A la frontière nord-coréenne, le commerce continue après l'essai

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    par Sue-Lin Wong 
    DANDONG, Chine, 10 septembre (Reuters) - Les trains de 
marchandises et les touristes continuaient à emprunter sans 
sourciller le principal point de passage entre la Chine et la 
Corée du Nord samedi, au lendemain du cinquième et plus gros 
essai nucléaire jamais réalisé par Pyongyang. 
    Tout en faisant part de sa colère face aux essais nucléaires 
et aux tests de missiles annoncés mois après mois par son voisin 
communiste et se disant favorable à un renforcement des 
sanctions contre Pyongyang, la Chine, principal allié de la 
Corée du Nord, n'a pas pour autant joint le geste à la parole.  
    Samedi à Dandong, ville portuaire chinoise sur le fleuve 
Yalou, par laquelle passe jusqu'à 80% du commerce entre la Chine 
et la Corée du Nord, un ralentissement du flux des marchandises 
de nature à exprimer la désapprobation de Pékin ne semblait pas 
être de mise. 
    "Il y a toujours une énorme demande pour les marchandises 
ordinaires, comme les denrées alimentaires et l'habillement", 
commente un homme d'affaires de Dandong, qui n'a donné que son 
nom de famille, Lu. "Il y a eu un train ce matin, un hier, un 
avant-hier. Les choses ne se sont pas arrêtées", dit-il. 
    Au poste frontière principal, les camions faisaient la queue 
de façon à pouvoir entrer en Corée du nord lundi, l'endroit 
n'étant pas ouvert au commerce de base les week-ends. 
    "Les affaires continuent, ce n'est pas différent d'un autre 
jour", confirmait une jeune femme de 24 ans qui exporte des 
vêtements en Corée du Nord. Elle a requis l'anonymat. 
    Les touristes étaient obligés de traverser à pied, mais 
c'est parce que le principal pont entre les deux pays, le "Pont 
de l'amitié", est de temps à autre fermé pour réparations. 
     
    "Les CORÉENS DU NORD COMPTENT SUR NOUS" 
    Les magasins autour du poste frontière et de la gare 
ferroviaire regorgent de marchandises visiblement à destination 
du marché nord-coréen.  
    Certains habitants disent n'avoir pas même entendu parler de 
l'essai nucléaire de vendredi, qui n'a pas forcément fait la une 
des médias en Chine. 
    "Le commerce augmente chaque année entre la Corée du Nord et 
la Chine. Les Coréens du Nord comptent sur nous pour les 
générateurs, les ressources naturelles, l'alimentation, toutes 
sortes de chose", commente Lu Shilei, 34 ans, qui organise des 
visites touristiques en Corée du Nord. 
    "Je ne pense pas que les sanctions aient eu un gros impact ; 
elles ne sont limitées qu'à un petit nombre de produits liés au 
programme nucléaire. Il y a toujours beaucoup de commerce dans 
les deux sens pour les produits ordinaires utilisés par les gens 
ordinaires", ajoute-t-elle. 
    Cai Jian, spécialiste de la Corée du Nord à l'université de 
Fudan à Shanghai, explique que la Chine a toujours fait très 
attention à ce que les sanctions contre la Corée du Nord soient 
ciblées, qu'elles visent directement et seulement les programmes 
nucléaires et de missiles. 
    "Nous n'imposons pas de sanctions aux gens ordinaires, parce 
que cela affecterait la stabilité de l'ensemble du pays", 
commente l'universitaire. "Je ne pense pas qu'il y aura des 
mesures supplémentaires." 
    Le soir, les lumières qui brillent à Dandong contrastent 
avec l'ombre qui recouvre le côté nord-coréen de la frontière, 
de l'autre côté du Yalou. Il en ressort une démarcation nette 
entre une Chine en pleine expansion économique et une Corée du 
Nord qui vit dans la pauvreté. 
     
    RELATIONS OPAQUES 
    L'importance de Dandong pour la Corée du Nord remonte à la 
guerre de Corée (1950-1953), lors de laquelle les forces de Mao 
Tsé-Toung ont combattu aux côtés de la Corée du Nord contre la 
Corée du Sud soutenue par les Nations unies et une coalition de 
pays menées Etats-Unis. 
    Le "Pont cassé", à moitié détruit par les bombardements 
américains pendant la guerre, est une attraction touristique 
majeure, située dans le centre de Dandong, à côté du "Pont de 
l'amitié" sino-coréenne par lequel passe aujourd'hui l'essentiel 
du commerce enter la Chine et la Corée du Nord. Il y a aussi un 
important musée de la guerre. 
    Les relations commerciales entre Pékin et Pyongyang ont 
toujours été opaques, les experts estimant que l'essentiel du 
commerce et de l'aide envoyée par la Chine ne figurent pas dans 
les registres officiels, ce qui rend difficile une véritable 
évaluation des relations commerciales entre les deux pays. 
    Selon les chiffres publiés pour la période janvier-juillet, 
le commerce bilatéral a reculé de 5,6% sur un an, les 
importations chinoises reculant de 8,7%. 
    En valeur, le commerce entre la Chine et la Corée du Nord 
s'est élevé à 17,7 milliards de yuans (2,2 milliards d'euros) 
sur la période, alors que le montant des échanges entre la Chine 
et la Corée du Sud se montait à 908 milliards de yuans (120 
milliards d'euros). 
    Selon Wang Quan, un des dirigeants d'une société qui vend 
des cars, des voitures et des camions à la Corée du Nord, le 
commerce en général ne souffre que légèrement des sanctions 
imposées au fil des ans au régime nord-coréen. 
    "Chaque fois que la Corée du Nord procède à un essai 
nucléaire, c'est juste : 'les affaires continuent'. Rien ne 
change vraiment pour une petite entreprise comme la nôtre." 
 
 (Avec Joseph Campbell; Danielle Rouquié pour le service 
français) 
 
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