deux trimestres de hausse d'affilée.

Les exportations ont battu le consensus en représentant une contribution nette de 0,4 point au PIB, en dépit d'une hausse des importations en valeur favorisée par le recul du yen.

Pour le ministre de l'Economie Akira Amari, cette statistique montre que l'économie semble évoluer favorablement en vue d'une hausse de la TVA en avril 2014. Une décision définitive n'interviendra toutefois qu'après les chiffres du deuxième trimestre, attendus en août.

GRAINS DE SABLE

Quelques grains de sable pourraient toutefois gripper la mécanique Abe. Le vieillissement de la population en est un. La hausse de la facture énergétique et des importations en est un autre, à moins que les primes estivales augmentent suffisamment les salaires pour compenser la réduction du revenu disponible.

Les perspectives économiques mondiales incertaines, comme l'ont révélé des statistiques en demi-teinte en Chine et aux Etats-Unis, les deux plus gros clients du Japon, sont également à prendre en compte.

La hausse des rendements obligataires risque enfin de mettre à mal la politique volontariste de la BoJ et d'attirer à nouveau l'attention sur l'énorme dette du pays, qui représente plus du double de son PIB.

Malgré tout, la politique économique d'Abe semble devoir effectivement porter la croissance, au moins pour le restant de l'année.

"L'économie jouira d'une forte croissance pour encore une année ou à peu près. Cela ne se limite pas à un sentiment épanoui ou à une hausse de la Bourse; on a maintenant la preuve que les 'abenomics' fonctionnent et que l'économie a repris pied sur des bases solides", commente Yoshiki Shinke (Institut d'études Dai-Ichi Life).

Jean-Stéphane Brosse et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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