À Hong Kong, les pauvres préfèrent la rue à un micro studio

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Les travailleurs pauvres de Hong Kong préfèrent être SDF plutôt que de dépenser une fortune pour un réduit minuscule. Une tendance qui creuse le fossé entre riches et pauvres dans la ville.

Une bâche en plastique, une couverture, un sac de couchage: tel est le lit de fortune d’Ah-po, un travailleur pauvre de Hong Kong qui préfère être SDF plutôt que vivre dans un réduit minuscule et hors de prix. Ses vêtements soignés cachent mal une maigreur extrême. Le jour, ce sans-abri de 54 ans travaille dans un entrepôt. La nuit, il dort dans les tribunes d’un terrain de football, dans un parc public, à l’ombre des gratte-ciel qui font la fierté de l’ancienne colonie britannique.

La situation dure depuis trois ans. Dans une ville où le fossé entre riches et pauvres devient infranchissable, Ah-po fait partie de ces salariés mal payés de plus en plus nombreux qui choisissent de dormir dehors: tout plutôt que ces appartemens découpés en unités minuscules - connues sous le nom de «cabines»-- par des propriétaires qui profitent du faible nombre de logements sociaux.

Mais ces dernières années, l’immobilier a explosé et il n’est pas rare qu’une pièce de neuf mètres carrés coûte plusieurs milliers de dollars de Hong Kong mensuels. Aucune loi n’oblige les propriétaires à fournir un mimimum de surface ou de services. L’AFP a visité des cabines de 2,6 mètres carrés, à peine de quoi installer un lit, mais qui peuvent aller chercher jusqu’à 2.000 dollars de Hong Kong. Cuisine et salles d’eau à la propreté douteuse sont souvent partagées par plusieurs locataires.

Dans une bretelle d’autoroute

Pour Ah-po, le parc est plus agréable et enlève au moins cette pression financière. Il a peur que son arthrite ne l’empêche un jour de travailler. «Je connais les gens qui viennent ici le matin pour leur gymnastique et nous nous saluons. J’ai l’impression d’être chez moi». D’après des études récentes réalisées par des ONG et des universités de Hong Kong, ville de quelque 7 millions d’habitants, le nombre de sans-abri était de 1.600 en 2015, en hausse de 14% depuis les enquêtes de 2013. Plus d’un tiers ont un emploi.

«S’ils payent un loyer, (le logement) est petit, chaud, humide, il y a plein d’insectes (...) S’ils vont au parc ou sous une bretelle d’autoroute, il y a du bruit mais ils peuvent dormir», dit Wong Hung, professeur à l’Université de Hong Kong. Le problème s’est aggravé ces dernières années, les salaires n’ayant pas suivi la hausse des loyers, ajoute-t-il. Les listes d’attente pour les logements sociaux sont longues. L’âge moyen des sans abri s’élève et ceux qui ne trouvent pas à se loger immédiatement ont tendance à rester SDF pendant longtemps.

Le gouvernement hongkongais affirme qu’il tente de les «réintégrer», avec par exemple des abris d’urgence et des aides sociales. Insuffisant, disent ceux qui font campagne pour l’amélioration de leurs droits.

Les autorités doivent construire des dortoirs où les SDF pourraient reprendre leur souffle pendant deux ou trois ans, explique Ng Wai-tung, de la Société pour l’organisation de la communauté (Soco). «C’est triste que des gens qui travaillent ne puissent se loger». Certains trouvent même refuge dans les établissements de restauration rapide ouverts 24 heures sur 24. Le sort de ces «Mcréfugiés» a été mis en lumière en 2015 lorsque le corps sans vie d’une femme avait été découvert dans un McDonald de l’ex-colonie revenue en 1997 dans le giron de la Chine.

Agelina Sun, 56 ans, explique qu’elle a dormi au McDo pendant plusieurs semaines après s’être séparée de son mari. Elle n’avait pas d’emploi et ne voulait pas être un fardeau pour sa famille et ses amis. Aujourd’hui, elle gagne environ 8.000 dollars de Hong Kong à l’usine et a trouvé un refuge temporaire dans un dortoir réservé aux femmes tenu par une organisation chrétienne. «Les loyers sont trop élevés, même pour un petit studio», explique-t-elle. Mais elle s’est résignée à l’idée de dépenser la moitié de son revenu pour un cagibi lorsqu’elle sera contrainte de quitter son dortoir.

«Il ne restera rien pour les habits, les sorties. Mais j’y arriverai, je peux survivre». Pour d’autres, la restauration rapide, c’est la maison. Ko Wing-kam, 62 ans, retraité de l’usine, y dort régulièrement pour éviter de retourner dans la pièce qu’il partage avec neuf inconnus: «Je ne suis pas heureux, mais je ne peux rien faire.» Dans son stade de football, Ah-po fait son lit. Il n’a pas dit à sa famille qu’il était SDF. «Au travail, ça va. Mais quand je rentre après le dîner, je pense à mon ex-femme, à ma fille, à la famille. Je me sens impuissant».

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