À la recherche des prochaines cibles d'OPA

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KBL Richelieu.
KBL Richelieu.

(lerevenu.com) - Quelques hirondelles américaines, le rachat de Dell par son fondateur associé à Microsoft et au fonds de capital-investissement SilverLake et celui de Heinz par Warren Buffet et 3G capital déclencheront-elles le printemps des OPA en Europe ? Toutes les conditions sont réunies pour qu'il en soit ainsi, selon Jérémy Gaudichon, gérant du fonds KBL Richelieu Special : «Les bilans des entreprises cotées se sont considérablement renforcés depuis la crise. Les endettements se sont réduits et la trésorerie disponible a progressé.» Le niveau particulièrement bas des taux d'intérêt rend, par ailleurs, les financements de marchés peu coûteux, donc très attrayants, notamment les emprunts obligataires auxquels les groupes européens ont eu assez souvent recours, ces derniers mois.

Tous les ingrédients sont réunis pour monter «des projets de croissance externe qui soient créateurs de valeur», résume le gérant. Cependant, le lancement d'une nouvelle vague de fusions et acquisitions n'aurait pu se concevoir sans le retour de la confiance sur les marchés financiers : «Grâce aux garanties apportées par la Banque centrale européenne l'été dernier, le risque systémique a reculé en Europe ; en outre, fin 2012, les tensions liées à la gestion du fiscal cliff [déficit public] américain se sont, en partie, atténuées», fait valoir Jérémy Gaudichon. Et même avec le contexte politique plus incertain en Italie, la visibilité sur les marchés européens d'actions «est redevenue bien meilleure».

L'année commence en tout cas très bien pour les deux fonds spécialisés de la société de gestion d'actifs. KBL Richelieu Spécial Monde avait une ligne du groupe informatique américin Dell. De son côté, KBL Richelieu Spécial détenait des actions de Virgin Media, objet d'une OPA de l'américain Liberty Media : «Nous avions identifié ce câblo-opérateur britannique comme une cible potentielle, même si nous pensions qu'il aurait pu être plutôt racheté par Vodafone.» L'offre proposée aux actionnaires de Virgin Media a fait ressortir une prime de 20% par rapport au dernier cours coté, sachant que le titre avait progressé de 80% depuis l'été dernier.

Quelles sont les cibles auxquelles les gérants des deux fonds spécialisés de KBL Richelieu croient le plus ? Julien Quistrebert a choisi le groupe américain Tyco dont plusieurs actionnaires avaient demandé le démantèlement : «Certaines des activités sont aujourd'hui cotées, comme ADT, un spécialiste de la télésurveillance ; Schneider a, semble-t-il, regardé le dossier de la branche sécurité et alarme incendie de Tyco par le passé.» Ce groupe d'une capitalisation boursière respectable (14,6 milliards de dollars) pourrait intéresser Siemens ou General Electric, ou pourquoi pas un fonds de capital-investissement.

Dans la cote américaine, Julien Quistrebert a aussi sélectionné Axiall Corp. (ex-Georgia Gulf), un groupe de chimie : «Les États-Unis sont exportateurs de PVC, ils bénéficient d'une base de coût optimale depuis l'effondrement des prix du gaz et bénéficient de la reprise du marché de la construction aux États-Unis.» Axiall, qui a fusionné avec la division chimie de l'américain PPG, premier producteur mondial de peinture, pourrait de nouveau attiser la convoitise de West Lake qui avait tenté, sans succès en 2012, de racheter la compagnie.

En Europe, le fonds KBL Richelieu Spécial a retenu des valeurs pharmaceutiques, un secteur où les offres pourraient se multiplier, dans la logique du rachat de Genzyme par Sanofi, explique Jeremy Gaudichon : «Les grands groupes dégagent des cash-flows très importants, leurs bilans sont solides, mais doivent faire face à des tombées de brevets dans le domaine public, qui font chuter leurs revenus ; la croissance externe peut être une solution.» Le fonds a ainsi investi dans Shire, un laboratoire anglais, spécialisé dans les traitements de l'hyperactivité (un des leaders de ce marché), et le traitement de certaines maladies orphelines. Astrazeneca apparaît comme l'un des prédateurs possibles de Shire.

Le fonds détient aussi des titres du laboratoire allemand Stada, producteur de génériques et de médicaments vendus sans ordonnance. La société dispose de fortes positions en Russie, son second marché. Stada, qui n'est pas contrôlé, a fait l'objet récemment de rumeurs de rachat de la part du fabricant indien de générique SunPharma. Sanofi, toujours à la recherche d'expansion dans les produits sans ordonnance et les pays émergents, pourrait s'inscrire sur la liste des prétendants.

Le gérant de KBL Richelieu Spécial croit aussi beaucoup dans l'évolution de l'actionnariat d'Ansaldo STS, un spécialiste de la signalisation ferroviaire, que Finmeccanica (son actionnaire à 40%), a placé sur la liste de ses actifs à céder. Pour le groupe de défense italien, déjà très endetté, les difficultés s'accumulent : les dirigeants ont été remerciés à la suite de soupçons de corruption pour l'obtention d'un marché d'hélicoptères en Inde. La probabilité d'une cession de la participation dans Ansaldo STS s'est bien accrue. Hitachi, déjà cité dans des articles de presse, pourrait être intéressé, tout comme Bombardier ou GE.

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