À l'étranger, les gros consommateurs de viande défendent leur bifteck

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REVUE DE PRESSE - L'étude publiée par l'Organisation mondiale de la santé, classant la viande transformée comme cancérogène, a provoqué une vague de réactions à travers le monde. De l'Australie à l'Argentine, l'objectif des pays carnivores est le même : dégonfler l'annonce et rejeter la faute.

Lundi, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence spécialisée de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a annoncé le classement de la consommation de viande rouge comme «probablement cancérogène pour l'homme.» Un constat suivi d'un autre puisque la consommation de charcuterie - de la viande transformée - a été jugée comme «cancérogène pour l'homme». La viande transformée se retrouve, de fait, au même niveau que les risques liés à la consommation de cigarettes, de l'amiante ou encore des cabines de bronzage. L'information a, dans la plupart du temps, été lue partiellement ce qui a laissé flotter un vent de panique après la publication du rapport. En France, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a affirmé ne pas vouloir qu'une telle étude «mettre encore plus la panique chez les gens» alors que l'OMS appelle simplement à être «plus raisonnable dans la consommation de viande rouge.»

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Partout dans le monde, le rapport du CIRC a beaucoup fait parler de lui. En Allemagne, le quotidien de la gauche alternative et écolo, la Tageszeitung (TAZ) joue avec l'expression courante «es geht um die Wurst» («on s'en prend à la saucisse»), qui signifie dans la vie de tous les jours qu'on atteint le coeur d'un problème. Le journal estime que l'État doit utiliser cette annonce pour «passer à l'offensive» et que «l'Allemagne doit réduire sa forte consommation de viande.» La TAZ estime que les autorités doivent maintenant augmenter le prix de la viande et que la TVA sur les produits carnés de 7% actuellement «constitue une subvention immorale. Elle fait grimper le chiffre d'affaires des industriels de la viande.» Le ministre de l'Alimentation, Christian Schmidt, a jugé qu'aucune peur n'était légitime lorsque une personne «mange une saucisse grillée.»

En réalité, chaque pays carnivore a sorti, pour sa défense, ses spécialités à base de viande. L'Allemagne a dégainé la saucisse, le Royaume-Uni aussi, notamment dans les colonnes du Guardian .Un article, volontairement provoquant par son titre «Les saucisses sont-elles mauvaises pour vous?», reprend point par point la peur du consommateur. L'auteur du papier, Felicity Cloake, explique que le citoyen «peut faire beaucoup de choses pour limiter le risque de cancer, mais malheureusement, acheter des produits plus chers n'en fait pas partie. La clé est de réduire sa consommation.»

La colère des industriels

The Independent revient de son côté sur la colère des industriels de la viande. Le quotidien britannique cite notamment un professeur de l'université de Cardiff, Robert Pickard, qui estime «qu'éviter la viande rouge dans l'alimentation n'est pas une bonne stratégie de protection contre le cancer.» Également détaillée, la position du président du Syndicat national des éleveurs, Meurig Raymond, qui défend son camp: «établir une relation entre la consommation de viande rouge et des problèmes de santé publique est très complexe et trop simpliste.»

Même réaction du côté de l'Institut nord-américain de la viande qui a déjà dénoncé dans le Financial Times un

rapport «dramatique et alarmiste» alors que la directrice de recherche sur la nutrition au sein de l'Association américaine des éleveurs de bovins, Shalene McNeill, a expliqué à Radio Canada que «le cancer est une maladie complexe que même les plus brillants esprits ne comprennent pas complètement.»

Même remise en cause de l'OMS en Australie, premier pays consommateur de viande dans le monde, où le ministre de l'Agriculture, Barnaby Joyce, a décrit comme «grotesque» le fait de comparer saucisses et cigarettes. «Il ne faut pas trop s'enflammer et se dire que l'on va mourir d'un cancer du côlon si on mange une saucisse parce que ce n'est pas le cas», détaille Joyce. Le ministre estime que «si vous voulez éviter tout ce qui peut avoir un lien quel qu'il soit avec le cancer, ne sortez plus de chez vous, ne marchez plus dans les rues de Sydney. Il ne va plus vous rester grand chose à faire dans la vie.»

L'Amérique du sud et ses traditions

Deux cas intéressants également: celui de l'Argentine et du Brésil, dans un continent fervent consommateur de viande. Le correspondant du Guardian à Buenos Aires (Argentine) explique, avec de nombreux témoignages, que «la viande fait partie de la culture populaire» dans le pays et un autre jeune résume la situation: «Tout ce que j'aime est mauvais pour la santé: les steaks, l'alcool, les drogues... Je préfère mourir que d'arrêter tout ça.»

Au Brésil, le quotidien Epoca parle d'un «effet nul. Le citoyen écoute, parle du sujet dans la rue, et demande un hamburger au bacon au restaurant.» La journaliste Cristiane Sefatto, spécialiste santé pour le journal, parle même «de ses vingt ans de couverture de sujets santé qui l'ont rendu sceptique» et appelle «les autorités sanitaires à se réinventer.»

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