À Tokyo, un gratte-ciel sur-mesure pour résister à un méga-séisme

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Depuis 2013, la mégalopole a pris des mesures contre les accidents sismiques et les typhons. Leurs grattes-ciel n’ont jamais été aussi bien équipés et sécurisés. Visite de l’un d’entre eux.

Si le risque sismique est présent dans notre pays, il est loin d’être une priorité... Au Japon, c’est tout l’inverse! Et pour cause: cinq millions de personnes incapables de regagner leur domicile, sans nouvelles de leurs proches, mais indemnes: le séisme du 11 mars 2011 a montré la solidité des constructions de Tokyo, et la nécessité de mieux organiser la vie dans un environnement bouleversé. Depuis ce triste jour où un tsunami provoqué par le même tremblement de terre a tué plus de 18.500 personnes le long des côtes nord-est et provoqué l’accident nucléaire de Fukushima (nord-est), la municipalité de la mégapole de Tokyo a pris de nouvelles dispositions, entrées en vigueur en avril 2013.

En cas de séisme, «les personnes sont appelées à rester sur leur lieu de travail et les employeurs doivent stocker pour leurs salariés 3 jours d’eau et nourriture». Par ailleurs, chaque arrondissement a défini un objectif de surface d’accueil, principalement dans les bâtiments publics et les immeubles d’affaires où des exercices ont lieu régulièrement. «Nous avons pensé ce nouveau gratte-ciel comme un refuge en cas de catastrophe naturelle», explique Atsushi Eto, un directeur de l’entreprise de bâtiment Nippon Tochi Tatemono, sur un chantier en plein coeur de Tokyo. «Il pourra accueillir plusieurs milliers de personnes en plus des occupants habituels durant trois jours sur une surface libre de 4.000 mètres carrés».

L’édifice de 31 étages (170 mètres), qui sera achevé en 2016, laisse actuellement voir ses entrailles dont, au septième niveau, une couche «d’isolation sismique» associant plusieurs systèmes. «Il s’agit d’une protection non seulement contre les tremblements de terre mais aussi des vents violents, notamment au passage des typhons», explique le concepteur, Takashi Fukushima, de l’entreprise Nikken Sekkei. «Le but est d’absorber l’énergie sismique et de minimiser les secousses ressenties dans les étages, un dispositif adapté aux immeubles de bureaux, aux hôpitaux et autres lieux qui ont absolument besoin de continuer à être utilisés après un séisme».

Depuis le tremblement de terre de Kobe (ouest) qui avait tué 6400 personnes en 1995, les technologies parasismiques nippones, tant pour les immeubles de grande hauteur que les maisons particulières, ont bien progressé et les concepteurs se mettent au défi de faire toujours mieux. Divers dispositifs ont démontré leur efficacité, comme dans la tour Mori (238 mètres, 53 étages, six sous-sols) du complexe Roppongi Hills à Tokyo. «Ce gratte-ciel intègre 356 amortisseurs à huile en partie contrôlés électroniquement et 192 entretoises réparties dans la structure des étages», détaille avec une maquette Toru Tsuchihashi, directeur d’une unité d’architecture de Mori Building.

«Lors du séisme de mars 2011, le plus fort que j’aie connu depuis ma naissance, j’ai été assez vite rassuré. Les gratte-ciel de conception plus anciennes ont enregistré des mouvements d’un mètre d’amplitude, mais la tour Mori de Roppongi Hills, elle, de seulement 32 cm», affirme ce quinquagénaire. «Au restaurant du 50e étage, les bouteilles de vin ne sont même pas tombées», précise-t-il. «Désormais, même si tout s’anticipe par simulation informatique, vérification a pu être faite que la réalité était conforme». Si bien que les architectes ne voient pas de limite: après la tour d’émission TV Tokyo SkyTree de plus de 600 mètres, fleurissent les projets de gratte-ciel de 250, voire 350 mètres.

«Mais outre le fait d’éviter la destruction des immeubles, il faut aussi en assurer les fonctions vitales: électricité (par des systèmes d’auto-génération), eau courante et potable (par des stations d’urgence)», insiste Takashi Terada, responsable de la prévention des désastres de Mori Building. Des fournitures de base sont également nécessaires: 270.000 repas, 80.000 kits de WC jetables, couvertures, couches, lait, médicaments, lampes, gants, ruban adhésif, mini-chariots et autres articles de première nécessité sont ainsi stockés à Roppongi Hills.

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