À Londres, la tour des milliardaires concentre les critiques

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Dans les 50 étages de The Tower, au bord de la Tamise, 62% des appartements appartiennent à des étrangers et restent vides la majeure partie de l’année. Un penthouse de 5 étages, avec sa chapelle orthodoxe, a été acquis 66 millions d’euros par un oligarque russe.

Correspondant à Londres

C’est la tour qui symbolise la crise du logement à Londres. Banale dans son architecture, 50 étages, 214 appartements, dont 62% sont détenus par des investisseurs étrangers, souvent via des sociétés offshore. Oligarques russes, hommes d’affaires singapouriens, petit roi nigérian, la plupart de ces propriétaires y passent à peine quelques nuits par an. Seuls 60 résidents sont inscrits sur les listes électorales. «The Tower», achevée en 2013 sur la rive sud de la Tamise près du siège du MI6 rendu célèbre par les James Bond, est un concentré de la dérive du marché immobilier londonien.

Au sommet, le penthouse de plus de 2000 mètres carrés sur 5 étages aurait été acquis par un proche de Vladimir Poutine, Andrei Guriev, qui possède déjà le château de Witanhurst, plus grande résidence privée de Londres après Buckingham Palace. Il aurait déboursé pour ce sympathique pied à terre 51 millions de livres (66 millions d’euros) via une société écran basée aux îles vierges britanniques, Arabella Properties, révèle le Guardian qui consacre sa Une à cette passionnante enquête. Propriétaire des lieux depuis 2014, l’homme d’affaires russe n’en aurait pas encore profité. Le temps sans doute de mettre la dernière main à l’édification de sa chapelle orthodoxe privée.

Magnat du pétrole kurde et empereur de la vodka kirghize

Un peu plus bas, l’ancien ministre nigérian et couronné roi d’Okpoama, Ebitimi Banigo, fait l’objet d’une enquête de son gouvernement sur la faillite d’une banque qu’il avait dirigée. Il s’est offert un appartement plus modeste: 2,7 millions de livres (3,5 millions d’euros) seulement. On trouve aussi parmi les propriétaires un magnat du pétrole kurde, un empereur de la vodka kirghize, un banquier indonésien, un manager d’équipe de foot uruguayen et un ancien pilote de Formule 1.

Portiers coiffés de chapeaux melon, concierges, chandeliers de cristal dans le hall, spa avec massages, piscine et salle de gym donnent à ces occupants privilégiés de la tour une atmosphère d’hôtel cinq-étoiles.

Cette concentration de richesse dans le plus haut immeuble résidentiel du Royaume-Uni, au cœur du quartier en plein développement de Nine Elms où 20.000 logements sortent de terre, illustre comment la promotion immobilière axée sur la spéculation échoue à répondre aux problèmes des Londoniens. À l’échelle de la capitale, 7% des nouveaux biens sont vendus à des étrangers, selon l’agence Savills. Cela entretient la flambée des prix à l’achat et des loyers, au détriment des résidents locaux. Après en avoir fait le principal sujet de sa campagne électoral, le nouveau maire travailliste Sadiq Khan veut imposer que les biens mis sur le marché ne puissent être vendus à des investisseurs internationaux durant les six premiers mois de leur commercialisation. Il entend aussi forcer les promoteurs à proposer 50% de logements «abordables».

Lors du dépôt de permis de construire en 2005, l’ancien ministre conservateur Kenneth Baker avait comparé le projet au Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley. «Les riches et les élites, nommés alphas, étaient au sommet. Les gammas, deltas et epsilons - les prolos - étaient tout en bas. Dans cette grande tour, il n’y aura pas de logement abordable. Tout sera pour les alphas.»

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  • heimdal il y a 11 mois

    Des alphas de la truande et de la planque en paradis fiscaux :facile de s'enrichir de la sorte ..