Abdoulaye Wade hué en votant au Sénégal

le
0
ABDOULAYE WADE HUÉ EN VOTANT AU SÉNÉGAL
ABDOULAYE WADE HUÉ EN VOTANT AU SÉNÉGAL

par Diadie Ba et Pascal Fletcher

DAKAR (Reuters) - Les Sénégalais ont voté dimanche pour désigner leur président à l'occasion d'un scrutin sous haute tension après les violences qui ont suivi la validation de la candidature du sortant Abdoulaye Wade, 85 ans, en quête d'un troisième mandat.

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 08h00 GMT. A Dakar, tout semblait calme lors de l'ouverture des bureaux, malgré quelques légers retards.

Quelque 5.1 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour choisir leur président parmi les 14 candidats qui briguent la magistrature suprême, dont deux anciens Premiers ministres Macky Sall et Idrissa Seck.

Les opposants au chef de l'Etat sortant affirment que sa candidature viole le principe constitutionnel limitant à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs. Wade estime que cette disposition ayant été introduite durant son premier mandat, elle ne rentre pas en ligne de compte.

Abdoulaye Wade a été hué par une centaine de personnes au moment de mettre son bulletin dans l'urne. La foule a scandé en wolof "Wade, dégage", obligeant l'entourage du chef de l'Etat, visiblement fâché, à l'escamoter à la sortie du bureau de vote sans qu'il puisse prendre la parole.

Dimanche, certains Sénégalais affichaient leur confiance en un vote démocratique.

"Nous ne voulons pas que le pays se transforme en chaos", dit Mamadou Kane, ingénieur de 53 ans travaillant dans le secteur des télécommunications, faisant la queue au milieu de dizaines de compatriotes dans la banlieue de Dakar. "La meilleure chose à faire est de choisir un candidat et de voter pour lui".

"Mon arme est ma carte d'électeur", explique Ahmed N'Diaye, charpentier de 22 ans, à Dakar. "Je vais l'utiliser et espérer que cela nous permette de nous débarrasser de ce vieux président", dit-il.

Dans le quartier populaire de Parcelles Assainies, une mère de famille, Awa Faye Ndoye, déclare: "Vous pouvez percevoir la détermination de la population, qui veut le changement". Elle prédit des manifestations si le président est proclamé vainqueur.

Dans une interview publiée dans le Journal du Dimanche, Abdoulaye Wade se dit persuadé d'obtenir une "majorité écrasante" dès le premier tour du scrutin et fait part de son intention de former un gouvernement d'union nationale.

"UNE RÉVOLTE N'EST PAS PENSABLE"

"Ma majorité est si écrasante que je pense être élu avec un fort pourcentage dès le premier tour", déclare-t-il avant d'écarter le risque de débordements de l'opposition. "Une révolte des Sénégalais contre moi n'est pas pensable!"

Interrogé sur les critiques émises par l'opposition sur son âge, il répond : "C'est l'Afrique, ça. Je suis âgé, certes, mais j'ai la forme physique. Mon âge est devenu un avantage. Je suis le président et le père de la nation. C'est ce que les Européens n'arrivent pas à se mettre en tête."

Face aux risques d'une nouvelle flambée de violences, diplomates et médiateurs ont multiplié les appels au calme et à la transparence électorale.

"Nous suivons de près l'évolution de la situation au Sénégal et ce qui se passe là-bas nous inquiète", a déclaré le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon lors d'une visite en Zambie. "J'espère sincèrement que ces élections se dérouleront de manière pacifique et transparente pour que la volonté du peuple soit respectée."

Selon le Mouvement du 23-Juin, qui regroupe des formations de l'opposition et des organisations de la société civile, le médiateur et ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a proposé qu'Abdoulaye Wade reste deux ans au pouvoir, au lieu de sept, en cas de victoire à l'élection de dimanche.

La mission d'observation envoyée par l'Union européenne s'est pour sa part dite préoccupée par le retard pris dans la distribution de plusieurs centaines de milliers de cartes électorales, par le manque de transparence du processus et par la répression des opposants.

Au moins six personnes ont péri dans les heurts entre opposants et policiers depuis fin janvier et la décision de la Cour suprême d'autoriser Wade à se présenter.

Le Sénégal est le seul Etat d'Afrique continentale à ne pas avoir connu de coup d'Etat depuis son indépendance en 1960. Les précédents scrutins, remportés par Abdoulaye Wade, se sont déroulés dans le calme.

"Gorgui" (Le Vieux, en wolof), qui est arrivé au pouvoir en 2000 après une longue carrière dans l'opposition, met en avant son bilan de grands chantiers d'infrastructures, notamment des routes et un aéroport.

Il est en revanche critiqué pour ne pas avoir suffisamment accru le niveau de vie de ses compatriotes, qui sont nombreux à subsister avec l'équivalent de quelques euros par jour.

Gregory Schwartz, Marine Pennetier et Benjamin Massot et Jean-Loup Fiévet pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant