« A quand le taux du 10 ans à 0% ? » - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Philippe Trainar)

Boursorama le 10/12/2012 à 15:30
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Malgré la dégradation de la note française par Moody’s, la France continue d’être crédible. Pour combien de temps encore ? A quand le taux de la dette française à 10 ans à 0% ? On en débat cette semaine avec Philippe Trainar, directeur des Risques chez SCOR et membre du Cercle des économistes.

Le taux d’intervention de la BCE et le taux des obligations d’Etat françaises à 10 ans se situent respectivement à 0,75% et moins de 2%. Cette situation est doublement atypique. D’une part, ces taux, négatifs en termes réels, sont historiquement bas. D’autre part, la courbe des taux est très écrasée puisque 125 points de base uniquement séparent les taux courts des taux longs.

Naturellement, cette situation financière atypique s’explique par la crise. Mais, elle s’explique aussi et surtout par la volonté délibérée de la BCE de réduire les taux d’intérêt sur la dette souveraine des pays de l’Europe du sud afin de sauver l’euro. En réaction à cette politique, les investisseurs ont redéployé leurs placements vers les autres dettes souveraines de la zone euro, comme celles de l’Allemagne ou de la France. Une analyse et des conclusions similaires valent pour le dollar et la Federal Reserve ainsi que pour la plupart des économies avancées.

Y a-t-il des raisons de penser que les banques centrales vont ramener les taux d’intérêt à 0% bientôt ? On notera que les taux d’intervention sont déjà quasiment nuls dans certaines économies avancées comme les Etats-Unis, où le taux d’intervention de la Fed est à 0,25%, et en Suisse, où l’introduction d’un prélèvement fiscal sur les dépôts en francs suisses, destiné à stabiliser la parité du franc suisse, devrait conduire à des taux négatifs pour la première fois depuis les années soixante-dix. La situation suisse donne une idée du dilemme auquel les Allemands pourraient être confrontés dans l’hypothèse d’un alignement des taux d’intervention de la BCE sur ceux de la Fed : soit la Bundesbank accepte la baisse des taux de la BCE et l’Allemagne reste dans la zone euro, soit elle la refuse et l’Allemagne sort de la zone euro mais la Buba devra néanmoins baisser ses taux si elle veut éviter une envolée meurtrière du mark.

Pour ce qui concerne la BCE, seule la combinaison d’un « double dip » et d’une stabilité des prix pourrait la convaincre de ramener son taux d’intervention à 0%. Il est clair que cette configuration fait partie des risques actuels. Mais, il faut souligner que, contrairement à une opinion répandue, ce serait une très mauvaise nouvelle. Tout d’abord, elle signifierait que les dernières décisions de politique monétaire, en dépit de leur caractère ultra-expansionniste, n’ont pas eu les effets attendus, laissant planer un doute sur l’efficacité d’un nouvel assouplissement dans une situation de trappe à liquidité. Ensuite, elle pèserait à nouveau sur les taux longs et donc sur l’épargne longue alors que celle-ci conditionne l’importante réallocation du capital nécessaire à la sortie de crise. Enfin, elle ne pourrait qu’inciter les gouvernements impécunieux à utiliser cette aubaine pour retarder la remise en ordre de la dépense publique, ce qui reviendrait à tout miser sur un scénario à la japonaise, au prix d’une surexposition des finances publiques et de l’économie au risque, inévitable à terme, de remontée des taux.

Philippe Trainar



Retrouvez Philippe Trainar à l'occasion d'un tchat mercredi 12 décembre à 11h. Posez-lui dès à présent vos questions ici.


Philippe Trainar est directeur des risques et membre du comité de direction du groupe SCOR mais aussi Professeur à l’Université Paris-Dauphine. Il est également membre du Conseil d’analyse économique et de la Commission économique de la Nation ainsi que président de la Commission de gestion des risques de la Fédération française des sociétés d’assurance.
Ses principaux domaines d’expertise sont la macro-économie ; le risque et l’assurance ; la fiscalité ; les retraites et la protection sociale ; la finance et l’économie internationale.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M827100 le mardi 11 déc 2012 à 12:44

    A AMOUR123>> le Cercle des économistes n'est ni une annexe du PS, ni de l'UMP...c'est absurde de le penser en tout cas!

  • launor le mardi 11 déc 2012 à 10:52

    Pourquoi quelqu'un qui a durement gagné ses euros (au contraire de la BCE qui les c...e à volonté) accepterait il de prêter à long terme des taux si bas à des emprunteurs dont la solvabilité pose question. La trappe à liquidité c'est un peu comme le magot enterré au fond du jardin.

  • TL70190 le lundi 10 déc 2012 à 18:49

    "une situation de trappe à liquidité"

  • AMOUR123 le lundi 10 déc 2012 à 15:46

    "Le cercle des économistes" est une annexe du PS ce qui n'est jamais dit ou écrit clairement. Ces messieurs sont omniprésents dans les médias, comme c'est bizarre. Donc important de le savoir avant de lire ou d'écouter tout ce qu'ils écrivent ou disent...