À Saint-Ouen, l'écoquartier des Docks peine encore à tenir ses promesses

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C’est dans le quartier écolo des Docks, en Seine-Saint-Denis, que le conseil général d’Île-de-France doit s’installer dès janvier 2018. Achevé il y a un an seulement, l’endroit souffre encore de défauts de jeunesse. Visite.

Lorsqu’il s’est lancé il y a quelques années, l’écoquartier des Docks, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) promettait du rêve: la vie aux portes de Paris, entièrement ouvert sur un parc de 12 hectares. Cet ancien bastion rouge, municipalité communiste depuis 1945, dirigé depuis 2014 par le maire UDI William Delannoy, voit donc son avenir en vert. Le Figaro immobilier a voulu en avoir le cœur net pour savoir comment on vit désormais sur ce site qui s’apprête à accueillir les 2000 agents du conseil régional d’Ile-de-France.

Au premier abord, les 4000 Audoniens (habitants de Saint-Ouen) occupant les lieux n’ont pas à se plaindre de leur cadre de vie: architecture soignée, jardin commun sans oublier la propreté des lieux et l’impression de qualité qui se dégage. Pas sûr pour autant que les habitants partagent tous une réelle conviction écologique. Comme l’affirme l’un d’entre eux: «Ça nous va tant que ça ne nous rajoute pas de contraintes au quotidien!»

Béton et fumées d’usine

Le quartier ne semble en effet pas réellement conçu pour les amoureux de la nature. Une habitante du vieux Saint-Ouen fait observer: «C’est tout bétonné, regardez ça!» Selon elle: «Les arbres ne poussent même pas, le nouveau jardin est mal cultivé par les habitants des Docks. Avant, on avait de l’herbe, des fleurs et de l’espace. Mais ils ne nous ont rien laissé.» Un écoquartier qui réduit la surface verte d’une ville, un comble!

Et que dire de ce haut conduit de cheminée appartenant à l’usine adjacente qui perturbe la ligne d’horizon. Certes, il rappelle le passé industriel du site mais ses émissions régulières dégradent probablement la qualité de l’air audonien. Autre incohérence écologique: la présence d’un groupe électrogène. Selon l’association Mon voisin des Docks, la faute en revient au constructeur Eiffage, qui aurait oublié de fournir un tableau électrique à l’épicerie du quartier. Résultat: depuis des mois, le commerce brûle du fioul pour produire son électricité.

Du côté des points positifs, le quartier fait preuve de dynamisme avec l’ouverture de l’école du quartier à la rentrée 2016 avec son gymnase flambant neuf, ouvert à toute la ville. Un mouvement qui devrait encore s’accélérer avec l’arrivée du conseil régional. Et le quartier peut se targuer de n’avoir qu’une moitié de ses habitants qui possèdent une voiture. Il est vrai que ces propriétaires sont handicapés puisqu’ils ne peuvent acheter de parking mais simplement louer ceux gérés par la mairie.

Quant au reste de la population qui privilégie la mobilité douce, les travaux actuels lui compliquent bien la tâche. Des rues étant fermées à la circulation, le temps trajet vers le métro est doublé et les demandes d’installation de Vélib’ et d‘Autolib’ restent en attente. Bon nombre de ces dysfonctionnements ne sont que des défauts de jeunesse mais sachant que ce nouveau quartier n’a vocation à être terminé que dans vingt ans, ils risquent de durer.

À l’heure actuelle, il manque encore des transports en commun pour se déplacer vers Paris ou le reste de la ville. Le bus ne passe plus après 19 heures, la ligne 14 n’ouvrira qu’en 2019… De plus, les commerces tardent à ouvrir et les habitants ont dû vivre sans boulangerie, ni cabinet médical. Dès lors, on peut aisément comprendre le ras-le-bol de certains riverains...

Autre sujet qui fâche: les impôts locaux. Dans la deuxième ville la plus endettée de France, le bond de 45% des taxes locales a du mal à passer. Même si les dépenses en chauffage et électricité devraient être plus faibles dans ce quartier qu’ailleurs, l’impact ne sera réellement ressenti sur les budgets qu’à long terme. Et si cette hausse est mal perçue dans l’écoquartier, c’est encore pire en dehors puisque bon nombre d’Audoniens voient les Docks d’un mauvais œil.

On entend en effet souvent dire en ville que les Docks sont un «ghetto pour riches». Une retraitée, installée dans le vieux Saint-Ouen depuis son enfance, sent que “les gens vivent entre eux”, qu’il y a “encore plus de ségrégation qu’avant”. Ainsi, ces écoquartiers seraient-ils réservés aux Parisiens en mal de verdure et à la recherche de mètres carrés supplémentaires? Ce n’est sûrement pas le cas des Docks de Saint-Ouen, qui comptent 40% de logements sociaux. Pour Laure, habitante du quartier, «la gentrification est un fantasme». Elle soutient que de nombreux Audoniens d’origine sont venus emménager dans ce nouvel espace, preuve qu’il n’est pas réservé aux «bobos parisiens». Peu à peu se forge même un véritable esprit de quartier. L'association Mon voisin des Docks a déjà organisé une fête de quartier, qui a rassemblé deux mille participants. La greffe de l’écoquartier ne demande qu’à prendre.

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