A la frontière turque, pas de destination Alep pour l'aide humanitaire

le
0
Des travailleurs humanitaires du HCR près d'un camion syrien au point de passage de Cilvegözü, dans la province de Hatay en Turquie, le 28 novembre 2016 ( AFP / OZAN KOSE )
Des travailleurs humanitaires du HCR près d'un camion syrien au point de passage de Cilvegözü, dans la province de Hatay en Turquie, le 28 novembre 2016 ( AFP / OZAN KOSE )

Dans un rituel quotidien, des camions syriens arrivent à la frontière turque pour être chargés d'aide humanitaire. Destination : les régions tenues par les rebelles en Syrie, à l'exception notable d'Alep, où la population assiégée en a pourtant le plus besoin.

L'aide qu'ils vont transporter est acheminée dans un premier temps dans des camions turcs, qui déchargent leur cargaison dans un centre d'opérations de l'ONU près du point de passage de Cilvegözü, dans la province de Hatay. Côté syrien, ce passage porte le nom de Bab al-Hawa.

La cargaison déchargée est transférée à bord de poids lourds syriens qui arrivent de l'autre côté de la frontière, plaques minéralogiques dissimulées par des morceaux de papier pour d'apparentes raisons de sécurité.

Depuis deux ans et demi, le bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) gère le flot d'aide destiné à la Syrie depuis deux centres d'opérations, celui de Cilvegözü et un autre à Oncüpinar, dans la région de Gaziantep.

Plus de 9.000 camions d'aide ont transité par ses deux points, selon OCHA.

Ramesh Rajasingham , coordinateur régional adjoint des Nations Unies pour la crise syrienne, lors d'une conf&eacu
Ramesh Rajasingham (C), coordinateur régional adjoint des Nations Unies pour la crise syrienne, lors d'une conférence de presse dans un centre d'opération à Cilvegözü, près de la frontière turco-syrienne à Hatay le 28 novembre 2016 ( AFP / OZAN KOSE )

"C'est le moyen le plus sûr et le plus rapide" pour faire parvenir l'aide aux populations dans le nord de la Syrie, a affirmé Ramesh Rajasingham, coordinateur régional adjoint pour la crise syrienne, à des journalistes, dont ceux de l'AFP, qui ont participé à une visite organisée par l'OCHA à Cilvegözü.

L'aide envoyée depuis le centre de l'ONU en Turquie est acheminée vers plusieurs localités, mais pas les quartiers est de la grande ville d'Alep, soumis à une siège implacable des forces du régime de Damas, appuyées par la Russie, depuis la mi-juillet.

Des Casques blancs de la Défense civile syrienne sauvent un enfant des décombres d'un bâtiment d&eac
Des Casques blancs de la Défense civile syrienne sauvent un enfant des décombres d'un bâtiment détruit par un bombardement, à Bab al-Nairab, dans le nord d'Alep, le 24 novembre 2016 ( AFP / AMEER ALHALBI )

La situation humanitaire devient de plus en plus critique pour les 250.000 habitants d'Alep-Est où les provisions arrivent à épuisement, l'ONU n'étant pas parvenue à en acheminer depuis début juillet.

Le 10 novembre, la Russie a rejeté comme "contre-productive" la demande de l'ONU d'introduire des trêves plus longues à Alep pour permettre l'acheminement de l'aide.

- Situation 'désespérée' à Alep -

Qualifiant la situation dans la ville de "désespérée", M. Rajasingham a affirmé que l'ONU s'activait auprès de tous les protagonistes pour pouvoir trouver une solution.

Des soldats des forces pro-gouvernementales syriennes marchent dans le quartier d'Alep de Bustan al-Basha, le 28 novembr
Des soldats des forces pro-gouvernementales syriennes marchent dans le quartier d'Alep de Bustan al-Basha, le 28 novembre 2016 ( AFP / GEORGE OURFALIAN )

"S'agissant d'Alep-Est, nous avons juste besoin du feu vert de ceux qui contrôlent les routes d'entrée car, comme vous savez, les quartiers de l'est d'Alep sont assiégés", a-t-il ajouté.

Selon lui, l'ONU pourra "se mettre en branle très vite", pour envoyer de l'aide lorsque le gouvernement syrien et la Russie auront formellement donné leur feu vert. Mais une telle autorisation ne semble pas à l'ordre du jour, au moment où le régime syrien et ses alliés mettent les bouchées doubles pour reprendre le contrôle d'Alep des mains des rebelles, qui semblent en passe de perdre leurs derniers bastions.

Des Casques blancs syriens évacuent une femme d'un immeuble touché par des frappes aériennes, le 20
Des Casques blancs syriens évacuent une femme d'un immeuble touché par des frappes aériennes, le 20 novembre 2016 à Alep ( AFP / THAER MOHAMMED )

L'ONU, avec l'aide d'ONG internationales et locales, achemine de l'aide vers des zones en Syrie accessibles depuis la Turquie comme Idlib, Lattaquié, Hama et même certains quartiers d'Alep épargnés par les combats en cours.

Selon l'ONU, près d'un million de personnes vivent dans 20 zones assiégées inaccessibles à l'aide humanitaire, et quatre millions d'autres vivent dans des secteurs où une telle aide ne peut être fournie d'une manière régulière.

Des travailleurs apportent de l'aide humanitaire pour la Syrie dans un centre d'opérations de l'ONU pr&
Des travailleurs apportent de l'aide humanitaire pour la Syrie dans un centre d'opérations de l'ONU près du point de passage de Cilvegözü, dans la province de Hatay, le 28 novembre 2016 à la frontière turco-syrienne ( AFP / OZAN KOSE )

A Cilvegözü, le transfert des cargaisons des camions turcs vers ceux venus de Syrie se fait en respectant une procédure très pointilleuse. Les douaniers turcs examinent d'abord les papiers d'identité des chauffeurs syriens et leurs camions sont inspectés aux Rayons-X.

"Le processus commence très tôt le matin", a expliqué à l'AFP Jean-Luc Tonglet, un des officiers du Mécanisme de surveillance de l'ONU. "Le processus d'inspection est minutieux". "Il faut compter quinze minutes par camion", ce qui ralentit sérieusement les convois, a-t-il précisé.

Pour Ibrahim, chauffeur de camion turc, les longs trajets, les lenteurs liées aux inspections et à la bureaucratie ne sont rien comparées aux conditions dans lesquelles vivent de nombreux Syriens dans un pays ravagé depuis 2011 par le conflit.

"L'an dernier, il y avait de la neige, de la glace, et nous sommes venus sans hésitation. Ce n'est pas possible, nous sommes ici au chaud, et ils sont là-bas dans le froid. Nous avons fait des sacrifices, c'est risqué, mais nous le faisons", a-t-il affirmé.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant