Abderrahmane Sissako : "Un amorti poitrine reste le plus beau geste du football"

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Abderrahmane Sissako : "Un amorti poitrine reste le plus beau geste du football"
Abderrahmane Sissako : "Un amorti poitrine reste le plus beau geste du football"

Une scène extraordinaire de match sans ballon en réponse à une hypothétique police islamique en Mauritanie, et un triomphe vendredi soir aux Césars pour son Timbuktu (7 Césars) : Abderrahmane Sissako est un réalisateur qui sait des choses. Notamment en football.

Quel football suivez-vous ? Je m'intéresse vraiment à la CAN et à la Coupe du monde lorsqu'il y a de l'enjeu, à partir des huitièmes de finale. De fait, je suis moins la Mauritanie. Quand on vit en Afrique, on vient naturellement au football parce que c'est un sport qui s'accommode de différents climats. À partir de quatre rues peut se former un autre club. Il ne s'agit même pas d'aller de l'autre côté du fleuve. Je me souviens que la tension autour du football pouvait être tellement forte que pendant une année, il y avait une rue où il était interdit de passer.
Est-ce que les championnats européens y sont suivis ? Je vis une partie de l'année en Éthiopie, et le concept des clubs anglais y est tellement fort que quand Manchester joue contre Chelsea, c'est presque la ville qui se divise. C'est impressionnant. Comment peut-on s'approprier un club qui est aussi loin de toi, culturellement différent, et où il t'est même interdit parfois de te rendre, faute de visa ? Je trouve ça fort. On se rend compte alors que c'est un vrai sport populaire. Ce qui est étrange, c'est que l'Éthiopie n'a jamais été colonisée par l'Angleterre, et que les gens ne suivent pas non plus le championnat italien. C'est donc le rapport au club qui l'emporte. Dans plusieurs pays d'Afrique, l'OM et le PSG sont populaires, mais quand ça va jusqu'au club anglais, ça veut dire qu'on a atteint un stade de passion beaucoup plus fort.
Filmer cette passion, serait-ce raconter le jeu ou ses à-côtés ? Le jeu même. C'est un ballet, il y a beaucoup de chorégraphies. Un ballon amorti par une poitrine, ça reste pour moi le plus beau geste du football. Et quand on regarde bien les plans au ras du sol, on voit très vite une histoire s'écrire, qui se joue au millimètre près. J'aime la circulation parce qu'il y a plusieurs façons de faire circuler le ballon, mais que chaque poste est extrêmement important. En général, les équipes ont souvent le même niveau technique, la même tactique et, au cours du match, parfois la même stratégie, ce qui fait que celle en position de gagner est celle qui fait le mieux tourner le ballon. Pour autant, je trouve que la beauté du foot se trouve dans sa transversalité. Marquer un but après un redoublement de passes, comme Barcelone, c'est techniquement beau, mais marquer un but après...


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