Accalmie dans le monde musulman, sauf au Pakistan

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ACCALMIE DANS LE MONDE MUSULMAN, SAUF AU PAKISTAN
ACCALMIE DANS LE MONDE MUSULMAN, SAUF AU PAKISTAN

par Aisha Chowdhry

ISLAMABAD (Reuters) - Les pays occidentaux redoutaient de nouvelles manifestations de colère des musulmans vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire, mais à l'exception du Pakistan, où de violents incidents ont fait quinze morts, les rassemblements se sont pour la plupart déroulés pacifiquement.

Une semaine après les graves violences survenues en Tunisie, en Egypte ou au Soudan lors de manifestations contre la diffusion sur internet d'extraits du film islamophobe "L'innocence des musulmans", tourné en Californie, les responsables politiques et religieux avaient multiplié les appels à la retenue à travers le monde musulman.

En France, où l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a publié cette semaine une série de caricatures de Mahomet, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a réaffirmé que toute manifestation, tout rassemblement à ce sujet, étaient interdits.

"Aucune dérogation, aucune exception ne sera tolérée", a-t-il déclaré lors d'un déplacement à Marseille.

En Tunisie, encore sous le choc des quatre morts et de la trentaine de blessés lors des affrontements du vendredi précédent devant l'ambassade américaine, le gouvernement dirigé par les islamistes modérés d'Ennahda a pareillement interdit tout rassemblement contre les caricatures de Charlie Hebdo.

Au Caire, ils n'étaient que quelques dizaines à s'être réunis à proximité de l'ambassade de France, solidement protégée par la police égyptienne.

La veille, le Grand Mufti Ali Gomaa, plus haute autorité religieuse du pays, avait appelé ses frères à suivre l'exemple du prophète et de ses compagnons qui avaient enduré "les pires insultes de la part des non-croyants de leur temps".

QUINZE MORTS AU PAKISTAN

Au Pakistan en revanche, les rassemblements organisés avec l'appui du gouvernement en ce vendredi décrété "Journée d'amour du prophète Mahomet" ont attiré des dizaines de milliers de manifestants à Islamabad, Karachi, Peshawar, Lahore, Multan ou bien encore Muzaffarabad.

Les incidents les plus violents ont éclaté à Karachi, où dix personnes dont trois policiers ont perdu la vie et où une centaine de personnes ont été blessées, selon les autorités de la province du Sindh. Une vingtaine de véhicules ont été incendiés, de même que trois banques et cinq cinémas.

A Peshawar, deux cinémas et plusieurs magasins ont été pillés ou incendiés lors d'affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. Au moins cinq personnes ont été tuées.

A Lahore et Peshawar, les forces de sécurité ont dû tirer en l'air pour maintenir les manifestants à distance des consulats des Etats-Unis.

L'ambassade des Etats-Unis a fait diffuser des spots à la télévision pakistanaise, rappelant que l'administration fédérale américaine n'avait rien à voir avec la production de "L'innocence des musulmans".

"Une attaque portée contre le saint prophète est une attaque portée contre l'ensemble du milliard et demi de musulmans. C'est quelque chose d'inacceptable", a déclaré le Premier ministre pakistanais, Raja Pervez Ashraf, lors d'un discours prononcé devant des dirigeants politiques et religieux.

En Afghanistan voisin, où la police était entrée en contact avec les chefs religieux et tribaux pour qu'ils calment les esprits, les manifestations organisées à Kaboul et à Mazar-i-Sharif n'ont attiré que quelques centaines de personnes.

En Irak, la colère contre "L'innocence des musulmans" a débouché sur une démonstration d'unité rarissime à Bassorah, où des milliers de chiites et de sunnites ont défilé ensemble.

A Dacca, capitale du Bangladesh, ils étaient environ 10.000 à reprendre des slogans et à incendier des drapeaux américains et français ainsi qu'une effigie du président Barack Obama.

"DOUBLEMENT IRRESPONSABLE"

Pour de nombreux musulmans, la diffusion d'extraits du film américain et la publication de caricatures du prophète, dont toute représentation est proscrite, relèvent d'une guerre lancée contre leur foi et leurs pratiques religieuses sous le couvert de la protection de la liberté d'expression.

"En Occident, ils détestent notre prophète et le démontrent par un travail incessant, par leurs écrits, leurs caricatures et leurs films et par la manière dont ils lui déclarent la guerre dans les écoles", dénonce Abdessalam Abdallah, prédicateur dans une mosquée de Bourj al Barajneh, un camp de réfugiés palestiniens de Beyrouth.

D'après les Nations unies, les violences provoquées depuis le 11 septembre ont fait une trentaine de morts à travers le monde.

"Ce film comme ces caricatures sont malveillants et relèvent de la provocation délibérée. Le film en particulier représente une image honteusement déformée des musulmans", a déclaré Rupert Colville, porte-parole du Haut Commissaire de l'Onu pour les droits de l'homme, Navi Pillay, lors d'un point de presse à Genève.

"Dans le cas de Charlie Hebdo, compte tenu du fait qu'ils savaient parfaitement ce qui s'était passé la semaine dernière au sujet du film, il semble doublement irresponsable de leur part d'avoir publié ces caricatures", a-t-il ajouté.

Avec les rédactions de Reuters à Paris, en Asie et au Moyen-Orient, Marine Pennetier, Henri-Pierre André et Agathe Machecourt pour le service français

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