A Lyon, des machines à laver aux nouvelles technologies

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par Catherine Lagrange

LYON (Reuters) - Promis à la fermeture faute de rentabilité, le site Fagor-Brandt de Lyon, naguère spécialisé dans la production de machines à laver, fait l'objet d'une reconversion dans les technologies innovantes, un modèle à suivre par la France pour son repreneur.

Cet industriel isérois de 46 ans, Pierre Millet, vient de reprendre le site industriel d'électroménager rebaptisé SITL pour le repositionner sur deux marchés en forte croissante, les transports et les technologies propres.

Les 450 salariés du site lyonnais de Fagor-Brandt, menacés de licenciement, sont repris en totalité dans la nouvelle entreprise qui se lance dans la fabrication de systèmes de filtration des eaux d'une part et de véhicules utilitaires électriques et hybrides de l'autre. La direction a même procédé à une quinzaine d'embauches supplémentaires à destination des services commerciaux et administratifs.

"Neuf millions d'euros sont investis dans la formation, c'est très important", explique le repreneur, qui tient néanmoins à s'appuyer sur le savoir-faire d'origine de ces salariés. "On détourne en quelque sorte les métiers."

Arnaud Ranc, 34 ans, affecté précédemment au service logistique, dirige depuis peu la chaîne de montage des voitures électriques.

"Ça demande plus de compétences, mais j'ai aussi plus de responsabilités", se réjouit le salarié. "Pour moi, ça tombe à pic, car j'avais envie de changer de métier."

"Toute l'équipe est impliquée et engagée à fond derrière ce projet", ajoute-t-il. Quatre des cinq représentations syndicales de l'entreprise ont d'ailleurs soutenu ce projet de reprise.

COMME EN ALLEMAGNE

Grâce à un investissement total de 24 millions d'euros apportés en fonds propres, emprunts, par des investisseurs et par Fagor lui-même, le repreneur a pu investir en machines mais aussi en recherche et développement pour se lancer progressivement sur le marché des produits innovants.

"Pendant la première année, on a négocié avec Fagor de poursuivre la production de machines à laver puis de l'arrêter progressivement d'ici 2015 pour laisser place uniquement à la fabrication de véhicules propres et de filtres à eau", dit Pierre Millet. "Ce sont des marchés très techniques qui demandent beaucoup d'innovation et de performance, mais c'est un marché d'avenir."

Le chef d'entreprise estime que "l'industrie française est tout à fait viable".

"Mais attention, pas n'importe laquelle, sur des produits innovants et de qualité", précise-t-il. "Il y a de la place en France pour la fabrication de produits à forte valeur ajoutée. L'Allemagne l'a bien compris, la France pas encore complètement."

Confiant en ce marché du haut de gamme, il met actuellement au point un modèle de petite citadine électrique qu'il espère présenter au marché d'ici la fin 2013.

Soutenu "moralement" par les pouvoirs publics, Pierre Millet a reçu mercredi soir, pour l'inauguration de sa nouvelle chaîne de montage la visite du maire de Lyon, Gérard Collomb, ainsi que du préfet de région, mais regrette l'absence du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg.

"On correspond pourtant tout à fait à ce que prône Arnaud Montebourg et le gouvernement", note-il.

Le groupe Fagor s'est implantée en France en 2005 après une reprise par la société Elco-Brandt et est ainsi devenu le leader français de l'électroménager. Depuis 2008, la crise économique ainsi que des baisses de rentabilité ont amené le groupe à délocaliser une partie de sa production en Pologne et à se désengager progressivement du site lyonnais en cherchant un repreneur capable d'envisager une réindustrialisation.

Edité par Yves Clarisse

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