À Paris, les surendettés sont accompagnés dans leur parcours du combattant

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INFO LE FIGARO - Après trois ans de fonctionnement, la plateforme expérimentale développée par le Crédit municipal de Paris a assuré le suivi individuel de 1100 personnes en situation financière critique. Le dispositif, dont la reconduction sera annoncée le 7 mai, pourrait être élargi à l'échelle nationale.

«Je croule sous les problèmes.» À 45 ans, cette femme qui a souhaité garder l'anonymat a frappé à la porte du Crédit municipal de Paris pour demander de l'aide. «J'ai un emploi mais j'ai traversé un moment difficile dans ma vie, qui a causé une perte de revenus», témoigne-t-elle. «Les dettes s'accumulent depuis dix ans et je suis en retard pour les payer.» De l'autre côté de la porte, une quinzaine de bénévoles et salariés font vivre le Point Solutions Surendettement ou P2S, un service d'accompagnement gratuit et confidentiel des personnes surendettées créé en 2012 par le Crédit municipal de Paris, en partenariat avec la Banque de France et la Ville de Paris.

Cette plateforme expérimentale, une première en France, pourrait être déployée à l'échelle nationale. La première phase de test de trois ans - dont la reconduction pour trois ans sera officiellement annoncée le 7 mai - s'achève sur un bilan très positif. D'après des chiffres dévoilés au Figaro, 2300 appels ont été traités par le P2S, qui ont donné lieu à près de 5000 entretiens, depuis sa création. Quelque 1100 personnes ont été suivies individuellement. Après avoir bondi de 78% en 2014, les rendez-vous ont progressé de 52% au premier trimestre 2015 sur un an.

Bureaux individuels lumineux, présentoirs de petits guides de toutes les couleurs à destination des visiteurs, affichages humoristiques, la décoration des locaux a été pensée pour rassurer les Parisiens surendettés et leur redonner le sourire. «Notre service s'adresse à toutes les personnes qui ont déposé un dossier auprès de la commission de surendettement de la Banque de France et qui, par la suite, ont été reconnues en situation de surendettement», explique Jean-Baptiste Delaforge, chef de projet du P2S. «Nous leur apportons une aide technique, notamment dans leurs démarches de remboursement de leurs dettes.»

Des milliers de personnes basculent dans le surendettement chaque année à Paris. Quelque 4683 dossiers ont été déposés auprès de la Banque de France dans la capitale en 2013, dont seuls 11,1% ont été jugés irrecevables. À l'échelle nationale, 195.126 dossiers ont été déclarés recevables par les commissions de surendettement cette année-là. «Il n'existe pas de profil type» du surendetté, souligne Jean-Baptiste Delaforge. «À Paris, la moitié de nos bénéficiaires travaille, l'autre est en retraite, au chômage ou en situation d'invalidité. L'âge moyen est de 53 ans et il s'agit à 60% de femmes, seules ou bien avec un ou plusieurs enfants à charge.» Par ailleurs, ces personnes habitent plutôt dans le nord-est parisien et l'encours moyen de leurs dettes s'élève à 35.000 euros.

40% de rechutes

«Avec la crise, de plus en plus de personnes ont des difficultés à rembourser leurs crédits ou à payer leurs charges courantes. Les accidents de la vie, comme le chômage, la maladie ou une séparation, aggravent aussi les situations de personnes déjà fragilisées», explique le chef de projet. De plus, 40% des personnes qui ont été en surendettement ont des risques de se retrouver à nouveau dans cette situation un jour. «Nous avons décidé de nous positionner plus en amont, en nous rapprochant des principaux organismes de crédit afin qu'ils nous envoient leurs clients fragiles. Nous parvenons à leur obtenir des remises de dettes, des réductions d'intérêts ou des reports d'échéances.» Aujourd'hui, 35% des dossiers suivis par le P2S viennent des créanciers en amont. Les 65% restants ont atterri entre les mains des bénévoles à l'issue d'une procédure auprès de la commission de surendettement.

«J'ai aussi besoin qu'on m'écoute parce que j'ai du mal à parler de mes problèmes d'argent à mon entourage», confie la quadragénaire, qui vient à son premier rendez-vous. Les bénévoles suivent une formation initiale de deux mois, qui insiste justement sur la «capacité d'écoute». «Nous vivons beaucoup de moments d'émotions. Des personnes pleurent dans notre bureau, surtout lorsqu'elles sont harcelées par les créanciers», raconte Nadine, une retraitée bénévole au P2S depuis plus de deux ans. «L'accompagnement moral fait partie de notre mission.» Un suivi long-courrier (les bénéficiaires passent en moyenne quatre entretiens sur une période d'au moins un an) durant lequel les bénévoles sont également amenés à donner des conseils plus personnels aux débiteurs, notamment sur la gestion de leur budget mensuel.

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