A Ecatepec, au Mexique, le pape pourfend l'élite corrompue

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LE PAPE DANS L'UNE DES VILLES LES PLUS PAUVRES DU MEXIQUE
LE PAPE DANS L'UNE DES VILLES LES PLUS PAUVRES DU MEXIQUE

par Philip Pullella et Alexandra Alper

MEXICO (Reuters) - Le pape François a célébré dimanche une messe devant plus de 300.000 fidèles, dans l'une des villes les plus pauvres et les plus dangereuses du Mexique, où il a pourfendu à cette occasion les riches et l'élite corrompue du pays.

Vilipendant "une société de happy few, pour quelques-uns", le souverain pontife a dénoncé à Ecatepec les profondes inégalités de même que l'orgueil de ceux qui se considèrent au-dessus des autres.

"Une richesse qui a le goût de la douleur, de l'amertume et des souffrances : tel est le pain qu'une famille ou une société corrompue offre à ses propres enfants", a-t-il dit à la foule.

François a exhorté son auditoire à faire du Mexique "une terre d'opportunités où il ne sera pas nécessaire d'émigrer pour être en mesure de rêver".

Le Mexique compte l'un des hommes les plus riches au monde, le milliardaire Carlos Slim, et une classe politique riche entachée par la corruption, alors même que le pays est aux prises avec la pauvreté et la violence.

Municipalité au développement anarchique, Ecatepec, au nord de la capitale, a été le théâtre d'une explosion de la criminalité ces dernières années à mesure que s'implantaient les gangs de narcotrafiquants.

Le taux d'homicides y est parmi les plus élevés du Mexique. De nombreux assassinats de femmes, dont les cadavres ont été retrouvés abandonnés dans des décharges publiques ou dans un canal, n'y ont jamais été élucidés.

Une mer de fidèles catholiques a accueilli le pape lors de son arrivée à Ecatepec à bord d'un hélicoptère blanc.

MESSE LUNDI DANS LE CHIAPAS

Le pape a exhorté les Mexicains à ne pas succomber au mal. "On ne peut dialoguer avec le diable parce qu'il gagnera à tous les coups", a-t-il dit.

Ecatepec compte une statue géante de "Santa Muerte", la "sainte Mort", figure de culte d'un mouvement religieux mexicain, suivie par des millions de personnes sur le continent américain.

Même si François n'a pas évoqué Santa Muerte lors de sa messe, l'église catholique est consternée par la montée en puissance de ce culte alors qu'elle est déjà confrontée à la concurrence d'autres religions, protestantisme en tête.

"Nous traversons une période de grande violence(...). Puisse le pape nous donner la force de continuer à supporter ça, de continuer à lutter contre ça", déclarait dimanche une jeune femme de 26 ans, Maria Dolores Angeles Martinez.

Plus de 100.000 personnes ont péri dans les violences liées au trafic de drogue au cours des dix dernières années, et on compte pas moins de 26.000 disparus durant la même période. Le président Enrique Pena Nieto n'est pas parvenu à contenir ce bain de sang, la criminalité ayant augmenté l'an dernier après avoir reculé au début de son mandat.

Avant d'accéder à la présidence, Pena Nieto était gouverneur de l'Etat de Mexico, qui comprend Ecatepec. Durant la seconde moitié de son mandat de gouverneur (2005 à 2011), le nombre de femmes assassinées a doublé.

Pour son premier voyage pastoral au Mexique, le pape argentin a tenu à se rendre dans des zones qui illustrent particulièrement les défis et les dangers de la nation mexicaine.

Il célébrera également une messe lundi avec les communautés indigènes dans l'Etat du Chiapas, le plus pauvre du Mexique. Il s'adressera à la jeunesse mardi à Morelia, capitale de l'Etat du Michoacan, frappé lui aussi par la violence, et rendra visite mercredi à des prisonniers à Ciudad Juarez, sur la frontière avec les Etats-Unis.

Samedi, au premier jour plein de sa visite apostolique au Mexique, il a lancé un appel à la lutte contre la corruption et les trafics de drogue et exhorté les évêques mexicains à venir en aide aux migrants.

(Guy Kerivel, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français)

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