À Hong Kong, on loue des caves hors de prix jusque dans des bunkers

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Dans l’une des villes les plus chères du monde, stocker son vin chez soi est un luxe. D’où le développement de services d’entreposage de bouteille, avec des loyers mensuels frisant les 100 euros le mètre carré !

À Hong Kong, dans une ville tout en hauteur où l’immobilier flambe à des sommets ahurissants (voir ici , cet appartement vendu 140.000 euros le mètre carré), disposer de sa propre cave peut s’avérer compliqué même chez les plus fortunés. C’est pourquoi se sont multipliées sur place des caves privées veillant sur d’inestimables grands crus, jusque dans les anciens bunkers de Sa Majesté.

Une cave exploitée par Crown Wine Cellars (CWC), précurseur hongkongais du secteur de l’entreposage de vin, dont Gregory De ‘Eb est le cofondateur. En 2003, cette filiale du groupe hongkongais de relocation Crown, a obtenu du gouvernement l’autorisation de réaménager les bunkers de «Little Hong Kong», dans le sud de l’île, avec l’ambition, selon M. De ‘Eb, d’en faire «la Rolls Royce de la cave à vin».

L’histoire des lieux vaut tous les arguments de vente: construites en 1937 par les Britanniques comme dépôts de munition, ces casemates tinrent tête à l’envahisseur japonais jusqu’au 27 décembre 1941, deux jours après la reddition du gouverneur britannique. Creusés dans la colline, protégés par plusieurs mètres de béton armé et de sol, les six bunkers de CWC, dont la restauration a été distinguée en 2007 par l’Unesco Asie-Pacifique, assurent au vin une tranquillité absolue.

D’origine sud-africaine, le sémillant M. De ‘Eb insiste, lui, sur la sécurité, disant s’inspirer des normes dans l’industrie diamantaire. «Nous avons tellement de bouteilles hors de prix que nous avons dû faire construire des coffres sur le modèle des coffres américains stockant l’or». Les joyaux de Crown? Deux des trois Château Lafite‘69 que Sotheby’s Hong Kong avait vendus 232.692 dollars (208.000 euros) en 2010, et qui demeurent selon la prestigieuse maison les plus chères bouteilles de vin vendues aux enchères. Hong Kong, où s’achève jeudi le salon Vinexpo, est la plaque tournante du commerce des vins et spiritueux en Asie. Un essor lié notamment à la suppression en 2008 des taxes sur les importations qui a créé un appel d’air.

Du fait de son insolente concentration de fortunes, Hong Kong est aujourd’hui une capitale mondiale des grands crus, à tel point que l’île rivalisait l’an dernier avec New York pour le titre de premier centre mondial pour les ventes aux enchères. Vu le prix du mètre carré, «l’entreposage de vin est un secteur en plein essor», observe l’experte coréenne Jeannie Cho Lee, basée dans l’ex-colonie britannique. Le territoire a été le premier au monde à proposer en 2009 des certificats de qualité pour l’entreposage ou le transport du vin. Fin 2015, 37 entreprises hongkongaises étaient certifiées.

Combinaisons de plongée et vidéosurveillance

Plusieurs formules existent. Crown compte 2.000 clients qui lui confient l’intégrale gestion de leurs stocks. Parmi eux, de grandes maisons d’enchères comme Sotheby’s. Outre les bunkers de 100 mètres carrés, CWC compte aussi des entrepôts où les employés entrent en combinaison de plongée, pour être sûr qu’ils n’en ressortent pas plus lourds. Les clients n’ont pas accès à leur collection dans les entrepôts principaux, mais dans des salles truffées de caméras.

Sur deux sites, CWC veille aujourd’hui sur plus d’un million de bouteilles. Valeur des stocks? Plus de 345 millions d’euros, évalue M. De ‘Eb. Plus de 70% du vin est français, essentiellement bordelais. Les collectionneurs peuvent également choisir de louer une cave auprès de prestataires comme Wine Vault qui, depuis 2008, a racheté une multitude d’étages de bâtiments industriels désaffectés, notamment dans le sud de l’île. Contre un loyer mensuel équivalent à 415 euros, il propose ainsi des espaces privatifs de 4,5 m², accessibles 24 heures sur 24 avec système de reconnaissance faciale.

Là, de longs couloirs climatisés sans charme distribuent de part et d’autres des box fermés par une porte en fer au travers desquelles on distingue des étiquettes qui laissent rêveur: Petrus 1966, Château Margaux 1981, Graves 1928, Barolo 1945... «Nos 550 clients sont des collectionneurs privés», explique Hubert Li, un des associés. Parfois, certains envoient leur chauffeur récupérer les grands crus qui réapprovisionneront, chez eux, leurs caves à vins électriques, raconte-t-il.

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