A Marseille, l'ancienne station sanitaire réincarnée en musée

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L'exposition inaugurale montre plus de 200 toiles de dizaines d'artistes de toutes époques (Chabaud, Ambrogiani, Picabia...), évoquant le sud AFP PHOTO / BORIS HORVAT
L'exposition inaugurale montre plus de 200 toiles de dizaines d'artistes de toutes époques (Chabaud, Ambrogiani, Picabia...), évoquant le sud AFP PHOTO / BORIS HORVAT

(AFP) - Ouverte en 1948, la station sanitaire maritime devait accueillir les migrants foulant le sol de Marseille. Très vite abandonné, le bâtiment de Fernand Pouillon revit, 65 ans plus tard, sous la forme d'un musée consacré à l'art plastique en Provence.

Face au port, près de la cathédrale de la Major, l'endroit a ouvert au public vendredi, lieu d'exposition mais aussi fenêtre sur la ville, témoin de l'histoire fascinante de la grande métropole portuaire.

A l'origine de cette renaissance, un collectionneur d'art marseillais, Pierre Dumon, qui en 2010 racheta le site, longtemps squatté, puis muré et promis à la destruction avant d'être sauvé de justesse par une mobilisation d'architectes.

"Ce bâtiment appartenait aux Domaines, il était fermé depuis 45 ans, personne n'en voulait", raconte M. Dumon. "Quand on l'a visité, tout était fermé. Avec des lampes-torches on s'est baladé. J'ai tout de suite vu les possibilités".

Conçu en vue de cette année 2013 qui consacre Marseille "capitale européenne de la culture", le Musée Regards de Provence - le nom de la fondation de M. Dumon - est ainsi né, après 18 mois de travaux.
Il est le premier à ouvrir sur ce désormais très muséal bout du port, avant la Villa Méditerranée et le Musée des civilisations euroméditerranéennes (Mucem). C'est aussi l'investissement privé le plus important de cette année culturelle (6,2 M d'euros, l'essentiel assumé par la famille et les mécènes - dont Christie's - et 1 M par les collectivités).

Le longiligne bâtiment accueillera derrière ses murs de pierre claire la collection de M. Dumon (900 pièces), présentée, sur 1.100 m2, à travers des expositions temporaires.

"Toutes les ?uvres sont un choix personnel. Je consulte ma femme, mais pas toujours!", dit-il. "On essaie de diversifier pour avoir un panel large, du 18e siècle à aujourd'hui". Pourquoi la Provence? "Car nous adorons notre région", ajoute ce passionné, qui veut aussi soutenir les artistes contemporains.

Marbrier de métier, issu d'une famille italienne qui la première planta des vignes à Cassis, Pierre Dumon crée sa fondation en 1997, donnant sens à une fortune permise par un actionnariat familial dans Sodexo, explique sa fille et directrice adjointe du musée, Adeline Granereau. Il a toujours nourri "une sensibilité artistique", note-t-elle.

L'exposition inaugurale montre plus de 200 toiles de dizaines d'artistes de toutes époques (Chabaud, Ambrogiani, Picabia...), évoquant le sud: marines, orientalistes, fresques, pièces intimistes... Cet été, le musée proposera une rétrospective sur Cassis, qui accueillit des peintres du monde entier, ainsi qu'une sélection du plasticien Bernar Venet en parallèle à la Biennale de Venise.

Mais le musée veut aussi valoriser la mémoire des lieux, avec un spectacle multimédia de 45 minutes installé dans l'impressionnante - et intacte - salle des étuves destinée à désinfecter le linge.
En 1948, la station se préparait à accueillir 3.000 arrivants chaque jour, dont il fallait repérer les éventuels problèmes de santé. Déshabillage, consigne, douches, étuvage... le parcours était quasi industriel, mais adouci par le soin que Pouillon apporta à la lumière et aux matériaux (bois, céramiques colorées), autant d'éléments conservés à ce jour.

La station n'eut guère le temps de fonctionner: l'Organisation mondiale de la santé, juste créée, imposa de nouvelles règles, notamment des contrôles sanitaires au départ et non à l'arrivée.
"Et puis l'idée de traiter ainsi des masses de gens ne passait plus", ajoute Dominik Barbier, le scénographe du spectacle, qui raconte l'histoire de la lutte contre les épidémies à Marseille, longtemps seul port de France autorisé à commercer avec l'Afrique et l'Orient.
"C'est un peu la mémoire de Marseille qu'on expose", résume Pierre Dumon, qui espère 80.000 visiteurs annuels, et compte poursuivre ses expositions hors les murs voire hors frontières.

Musée ouvert tous les jours, www.museeregardsdeprovence.com

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