À la poursuite des poteaux maudits

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À la poursuite des poteaux maudits
À la poursuite des poteaux maudits

C'est l'histoire d'une catastrophe nationale : soixante-quatre ans avant l'édition 2014, en 1950, le Brésil perdait sa première Coupe du monde organisée sur son sol dans son antre du Maracanã. Dans la foulée, Moacir Barbosa, le gardien de la Seleção, affirmait avoir fait un barbecue avec les buts maudits. Sauf que ceux-ci ont ensuite réapparu mille kilomètres plus loin. Que s'est-il passé ? Enquête sur les pas d'une malédiction.

Une photographie en noir et blanc, aux bords rongés par les souris. Alignés côte à côte devant leurs gros camions Mercedes, trois hommes prennent la pose comme pour un portrait de famille – vaguement souriants, un peu gênés, comme pressés d'en finir. Est-ce leur patron qui tient l'appareil ? Le message semble clair, en tout cas : cette flotte automobile a fait de beaux voyages. Et même un voyage historique. C'était il y a une éternité, en janvier 1960. Geraldo Tardelli, l'homme à gauche sur cette photo, main sur le capot et jambes croisées, parcourait mille kilomètres aller-retour entre Muzambinho, dans le Minas Gerais, et Rio de Janeiro. Un trajet de dix-sept jours, sans bitume, d'un Brésil à un autre : d'abord la terre rouge des plantations de café, puis la brume des lagunes d'Alfenas, les mille cinq cents mètres d'altitude de la Serra da Mantiqueira, avant de redescendre dans les orangeraies de la Baixada Fluminense, jusqu'au sable de Copacabana. Une aventure dont l'importance ne se situe pourtant pas dans l'itinéraire, mais dans la cargaison.



Parti à vide, Geraldo Tardelli revient avec, à l'arrière de son camion, un morceau d'histoire de son pays. Six bouts de bois de Laponie, de différentes dimensions, peints en blanc et parsemés de crochets : les cages du stade Maracanã, là où le Brésil, le 16 juillet 1950, a encaissé les deux buts qui l'ont vu perdre sa Coupe du monde à domicile, contre l'Uruguay. Des bois maudits. Mais qui, pour Geraldo Tardelli, n'ont pas plus d'intérêt qu'une vieille photographie. Depuis qu'il a rangé son camion, Tardelli, dit Sapo, "le Crapaud", passe ses journées au bar de son fils. Un établissement installé à l'entrée de Muzambinho, dans un garage. Un billard, deux ventilateurs, un frigo, une télévision, deux étagères sur lesquelles s'empilent les bouteilles de cachaça, des toilettes qui ne ferment pas et, dehors, trois tables avec des chaises en plastique jaune. Geraldo Tardelli est assis sur l'une d'elles. La TV derrière lui retransmet France-Nigeria, un événement pour lequel son petit-fils s'est teint les cheveux en vert. Mais Tardelli est occupé à autre chose : il dispute une partie de truco, la belote sud-américaine, contre un…




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