A Emmaüs, l'économie solidaire n'est plus une utopie

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par Claude Canellas

LESCAR (Pyrénées-Atlantiques) (Reuters) - La communauté Emmaüs de Lescar, près de Pau (Pyrénées-Atlantiques), créée en 1982, est devenue une entreprise basée sur l'économie solidaire, ouverte sur l'extérieur, un lieu de vie et un village en plein développement.

Là où, normalement, devraient se dresser des hôtels et des grandes surfaces, à l'embranchement de l'autoroute A65 vers Bordeaux et de l'axe Toulouse-Bayonne, la plus grande communauté Emmaüs de France s'est développée sur 11,5 ha de terrains.

Toute personne peut y être accueillie dans la mesure des possibilités pour une nuit ou pour la vie. Un prénom suffit, pas de papier à présenter, pas d'explication à donner. Il y aura un toit, un couvert et ceux qui travaillent peuvent même être salariés.

Cette communauté pas comme les autres a été créée par Germain Sahry. Cet homme de 58 ans au look d'ex-soixante-huitard, engagé dans tous les combats, militant de l'économie solidaire, n'a de cesse de tendre la main aux autres pour "construire une alternative leur permettant de les aider à reprendre leur avenir en main".

Chacun peut avancer dans le projet à son rythme mais le c?ur d'Emmaüs Pau-Lescar ressemble à une véritable entreprise qui fait la fierté de tous, d'autant qu'aucune subvention n'entre dans son fonctionnement.

Depuis 2008, en partenariat avec les collectivités locales, une activité de recyclage s'est greffée sur celle plus traditionnelle de la récupération.

Quelque 400m3 de matériels, d'objets et de déchets divers y sont traités chaque jour.

FERME ALTERNATIVE

Verre, cartons, métaux et ferraille sont revendus à l'extérieur. Pour le papier, l'acheteur est une entreprise des Landes qui le transforme en ouate de cellulose, un isolant thermique pour l'habitat.

Près de 1.500 tonnes de déchets non recyclables ont également été enfouis en 2011.

Les matériels récupérables sont eux réparés et remis en état dans des ateliers puis revendus sur place.

La vente et les ateliers s'étendent sur 6 ha dont 8.000 m2 couverts.

Le public de la région ne s'y trompe pas et se presse chaque jour - jusqu'à plus de 1.000 visiteurs quotidiennement - pour trouver un meuble, un ordinateur, une tondeuse à gazon, une machine à laver ou un vêtement.

Devant l'afflux des visiteurs, un espace détente avec aire de jeux pour les enfants et tables de pique-nique a été aménagé.

Le tout fonctionne grâce aux "compagnons", qui assurent aussi bien les activités tournées vers l'extérieur que le fonctionnement de la communauté, comme la cuisine et le service au restaurant, où chaque membre du village a l'obligation de prendre son repas du midi pour assurer la vie collective.

Les produits viennent pour la plupart de la ferme alternative du village, qui pratique sur 4,5 ha de l'élevage - un millier d'animaux, volailles, cochons, chèvres et vaches - et du maraîchage.

Mais l'une des réalisations les plus emblématiques concerne le logement.

FESTIVAL DE MUSIQUE

Si des mobile-homes sont mis à la disposition des compagnons, ceux qui veulent s'implanter durablement ont aussi la possibilité de construire leur propre maison.

"Ce sont de petites maisons à ossature bois et isolation écologique, dont les plans sont élaborés en collaboration entre l'atelier éco-construction et les futurs occupants", explique Germain Sahry.

Une quinzaine de ces maisons sont sorties de terre, toutes plus originales les unes que les autres, et se sont ajoutées à une dizaine de chalets plus anciens. L'objectif est de remplacer la cinquantaine de mobile-homes restant par autant de maisons pour constituer un village qui élise chaque année son maire.

Denis, dit "Damboule", 52 ans, arrivé à Pau-Lescar il y a six ans, a été le premier à construire sa maison il y a trois ans. "C'est une autre vie bien agréable par rapport à ce que j'ai connu. J'ai construit ma maison, ça marque. Ici, je suis bien et je veux rester", avoue celui qui est devenu le chef de l'atelier éco-construction.

Une réinsertion réussie comme celle que d'autres compagnons cherchent ici, à l'image d'un jeune Toulousain venu passer un an pour "changer de vie, connaître autre chose", ou Christine, une Arménienne qui travaille dans l'atelier vêtements, mère d'une petite fille scolarisée à l'école publique de Lescar.

Et comme rien n'est comme ailleurs, chaque année au mois de juillet, la communauté organise son festival avec des groupes de musique, des associations militantes et des débats sur des thèmes de société qui attirent entre 20.000 et 25.000 personnes durant deux jours. Une façon supplémentaire de s'ouvrir sur le monde extérieur.

Edité par Yann Le Guernigou

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