A Dublin, l'Autriche cultive son isolement sur le secret bancaire

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L'AUTRICHE CULTIVE SON ISOLEMENT SUR LE SECRET BANCAIRE
L'AUTRICHE CULTIVE SON ISOLEMENT SUR LE SECRET BANCAIRE

par John O'Donnell et Jan Strupczewski

DUBLIN (Reuters) - L'Autriche a réaffirmé vendredi son attachement au secret bancaire et rejeté une nouvelle fois les appels à emboîter le pas au Luxembourg en acceptant de fournir à ses partenaires des informations sur les clients étrangers de ses banques soupçonnés d'évasion fiscale.

Le sujet brûlant des paradis fiscaux a été inséré à la dernière minute dans l'ordre du jour de la réunion informelle des ministres des Finances de l'Union européenne à Dublin. Le menu était pourtant déjà riche avec le sauvetage de Chypre et l'extension très probable des prêts accordés à l'Irlande et au Portugal au début de la crise.

La ministre autrichienne Maria Fekter a donc choisi d'assumer son isolement en défendant le droit à préserver le secret bancaire.

"L'Autriche s'en tient au secret bancaire", a-t-elle dit à la presse à son arrivée dans la capitale irlandaise. "Nous luttons contre l'exil fiscal et le blanchiment d'argent. Je ne m'attends à aucune question indésirable."

Elle a ajouté ne pas juger nécessaire l'échange automatique d'informations et estimé qu'une telle pratique constituerait une violation du droit au respect de la vie privée.

Moins polémique, la prolongation de sept ans des prêts accordés à l'Irlande et au Portugal dans le cadre des plans de sauvetage de leurs finances publiques devrait être entérinée sans difficulté.

Lisbonne devra toutefois, en contrepartie, trouver de nouvelles ressources pour atteindre cette année ses objectifs de déficits, remis en cause la semaine dernière avec la censure par la Cour constitutionnelle de plusieurs mesures d'économies.

PAS PLUS DE 10 MILLIARDS POUR CHYPRE

Les ministres de la zone euro ont aussi donné leur feu vert au plan de 10 milliards d'euros d'aide à Chypre, en échange duquel Nicosie devra dégager 13 milliards d'euros de ressources nouvelles pour couvrir ses besoins de financement des trois prochaines années et le coût de la restructuration de son secteur bancaire.

Si le montant de 13 milliards est bien supérieur à celui de sept milliards évoqué le mois dernier, il n'est pas question de renégocier le plan et Chypre n'a demandé aucune aide financière supplémentaire, ont expliqué vendredi matin plusieurs sources de la zone euro.

Nicosie pourrait en revanche demander à mobiliser plus rapidement que prévu les fonds structurels de l'Union.

Un sujet attendu ne sera en revanche pas évoqué: celui de la Slovénie, considéré comme le nouveau pays à risque de la zone euro en raison de l'accumulation des créances douteuses dans son système bancaire.

La réunion de Dublin intervient alors que le Luxembourg vient d'accepter de supprimer -à partir du 1er janvier 2015- le secret bancaire pour les ressortissants de l'Union européenne titulaires de comptes sur son territoire.

L'AUTRICHE DÉSIGNE LA GRANDE-BRETAGNE

Cette décision emblématique, qui aligne le Grand Duché sur les autres pays de l'Union, contribue à isoler un peu plus l'Autriche, dernier Etat des Vingt-Sept à observer cette pratique.

L'Irlande, qui assure la présidence tournante de l'Union, a décidé d'inclure au dernier moment dans l'agenda de la réunion un projet par lequel les cinq principales économies de l'UE renforceront leur coopération contre l'évasion fiscale.

Pour Maria Fekter, avec l'échange d'informations, "l'Etat met son nez dans les affaires privées des titulaires de comptes".

Elle a une nouvelle fois critiqué l'attitude des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne sur ce dossier.

"La Grande-Bretagne a de nombreux centres de blanchiment d'argent et de paradis fiscaux dans son emprise légale: les îles Anglo-Normandes, Gibraltar, les îles Caïman, les îles Vierges", a-t-elle lancé, répétant des accusations directes qu'elle avait déjà formulées. "Ce sont tous des hauts lieux de l'évasion fiscale et du blanchiment d'argent", a-t-elle insisté.

Sujet connexe mais distinct, le projet d'union bancaire européenne, un projet de réforme à long terme, sera aussi débattu lors de cette réunion informelle

Le ministre irlandais Michael Noonan a dit vouloir évoquer les réticences de l'Allemagne sur ce projet, qui prévoit entre autres un renforcement des pouvoirs de supervision de la Banque centrale européenne (BCE) et la possibilité d'un renflouement des banques en difficulté par le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent de la zone euro.

Pierre Sérisier pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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