A Marseille, les dernières traces du passage de Zidane disparaissent

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EN IMAGES - Dans quelques semaines, l’immeuble où Zidane a passé son enfance ne sera plus que poussière. Après la disparition des portraits qui ornait la Corniche, ce sera le tour du quartier de la Castellane de prendre un nouveau visage.

Dans quelques semaines le quartier de Marseille où Zinedine Zidane a passé son enfance adoptera un nouveau visage. La démolition du bâtiment G, cité de la Castellane, marque en effet le coup d’envoi de la réhabilitation du plus emblématique des quartiers sensibles marseillais, synonyme pour beaucoup de trafic et de misère. Après la disparition des célèbres effigies du footballeur devenu entraîneur ayant orné la Corniche pendant plusieurs années, ce sont donc ses souvenirs d’enfance qui partiront en poussière.

Au-delà du symbole footballistique, la Castellane, 7.000 habitants répartis dans 1.250 logements qui se dressent sur les hauteurs de Marseille, est un piège pour les familles: les services publics sont loin, les emplois manquent cruellement. C’est aussi un labyrinthe difficilement pénétrable pour les policiers qui tentent d’y enrayer le trafic de drogue.

Avec plusieurs années de retard, la cité va profiter des millions d’euros du programme national de rénovation urbaine (ANRU). Premier acte: la démolition, prévue mi-avril, du bâtiment G, celui où le futur champion du monde de football a grandi. Un ensemble de 12 logements, prélude à la démolition programmée en 2017 de la tour K, 97 logements, longtemps gangrénée par le trafic de drogue.

Désenclaver la cité

Des travaux plutôt modestes par rapport à d’autres opérations de rénovation urbaine, marquées par le dynamitage d’immenses barres HLM. Ils permettront cependant de «faire deux (voies) pénétrantes et connecter la départementale» avec la cité, et la désenclaver, souligne le préfet délégué à l’égalité des chances Yves Rousset. L’un des objectifs principaux des pouvoirs publics est en effet de lutter contre le trafic de drogue, dont la Castellane est considérée par les policiers comme une place forte à Marseille. S’y recrutent grands et petits dealers, guetteurs et nourrices.

Des tirs de kalachnikov sur des policiers le jour même d’une visite de Manuel Valls, en février 2015, ont encore renforcé l’image de violence associée à la cité, dont la rénovation est à ce titre scrutée bien au-delà de la cité phocéenne, souligne M. Rousset. «Ce qui est inacceptable c’est de vivre sous le contrôle» des dealers, observe le préfet. Au-delà des démolitions d’immeubles, fermetures de halls, rénovation d’espaces publics et renforcement de certains services sont à l’étude: «tout reste à discuter, et il va falloir associer la population», souligne-t-il.

La tâche pourrait s’avérer ardue, tant les attentes, et les désillusions, sont fortes. Les retards se sont accumulés comme ailleurs à Marseille, où il a fallu l’an dernier mettre les bouchées doubles pour faire avancer suffisamment les dossiers de réhabilitation des quartiers, faute de quoi 40% des crédits alloués par l’État depuis 2008 menaçaient d’être perdus.

Le projet de la Castellane, «ça fait maintenant trois ans qu’il aurait dû démarrer», a regretté la sénatrice-maire PS des quartiers Nord, Samia Ghali, lors d’un conseil d’arrondissement extraordinaire, tenu dans la cité début mars. Selon elle, «les habitants sont oubliés, ignorés» et pas écoutés par les porteurs du projet.

Plusieurs réunions de consultation ont pourtant été organisées, sans convaincre tout le monde. «Tout ce blabla, ça ne sert à rien», se désole Chafia, qui élève seule ses quatre enfants dans un appartement de la cité. «Ce projet, ça fait tellement d’années qu’on l’attend... J’aimerais bien qu’ils améliorent tout le quartier, et pas juste par petites touches», ajoute cette femme de ménage, qui embauche à 5H00 du matin pour payer ses 600 euros de loyer. Comme elle, certains se disent bien plus préoccupés par la misère que par les trafics, qui s’en nourrissent.

Des nouveaux arrivants toujours plus pauvres

A la Castellane, la PMI (Protection maternelle et infantile) est fermée depuis plusieurs mois, un habitant sur deux a moins de 25 ans, la même proportion est sans diplôme, et «le taux d’emploi chez les jeunes et les femmes atteint péniblement 21%», rappelle la mairie d’arrondissement.

«Il n’y a pas de boulot, c’est très très dur d’en trouver», se désespère Lyes Choulak, responsable de l’association Second souffle, qui dit de ne plus avoir les moyens pour «récupérer les jeunes et les aider à s’intégrer». Ils n’ont «pas accès à la culture, pas de médiathèque, pas de bibliothèque... Les enfants sont livrés à eux-même à partir de 16H30», complète Chadly Karamane, qui donne des cours d’arts martiaux dans la cité.

Le Dr Amina Zemerli-Touati, l’une des trois derniers généralistes de la Castellane, voit «les problèmes sociaux exploser» et se désespère de voir les habitants échouer avec leurs questions dans son cabinet, «faute de permanence d’assistante sociale». Elle ne compte plus les cas d’asthme à cause, rapporte-t-elle, des moisissures dans les logements, les enfants qui se blessent en jouant avec des pierres faute d’aire de jeu digne de ce nom...

«Le premier problème de la Castellane, c’est la pauvreté», confirme Fathi Bouaroua, qui dirige la Fondation Abbé Pierre dans la région Paca. La réputation de la cité fait fuir ceux qui pourraient y être logés, et malgré un taux de vacance des appartements relativement bas, les nouveaux arrivants sont toujours plus pauvres.

Mourad, agent de sécurité, qui habite la Castellane depuis 1971, a constaté cette dégradation des conditions de vie à mesure que des populations de plus en plus pauvres ont succédé aux premiers habitants, dockers et rapatriés d’Algérie arrivés dans les années 1960.

La rénovation urbaine pourra-t-elle y changer quelque chose? Peut-être, «mais j’ai 55 ans, et je ne crois plus au Père Noël».

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