A l'école des petits rats de l'Opéra, exigence mais pas souffrance

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A l'ombre des tours de la Défense, les petits rats de l'Opéra de Paris peaufinent entrechats, arabesques et pirouettes à une semaine du spectacle qui célébrera le tricentenaire de la prestigieuse école de danse, école de l'exigence "mais pas de la souffrance".

Leur centre de formation est un lieu à part situé en bordure d'un parc, non loin de la préfecture de Nanterre (Hauts-de-Seine). A l'intérieur de ce bâtiment blanc conçu en 1987 par l'architecte Christian de Portzamparc, chaque jeune fille vous accueille par une demi-révérence. Les garçons, par un salut de la tête.

A la mi-journée, entre la fin des cours et le début des leçons de danse, les plus jeunes s'échauffent en jouant au badminton. D'autres s'étirent sous des portraits de Vaslav Nijinski ou Ghislaine Thesmar, ou multiplient dégagés et fouettés près du grand escalier. "Ici, les élèves vivent cet art dans la joie et la bonne humeur", assure la directrice, Elisabeth Platel. "C'est un choix librement consenti. Ils sont réunis par une même passion, pas un sacerdoce", insiste celle qui fut l'une des étoiles de Rudolf Noureev, pour tordre le cou à un "lieu commun".

Gratuite, l'école se veut "de qualité et d'exception", à l'instar du Bolchoï ou du Royal Ballet de Londres. Des tests de souplesse, de cambrure de pied et d'ouverture de hanche déterminent la sélection à partir de 8 ans. Chaque candidat doit respecter des critères référents de poids et de taille en fonction de son âge.

"Pour devenir ballerine, il faut être mince avec de longues et jolies jambes. Ni trop grande, ni trop petite", souligne Carole Arbo, enseignante et ex-danseuse étoile. Un examen décide chaque année de l'accès à la division supérieure. Ceux qui échouent doivent quitter l'école.

Une hygiène de vie

Ida et Roxane, 17 ans et demi, rêvent de marcher sur les traces de leurs aînées danseuses étoiles Aurélie Dupont et Laëtitia Pujol. Dans deux à trois mois, elles se présenteront au concours de promotion au corps de ballet de l'Opéra de Paris. Les places sont limitées: de deux à huit en fonction des années et des départ en retraite (à 42 ans) pour une vingtaine de candidats.

Repérée lors d'un stage estival, Ida a quitté la banlieue d'Helsinki pour rejoindre celle de Paris il y a un peu moins d'un an. "On bosse plus ici. C'est beaucoup plus dur qu'en Finlande", confie la jeune femme au visage de poupée et aux cheveux blonds ondulés.

Danseuse "depuis toute petite", Roxane, elle, est arrivée à Nanterre à l'âge de 11 ans après un passage à Bruxelles et plusieurs années passées en Macédoine d'où son père est originaire. "Il faut que nous soyons très réguliers dans le travail. On ne peut pas se laisser aller, on sent tout de suite que c'est pour nous amener à être professionnels", explique-t-elle.

En cas d'échec, les deux jeunes femmes pourront toujours tenter d'intégrer une autre compagnie, et pourquoi pas, repasser le concours plus tard.

La soeur de Simon l'a réussi. C'est pour lui montrer qu'il en est "aussi capable" que le jeune Parisien de 15 ans a intégré l'école des petits rats. "C'est devenu une passion. Je me demande aujourd'hui comment on fait sans", affirme ce garçon aux cuisses sculptées dans un collant gris.

Comme beaucoup, il est arrivé à 8 ans à Nanterre, en tant que stagiaire. Un apprentissage qui implique d'être en internat. En grandissant, les élèves peuvent choisir de rentrer dans leur famille le soir comme Simon. "Cela permet d'évacuer la journée, d'y repenser et d'analyser avec plus de recul ce qui s'est bien ou mal passé", explique-t-il.

L'entraînement est difficile et marqué par la crainte de la blessure. C'est la rançon du succès comme dans d'autres disciplines, tels la musique et le sport de haut niveau, fait valoir la directrice. "C'est une hygiène de vie mais rien n'est imposé, conclut-elle. On n'est pas dans le drame."

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