A Wissembourg, l'incrédulité des proches du kamikaze du Bataclan

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LE TROISIÈME KAMIKAZE DU BATACLAN IDENTIFIÉ
LE TROISIÈME KAMIKAZE DU BATACLAN IDENTIFIÉ

par Gilbert Reilhac

WISSEMBOURG, Bas-Rhin (Reuters) - A Wissembourg, petite ville tranquille du nord de l’Alsace, l’incrédulité domine après la révélation que le troisième kamikaze du Bataclan était un enfant du pays, dont ceux qui l’ont approché vantent la gentillesse et la bonne éducation.

Le départ pour la Syrie, fin 2013, de Foued Mohamed-Aggad, jeune homme de 23 ans mort dans l’attaque du 13 novembre qui a fait 90 morts dans la salle de spectacle parisienne, était pourtant connu de tous.

Avec son frère aîné, Karim, et deux autres garçons de Wissembourg, dont l’un a été rattrapé in extremis par ses parents à l’aéroport de Francfort, il faisait partie d’un groupe de jeunes radicalisés du quartier de la Meinau à Strasbourg partis faire le djihad selon les autorités françaises, pour de l’action humanitaire selon ceux qui sont revenus.

Sept d’entre eux, dont Karim Mohamed-Aggad, ont été interpellés mi-2014 après leur retour en Alsace, mis en examen et placés en détention provisoire.

"Je n’arrive pas croire que c’est lui. Pour moi, il est parti pour s’en sortir, pas pour faire le djihad", estime Yazar Mesut, Wissembourgeois de 46 ans rencontré par Reuters avec quelques-uns de ses amis dans un bar de la ville.

"Je ne comprends pas comment il a pu tuer des gens", ajoute-t-il à propos de celui qui a été son jeune voisin, un jeune "très intelligent et très poli, qui connaissait le respect et ne se prenait pas pour un caïd".

REFUSÉ PAR LA POLICE ET L'ARMÉE

C'est la mère de Foued Mohamed-Aggad qui a permis de l'identifier après avoir reçu un SMS depuis la Syrie lui annonçant la mort de son fils, a dit l'avocate de la famille.

"Ce SMS lui indiquait que son fils était mort: 'il est mort le 13 novembre avec ses frères'. Elle a eu immédiatement une terreur, celle de penser qu'éventuellement il pouvait être un des kamikazes du Bataclan", a dit Me Françoise Cotta sur iTELE.

"C'est elle qui m'a contactée, qui m'a demandé d'informer le juge d'instruction et c'est elle qui a souhaité que des tests ADN soient réalisés", a-t-elle ajouté.

Françoise Cotta a souligné que le jeune homme était resté en contact avec sa mère et avec son frère, et qu'il leur avait annoncé avoir un projet kamikaze en Irak, d'où l'étonnement de sa famille de savoir qu'il était revenu en France.

Youssef a également été le voisin de la famille Mohamed-Aggad, deux frères et une sœur que leur mère, d’origine marocaine, élevait seule après avoir divorcé de son mari d’origine algérienne, il y a une dizaine d’années.

Il souligne que le jeune homme avait raté de quelques points le concours d’entrée dans la police et avait également été refusé par l’armée.

"C’est la seule fois où il a été déçu, il s’en plaignait. Il pensait que c’était parce qu’il était d’origine étrangère", dit-il. "C’était quelqu’un de tranquille, de posé, qui n’avait pas de casier judiciaire."

La municipalité de Wissembourg et le parquet de Strasbourg, contactés par Reuters, n’ont pas souhaité s’exprimer pour confirmer ou infirmer ces dires.

UNE RÉGION DOTÉE D'EMPLOIS

Foued était croyant "comme nous tous", disent ses amis. Il aurait évolué vers une plus grande religiosité à partir de 2012, fréquentant plus assidûment la mosquée de son quartier.

"Il y allait en mettant le voile blanc sur la tête et la longue chemise", décrit Christian Mahler, qui fut son voisin de palier dans le coquet quartier de petits immeubles situé derrière la gare où la famille est restée un ou deux ans.

Le voisin décrit aussi une mère courage "qui avait parfois des différends avec ses fils" et s’excusait ensuite lorsqu’ils avaient fait du bruit.

Foued vivait d’emplois intérimaires, après des études dans un lycée technique, dans une ville où la situation des jeunes d’origine immigrée est jugée difficile par les intéressés.

Le bassin d’emploi de cette zone frontalière est pourtant l’un des plus favorisés de la région grâce à ses industries mais aussi aux entreprises allemandes dont l’usine de camions Mercedes de Woerth, dans le Palatinat.

Can Yakup, un entrepreneur d’origine turque, confirme.

"Dans mon entreprise, j’ai du mal à recruter. Quand on a envie de bosser, on trouve toujours du travail", affirme celui qui est aussi président du foyer culturel turc dont Foued a fréquenté les cultes.

"Il est venu une ou deux fois", relativise Can Yakup. "La dernière fois, je l’ai mis à la porte parce qu’il voulait faire sa prière tout seul", signe selon lui, que les autres croyants n’étaient plus pour lui "d’assez bons musulmans".

(Edité par Yves Clarisse)

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