A Mossoul, les vagues djihadistes épuisent l'armée irakienne

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    par Dominic Evans, Ahmed Rasheed et John Davison 
    BAGDAD/SUD DE MOSSOUL, Irak, 10 novembre (Reuters) - Une 
semaine après avoir percé les lignes de défense du groupe Etat 
islamique (EI) à la périphérie sud-est de Mossoul, un colonel de 
l'armée irakienne estime que l'opération visant à chasser les 
djihadistes de leur dernier grand bastion urbain en Irak tourne 
au cauchemar. 
    Face à un ennemi bien préparé, mobile et d'une efficacité 
redoutable, exploitant à merveille le couvert des constructions 
et la présence des habitants, les blindés sont inutiles et ses 
hommes ne sont pas formés pour la guérilla urbaine, explique 
l'officier. 
    La Neuvième division blindée et le service de 
contre-terrorisme (CTS), l'unité d'élite de l'armée irakienne, 
ont repris la semaine dernière six des soixante districts de 
Mossoul, pénétrant pour la première fois dans la ville depuis le 
début de l'offensive le 17 octobre. 
    Mais même ces positions sont difficiles à tenir, dit 
l'officier, dont les soldats sont harcelés par des vagues de 
combattants, de kamikazes et de tireurs d'élite de l'EI qui se 
déplacent à l'abri d'un réseau de tunnels percés sous la ville 
et peuvent surgir à tout endroit, à tout moment.  
    En particulier la nuit, privant les militaires de repos. 
    "Nous sommes une division blindée et combattre sans pouvoir 
utiliser nos chars et avec des soldats qui ne connaissent pas la 
guérilla urbaine met les troupes dans une situation difficile", 
explique le colonel, qui a tenu à rester anonyme car il n'est 
pas autorisé à parler à la presse. 
             
    IMPOSSIBLE DE DISTINGUER CIVILS ET DJIHADISTES 
    Il y a un an, la Neuvième division blindée a participé à la 
reconquête de Ramadi, dans la province d'Anbar, une ville bien 
moins grande que Mossoul. A l'époque, elle avait seulement eu 
pour mission de contrôler les territoires autour de la ville 
pendant que les unités antiterroristes y pénétraient. 
    "A Mossoul, il faut progresser dans des secteurs 
résidentiels, déblayer les rues, sécuriser les bâtiments où se 
cachent les terroristes et prendre soin des habitants. J'ai peur 
que ça ne fasse trop pour nous", dit-il. 
    L'officier souligne qu'il est impossible au premier coup 
d'oeil de distinguer les civils des djihadistes qui se cachent 
parmi eux. 
    Depuis qu'il s'est emparé de Mossoul il y a plus de deux 
ans, l'EI a imposé son code vestimentaire à tous les habitants 
et continue de traquer tous ceux qui ne portent pas la barbe 
longue. 
    "Nos soldats ne peuvent pas les reconnaître avant qu'il ne 
soit trop tard, quand les assaillants actionnent leur veste 
explosive ou lancent une grenade", raconte le colonel, qui 
ajoute avoir perdu deux chars T-72 et un autre véhicule blindé 
pendant une seule journée de combats mardi. 
    "Cela tourne au cauchemar et c'est éprouvant pour les nerfs 
des soldats." 
    Spécialement formés aux combats urbains, les soldats d'élite 
du CTS disent eux aussi mener la bataille la plus difficile 
qu'ils ont eu à livrer jusqu'à présent. 
    "On ne sait jamais quand un sniper va frapper. Si on ajoute 
à cela les milliers d'habitants qui tentent de fuir les combats, 
on vit dans un stress permanent", témoigne un officier revenu à 
Bagdad pour prendre quelques jours de repos. 
     
    LE DANGER DES TUNNELS 
    Le chef de l'EI, Abou Bakr al Baghdadi, a appelé la semaine 
dernière ses combattants à se battre jusqu'au dernier pour 
défendre Mossoul, la ville où il a proclamé le "califat" il y a 
deux ans. 
    Tout indique que des ordres sont suivis à la lettre et que 
les djihadistes n'ont aucune intention d'abandonner le terrain, 
comme ils l'ont fait dans d'autres villes quand la pression des 
forces assaillantes devenait trop forte. 
    "Cette fois, Daech se bat vraiment", souligne Hicham al 
Hachemi, un conseiller du gouvernement irakien. Selon lui, le 
réseau de tunnels de l'EI s'étend sur 70 km sur la seule rive 
est du Tigre, qui traverse la ville. 
    Les djihadistes utilisent ces tunnels pour se glisser 
derrière les lignes de l'armée et frapper en pleine nuit, 
généralement entre 02h00 et l'aube. "Les troupes ne sont pas 
prêtes à ça. Ce sont les tunnels qui nous ont fait subir les 
pertes les plus lourdes", précise Hicham al Hachemi. 
    Selon lui, l'armée ne contrôle complètement que deux des six 
districts dans lesquels elle a pris pied. Dans les quatre 
autres, elle a plusieurs fois dû se replier pendant la nuit 
avant de regagner le terrain perdu le lendemain. 
    Faute de pouvoir faire manoeuvrer ses chars dans les rues 
étroites, l'armée irakienne a appelé les hélicoptères Apache 
américains à la rescousse pour détruire les véhicules piégés, 
une des armes favorites de l'EI. 
     
    L'ARMÉE VA OUVRIR DE NOUVEAUX FRONTS 
    Les djihadistes utilisent une tactique de harcèlement qu'ils 
ont surnommé "les vagues déferlantes" : de petites unités, d'une 
cinquantaine d'hommes, se succèdent sans relâche pour mener 
l'assaut et empêcher l'armée de baisser la garde. 
    Chaque unité comprend des kamikazes, des tireurs d'élite et 
des combattants et est appuyée par des tirs de mortier et des 
"infiltrés". 
    "Une unité ne combat que pendant une courte période avant de 
laisser la place à la suivante. Cela épuise l'armée", dit Hicham 
al Hachemi. 
    D'après le conseiller du gouvernement irakien, un noyau dur 
de djihadistes majoritairement francophones, qui se font appeler 
Al Mourabitoune (Les gardiens), a fait le serment de se battre 
jusqu'à la mort pour défendre les positions stratégiques au 
centre de la ville. 
    "La seule façon dont ils en partiront, c'est quand ils 
seront morts", résume Hicham al Hachemi. 
    Pour le moment, les troupes sont encore loin du 
centre-ville. Pour alléger la pression sur les forces du front 
Est, l'armée s'apprête à lancer deux nouvelles offensives dans 
le nord et le sud de Mossoul, ont dit jeudi des officiers des 
unités concernées. 
    Au Sud, l'assaut visera notamment l'aéroport, que l'EI a 
transformé en camp retranché. L'offensive pourrait débuter  
vendredi. 
    "Il faut accroître la pression sur l'ennemi sur plusieurs 
fronts", explique le général Thamer al Husseïni, commandant 
d'une unité d'élite de la police. 
 
 (Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles 
Trequesser) 
 
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