A Londres, la péniche comme solution pour maintenir à flot son budget

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Les péniches se multiplient sur Regent's Canal à Londres. (Paul R Seftel/Shutterstock.com)
Les péniches se multiplient sur Regent's Canal à Londres. (Paul R Seftel/Shutterstock.com)

(AFP) - Face à la hausse des prix du logement dans la capitale britannique, de plus en plus de Londoniens choisissent de vivre sur des péniches, un engouement qui inquiète les riverains et provoque la congestion du réseau fluvial.

Entre 2007 et 2014, le nombre de ces maisons flottantes a bondi de 36%, pour atteindre 2.964 en mars 2014, selon le dernier chiffre fourni par le Canal and River Trust (CRT), l'organisme qui gère les 3.200 km de réseau fluvial du pays, construit en grande partie pendant la révolution industrielle. Ce qui représente un millier de péniches en plus en sept ans seulement.

Se réveiller au milieu des canards, dans un canal bordé de grands arbres... le mode de vie pittoresque qu'offrent ces longues embarcations souvent peintes de couleurs vives a de quoi en faire rêver certains.

Et surtout: le prix de ces bateaux ne représente qu'une fraction des sommes à débourser pour un appartement londonien, même si les coûts d'entretien peuvent se révéler conséquents. A Londres en effet, le prix moyen d'un logement tourne autour de 500.000 livres (environ 700.000 euros), cinq fois plus que la plus coûteuse des péniches.

"De plus en plus de gens viennent aux péniches sans même savoir où ils mettent les pieds ou parce qu'ils n'ont pas le choix", explique Jim Bryden, un éducateur de 39 ans qui a vécu pendant deux ans à bord de "Violet Mae", avec sa petite amie, un chien et un chat.

"J'en ai rencontré certains qui ont fini sur un bateau parce qu'ils devaient quitter leur appartement dans les deux semaines et qu'ils pouvaient acheter une péniche pour 10.000 livres" (14.000 euros), raconte-t-il.

En 2014, la fréquentation des zones les plus populaires des voies navigables de Londres a ainsi explosé, en hausse de 85%, selon le CRT.

Et dans le milieu, chacun a une petite histoire à raconter sur les nouveaux "pénichards": leur difficile apprentissage des nœuds marins, des pannes de moteur, leur découverte des hivers rigoureux sur des embarcations souvent chauffées au poêle.

Les débutants ont tôt fait de comprendre pourquoi ces péniches, dont la largeur ne dépasse parfois guère les 2 mètres, sont surnommées "paniers percés" par leurs propriétaires, ou de réaliser que les cambriolages sont monnaie courante à certains endroits.

"Quand vous ne connaissez rien aux bateaux, en acheter un peut facilement virer au cauchemar", souligne Mikaela Khan-Parrack, 26 ans, une employée du CRT.

 

- Pénichards contre riverains - 

Si la multiplication des péniches s'est traduite par une congestion des voies fluviales, elle est aussi à l'origine de frictions avec les riverains soudainement encerclés par ces nouveaux voisins.

Jim Bryden fait partie d'une équipe de bénévoles qui tâchent de limiter les nuisances (bruit, fumée...) provoquées par ces embarcations sur un tronçon du Regent's Canal.

"Nous gardons un œil sur ce qui se passe ici pour faire en sorte que les plaisanciers connaissent les règles de cette partie du canal", comme l'heure limite au-delà de laquelle on ne peut faire fonctionner un générateur, explique-t-il.

Autre problème: les difficultés rencontrées par le CRT pour faire respecter la réglementation régissant la circulation des bateaux, la plupart des péniches ne disposant pas de mouillages permanents - très demandés et dont le prix équivaut au loyer d'un appartement.

En lieu et place, de nombreux propriétaires utilisent des permis dits de "croisière continue", qui obligent à déplacer les péniches tous les 14 jours. Ce qui n'est pas toujours évident pour les personnes ayant des enfants scolarisés ou des besoins médicaux particuliers. Difficile également de renoncer à des installations comme les toilettes, l'eau potable et l'électricité...

En mars, le CRT est passé à la vitesse supérieure, menaçant de refuser de délivrer ces permis, voire de demander l'enlèvement des bateaux dont les propriétaires ne respectent pas les règles. Ce qui a provoqué un tollé chez certains plaisanciers.

Plus de 19.000 personnes ont signé une pétition pour empêcher les expulsions, accusant le CRT de pousser les familles à la rue, sur la terre ferme. "Qu'on le veuille ou non, les réalités socio-politiques ont fait des voies d'eau une source de logements abordables", souligne le manifeste.

Un porte-parole du CRT, Joe Coggins, fait valoir de son côté que les usagers doivent respecter les règles, obtenir un mouillage permanent ou tout simplement accepter l'idée que cette vie n'est pas faite pour eux.

"Les péniches sont un endroit fantastique pour vivre, mais plutôt que d'y voir uniquement une option de logement bon marché, nous voulons que les gens les considèrent comme un véritable mode de vie", dit-il.

 

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