A Paris, la vie tente de reprendre son cours

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LA VIE TENTE DE REPRENDRE SON COURS À PARIS
LA VIE TENTE DE REPRENDRE SON COURS À PARIS

par Myriam Rivet

PARIS (Reuters) - "La vie doit continuer". Un leitmotiv dans la bouche des passants dans les rues de Paris, qui tentent de surmonter le choc des attentats meurtriers de vendredi.

"La vida normal, c'est la meilleure réponse", assure Fernando Gonsales, un Espagnol de 61 ans arrivé le matin même de Barcelone avec sa compagne, Ruth Embon.

Pour eux, il n'a jamais été question d'annuler leur voyage après les attaques qui ont fait au moins 129 morts à Paris et à Saint-Denis. "On est amoureux de votre ville, de vos valeurs et de la France", explique le couple.

Les initiatives destinées à rendre hommage aux victimes, tout en soutenant les professionnels de la restauration et du spectacle directement ciblés par les attaques de vendredi, se multiplient sur les réseaux sociaux.

Le groupe Facebook "Paris est toujours une fête", en référence à Ernest Hemingway, se propose de "faire passer un message de liberté et d'union" par la musique, en proposant chaque jour une série de morceaux à écouter entre 19h et 20h, en montant le volume.

"CHANTONS SOUS LES LARMES"

Reprenant les codes visuels du logo "Je suis Charlie", texte blanc et gris sur fond noir, l'expression "Je suis en terrasse" fleurit également en ligne, tandis que le mouvement français Fooding avait lancé l'opération "Tous au bistrot".

"Pour que ce qui fait Paris, la France, ne soit pas à son tour trahi par nos peurs, chantons sous les larmes", peut-on lire sur le site du mouvement.

Cette opération, qui devait être marquée mardi soir par une minute de silence dans les établissements participants, a été relayée par les organisations représentatives de la profession.

"Aller au restaurant ou au café ce soir (mardi), c’est une forme de résistance. C’est non seulement défendre le savoir-vivre à la française mais également les valeurs de notre profession", souligne Roland Héguy, président de l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih).

Cette fédération anticipe un recul de 50% de la fréquentation dans l'hôtellerie de luxe dans la région parisienne pour l'ensemble du mois de novembre et évoque déjà un recul de plus de 20% des taux d'occupation dans l'hôtellerie de moyenne gamme dès le week-end prochain.

"On se remettait à peine de Charlie, c'est à nouveau un gros coup sur la tête à l'approche de la période des fêtes", souligne-t-on au Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs.

Dans le quartier de l'Opéra, le magasin Paris Look, dans lequel font étape des bus de touristes en voyage organisé, subit déjà de plein fouet la baisse du nombre de visiteurs.

Sur la seule journée de jeudi, trois bus affrétés par des tours opérateurs ont annulé leur visite, sur les dix autocars qui se succèdent habituellement chaque jour dans la boutique.

LES CONCERTS REPRENNENT

Dans les cinémas, la fréquentation reste en deçà de la normale, même pour un jour de semaine.

"C'est sans aucune commune mesure avec ce qu'on voit d'habitude", souligne un caissier d'un cinéma du quartier de l'Opéra. "On a deux ou trois fois moins de monde."

Mais les cinémas ne sont "pas complètement vides, il n'y a pas de psychose", indique Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la fédération nationale des cinémas français (FNCF).

Quatre jours après ces attaques, les grandes salles de spectacles parisiennes devaient rouvrir leurs portes mardi.

Le groupe Simply Red devait se produire au Zénith et à Bercy, l’AccorHotels Arena accueille Shy’M avec son Paradoxale Tour. "Il est hors de question de se terrer et de se taire", a écrit la chanteuse sur sa page Facebook.

A l'exception du salon des maires de France, du salon européen de l'éducation et du salon Educatec, qui ont été reportés, l'ensemble des salons et congrès prévus cette semaine sur les sites de l'opérateur Viparis ont été maintenus. Cet organisme exploite notamment le Palais des congrès de Paris, le Carrousel du Louvre et le site de la Porte de Versailles.

Mais il n'est pas dit que les appels à la reprise de l'activité et à sortir soient suivis d'effet.

Dans l'après-midi, seules une demi-douzaine de personnes étaient assises sur les marches de l'Opéra Garnier, inhabituellement abandonnées aux pigeons.

Une centaine de mètres plus loin, devant les vitrines des grands magasins, où les animations de Noël ont déjà été installées, Marc Giroux, régisseur canadien de 53 ans partageant sa vie entre Paris et le Québec, avoue s'être "très légèrement posé la question de la sécurité" avant de venir avec sa fille âgée de trois ans.

Mais "il faut continuer à vivre".

(avec Gérard Bon, édité par Yves Clarisse)

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