À Toulouse, la vie de Roms en zone inondable

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DES ROMS INSTALLÉS EN ZONE INONDABLE À TOULOUSE
DES ROMS INSTALLÉS EN ZONE INONDABLE À TOULOUSE

par Jean Décotte

TOULOUSE (Reuters) - C'est une frêle cabane faite de bric et de broc et adossée à la digue de la Garonne, en contrebas d'un grand boulevard De Toulouse où se dresse le siège du Conseil régional.

Dans cette bicoque vivent Nicolae, 39 ans, sa compagne Rupa Maria, 31 ans et leurs quatre enfants, dont les dessins ornent les murs de mélaminé. Roms originaires de Roumanie, la famille se serre depuis le début de l'été dans ces quelques mètres carrés sans électricité ni eau courante.

Comme eux, environ 130 Roms ont construit des abris de fortune sur ce campement en bordure du fleuve, une zone inondable dont la justice a ordonné en mai l'évacuation mais où ces familles continuent à vivre malgré les mauvaises conditions d'hygiène et la hantise d'être expulsés.

"Tout ce qu'on veut c'est une maison, des toilettes, de l'eau courante", explique Nicolae, casquette vissée sur le crâne et bermuda bariolé.

"On veut des conditions de vie normales, comme tout le monde, comme tout être humain", ajoute-t-il en demandant à un membre du collectif Solidarité Roms Toulouse de traduire ses propos.

Devant les cabanes et les tentes, des bidons d'eau potable remplis dans un parc du quartier d'Empalot, à quelques minutes à pied. Des seaux de l'eau du fleuve, aussi, avec laquelle les Roms font leur lessive.

Ici, des enfants jouent au ballon au pied d'un panneau mettant en garde contre les crues ; là, un garçonnet écrase des noisettes à même le sol tandis qu'une femme répand de l'eau sur la terre battue pour en fixer la poussière. Le soir approchant, les moustiques abondent et on aperçoit un rat se faufiler dans les fourrés.

"J'AI PEUR DE L'EAU"

"On est mieux ici qu'en Roumanie", tranche pourtant Nicolae, qui, comme la plupart des Roms roumains établis sur cette berge de la Garonne, est originaire de la région de Blaj, en Transylvanie.

"Là-bas, il n'y a pas de travail et pour six personnes on ne reçoit que 80 euros d'allocations par mois. Si on pouvait rester en Roumanie, on y resterait, mais en France, au moins, les enfants mangent à leur faim. Le midi, il y a la cantine sociale."

Juste à côté se dresse la tente de Florin Campian, 24 ans, et de sa compagne Dorina, 21 ans. Le jeune couple, qui a un petit garçon de deux ans et une fillette de cinq ans, avoue redouter l'hiver et les inondations.

"Cet hiver, avec les enfants il fera froid. Il nous faudrait une caravane, de l'électricité, pas une tente", dit Florin, bras tatoué et boucle d'oreille en forme d'étoile.

"J'ai peur avec l'eau", ajoute Dorina. "Si elle monte, on va mourir avec tous les enfants."

Pour survivre, certains Roms collectent de la ferraille, d'autres font la manche aux carrefours ou au pied des distributeurs de billets.

En août, le gouvernement français a décidé de faciliter l'accès au travail des Roms, annonçant la suppression de la taxe pesant sur leurs employeurs et un élargissement des métiers auxquels peuvent prétendre les membres de cette communauté.

PANOPLIE DE CLOWN

Sur les bords de Garonne, la plupart des Roms disent ne pas encore en constater les effets.

Cosmin, dont le torse nu arbore un tatouage représentant le visage du Christ, vit en France depuis 2006. Le symbole du dollar brille sur sa boucle de ceinture, mais les poches du jeune homme de 30 ans sont vides, faute de pouvoir trouver un emploi.

"En Roumanie j'avais vu à la télévision qu'il y avait du travail en France, en Espagne et en Italie, mais je ne trouve rien. Alors je fais le clown au feu rouge", raconte-t-il, avant de tirer d'un sac une panoplie aux couleurs vives, composée d'une tunique et un chapeau.

Plus loin, une famille de Bulgares montre la facture d'un ferrailleur à qui elle a livré des métaux : 53 euros récoltés pour plusieurs jours de collecte.

Sur l'ensemble du campement, la même inquiétude revient: les Roms se demandent si les autorités vont évacuer la berge, conformément à une décision du tribunal administratif datant du 16 mai et si une solution de relogement sera trouvée d'ici là.

"Nous avons préparé un travail de recensement de la population (de Roms) au regard du droit des étrangers, des logements disponibles, du droit au travail", a expliqué à Reuters Françoise Souliman, secrétaire générale de la préfecture de la Haute-Garonne, qui a indiqué que deux réunions de travail étaient prévues la semaine prochaine à Toulouse.

"L'objectif est de pouvoir faire en sorte de trouver une solution dans les prochaines semaines concernant ces camps qui représentent un danger pour eux. Les services de l'Etat vont passer les voir (...), on souhaite arriver à une solution d'ici fin septembre."

Selon le collectif Solidarité Roms Toulouse, environ 400 membres de cette communauté vivent à Toulouse. Sur l'ensemble du territoire français, les Roms seraient entre 15.000 et 20.000.

Edité par Yves Clarisse

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  • 2445joye le jeudi 13 sept 2012 à 12:46

    Honte à nos dirigeants, de tous bords, qui par laxisme, ou au nom de principes fumeux, ont laissé notre pays devenir une arche de Noé humanitaire. A présent qu'ils sont rentrés sur notre territoire, le problème est évidemment le nôtre et celui de personne d'autre. Les dirigeants roumains doivent bien se marrer sous cape.

  • M4958114 le jeudi 13 sept 2012 à 12:40

    la perssonne qui touche le rsa n"est pas mieux loti lorsque il payer sont eau l'electrisitee le telephone les organisme ferais de soccuper des notres ont ne peu recevoir toute la misere du monde !!!